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Un peuple peut-il être barabare?

[Les étapes de la rédaction sont volontairement très explicites de manière à ce que vous puissiez bien les indentifier. Il n'est pas interdit de mettre un peu plus de liant dans l'expression du raisonnement]

Personne ne contestera aujourd’hui que le sacrifice d’un être humain soit un acte barbare, c’est-à-dire contraire aux valeurs de l’humanité. Mais de tels actes furent pourtant partie intégrante de la culture de certains peuples et ceux qui les accomplissaient étaient reconnus et honorés.

Faut-il en conclure la relativité de l’accusation de barbarie ou bien est-il possible et légitime d’en accuser un peuple au nom de ses coutumes ou des actes qu’il commet ?

 Il y a en effet des conduites qui semblent relever clairement de l’accusation de barbarie. Mais sont-elles propres à certains peuples ou commune au genre humain ? En dénonçant la barbarie des autres, ne reste-on pas muet sur la sienne et aveuglé par sa culture? Toutefois, si tel est bien le cas, est-ce que cela signifie pour autant que toutes les pratiques sont acceptables dès lors qu’elles sont culturelles ? Ou bien pouvons-nous donner un contenu objectif à l’idée de barbarie, quel que soit le peuple qui s’en rende coupable ?

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Le terme barbare désigne soit l’inhumanité d’un comportement soit l’absence de civilisation. Par civilisé on entend « qui possède les mœurs et les conduites qui conviennent à l’être humain ». De ce point de vue l’anthropophagie, même rituelle, est barbare ; la grossièreté, l’absence de raffinement sont barbares ; on pourra aussi trouver barbare le défaut de développement d’une société, la primitivité de ses moyens matériels.

D’autre part, historiquement, des peuples ont commis des atrocités qui nient les valeurs humaines. Ce fut le cas des allemands durant la seconde guerre mondiale coupables de crimes contre l’humanité; mais ce fut le aussi le cas des Athéniens durant leur période impériale. On juge donc un peuple barbare soit pour ce qu’il fait, soit pour ce qu’il est : ses mœurs, sa culture.

Ainsi qu’on considère un peuple d’un point de vue politique, comme un ensemble de citoyens sujets d’un même gouvernement, ou anthropologiquement comme un ensemble d’hommes partageant une même culture, il est non seulement possible mais aussi juste d’accuser un peuple de barbarie chaque fois qu’il s’écarte des normes des formes et des valeurs de la vie civilisée que nous connaissons.

 

Il semble donc bien établi qu’on peut dénoncer l’inhumanité de certains peuples pour certaines de leurs actions ou de leurs coutumes. Mais ce qui est vrai des autres ne vaut-il pas aussi pour nous-mêmes ? Car si les autres nous semblent barbare, ne le sommes nous pas nous aussi à leurs yeux ?

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Déjà notons que ce n’est pas en tant qu’allemands ou en tant que grecs que nazis ou athéniens commirent leurs crimes : on peut incriminer des individus ou des groupes, une idéologie, non des peuples tout entier. Dans ce cas on ferait preuve d’essentialisme, ce qui est le nom exact du racisme. Enfin puisque qu’aucun peuple n’a un passé sans tâche, les dispositions à la barbarie sont présentes chez tous les hommes et non propres à certains peuples.

Si de telles tendances s’observent chez tous les peuples, on doit  reconnaître la partialité voire l’impossibilité de l’accusation de barbarie. Juger un peuple barbare c’est le rejeter hors du cénacle de l’Humanité dont on s’estime soi-même un membre de droit. Cela n’est possible qu’en ignorant ses propres crimes ou en ignorant la diversité culturelle. Or tous les êtres humains ont une culture : aucun n’est inhumain, aucun n’est un animal; or chaque individu acquiert avec sa culture une représentation normative de ce qui est bien et mal : pour un Baruya il est normal et légitime de faire des femmes des objets d’échange entre clans ; pour un homme citoyen français du XXI° siècle de les traiter comme des égales. 

Ainsi on ne peut juger objectivement de la barbarie sinon par illusion ethnocentriste, en posant naïvement sa propre culture en modèle et en référence pour l’humanité tout entière. Accuser certains de barbarie c’est tout simplement nier la diversité humaine et le droit des autres cultures. C’est reprocher à l’autre d’être simplement différent de soi, c’est refuser l’altérité. Montaigne : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » ; Levi-Strauss : « le barbare c’est d’abord celui qui croit à la barbarie ».

 

Contrairement à ce qu’il nous semblait d’abord, l’accusation de barbarie ne semble pas pouvoir être objective puisqu’elle repose sur l’ignorance de la diversité culturelle ou sur l’incrimination de tout un peuple. Néanmoins faut-il accepter toutes les coutumes? Dans le cas contraire sur quelles valeurs peut-on fonder la dénonciation de l’inhumanité d’un comportement ?


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En reconnaissant la diversité culturelle nous sommes tentés d’en déduire logiquement la relativité des valeurs et des normes morales. Mais si bien et mal sont des notions relatives, alors il est impossibles de condamner l’inhumanité d’une pratique si elle est d’usage dans une société ; ce simple fait la rend légitime. Dès lors l’esclavage, la domination masculine, le commerce matrimonial des enfants, les sacrifices humains etc. ne sont plus des crimes, seulement des pratiques différentes n’étant pas en usage chez nous : posé en principe, le relativisme culturel détruit toute morale ; il équivaut à un nihilisme moral. Il faut donc établir une distinction entre « posséder une culture » et « adopter une attitude civilisée, humaine » (Thomas Mann). Comment fonder cette distinction ?

Aucune culture particulière ne peut prétendre incarner à elle seule l’universalité des valeurs humaines, aucune ne peut universaliser la particularité de ses valeurs. L’universalisme des sociétés occidentales a historiquement servi de masque idéologique des intérêts de la domination coloniale (Discours de Jules Ferry) ou impériale. Pour définir les valeurs humaines qui rendront possibles et légitimes la dénonciation de la barbarie d’un comportement il faut donc à la fois reconnaître et dépasser la diversité culturelle, de manière à identifier ce qu’il y a d’universel dans l’humaine condition. Cela n’est possible qu’à la condition de considérer l’humanité avec les yeux de la raison, qui est commune à tous les hommes.

Tous les êtres humains, quelle que soit leur appartenance culturelle sont : des êtres sensibles, doués de conscience, de langage et de raison. Comme tels ils ont nécessairement droit à tous les droits liés à leur condition d’homme : le respect de leur personne et de leur intégrité physique, le respect de leur opinion et de leur consentement. Ce sont là les fondements de l’universalité des valeurs humaines, qui ne sont la propriété d’aucune nation, mais, comme la raison elle-même, le bien commun de l’humanité tout entière. On pourra donc juger et condamner des pratiques culturelles comme barbare, c’est-à-dire inhumaine, suivant ces critères, en quelque lieux du monde où elles ont cours.

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Nous nous étions demandé si on avait le droit de dénoncer la barbarie d’un peuple au motif de ce qu’il est ou de ce qu’il fait. Nous savons maintenant que ce possible à condition de se défaire de toute l’illusion ethnocentrique et de le juger suivant les valeurs universelles que la raison nous permet de penser et sur lesquelles tous les hommes de bonne foi s’accordent. Nous avons en effet montré qu’il fallait être attentif à ne pas faire de l’autre  un barbare simplement parce qu’il n’est pas comme nous ; mais aussi que la reconnaissance de la diversité culturelle ne signifiait pas l’inexistence de valeurs humaines universelles. On est donc en droit de qualifier de barbare toutes les pratiques qui s’en écartent, quelle que soit leur provenance.

Tag(s) : #DISSERTATION

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