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UN COURS SUR AUTRUI : http://laphiloduclos.over-blog.com/article-19723607.html

 

OBJET DE LA QUESTION

Connaître autrui, se connaître soi-même : de manière générale c’est dire qui on est ou qui est autrui, donc être capable de définir les contours de son ou de notre identité, de se ou de le reconnaître.

La connaissance est la représentation exacte, adéquate d’une réalité ; autrui et moi sommes des êtres conscient, dotés d’une personnalité, de goûts, qui agissent, réagissent. Connaître ici c’est donc se représenter exactement les goûts, les opinions, les convictions de soi ou d’autrui, être capable de prévoir des réactions, de reconnaître un comportement ou, plus radicalement, de saisir adéquatement la singularité d’une manière d’être, d’une existence.

Est-il plus facile : y a-t-il moins de difficultés, moins d’obstacles, à connaître autrui plutôt que soi. L’objet précis du sujet tient à cette seule interrogation ; il ne s’agit pas de statuer sur la possibilité ou non de se connaître ou de connaître autrui, mais seulement sur les niveaux de difficultés de ces formes respectives de la connaissance.

COMPRENDRE LE PROBLEME

Cette question a une tournure paradoxale puisqu’elle laisse entendre qu’il pourrait être plus facile de connaître autrui (hypothèse citée en premier) que de se connaître soi-même, alors qu’on est plutôt immédiatement porté à penser le contraire : de toute évidence la connaissance que j’ai de moi est assurée et immédiate, car qui pourrait mieux se connaître que soi ? A l’inverse il est forcément plus difficile de connaître autrui, ne serait-ce que parce qu’il nous faut le découvrir et qu’il ne nous livre pas forcément tout de lui : j’ai donc immédiatement conscience de ce que je suis et tel que je suis (on peut cacher quelque chose à autrui, pas à soi-même), tandis que je dois apprendre d’autrui qui il est et faire en outre le pari de sa bonne foi.

Toutefois, une connaissance n’est pas une simple opinion. L’opinion est subjective, elle se fonde sur l’impression que me cause la personne ou l’objet (m’a-t-il fait bonne impression ? Dans ce cas je me fais une bonne opinion de lui, au risque d’être trompé) ; la connaissance implique elle l’objectivité c’est-à-dire l’exactitude et la neutralité d’un jugement qui ne peuvent être acquises qu’à la condition d’une distance et d’une séparation stricte entre le sujet qui connaît et de l’objet qui est connu.

Or dans la connaissance de soi, sujet et objet se confonde : certes je puis établir la distance de la représentation, me prendre moi-même comme objet de représentation (l’introspection, l’examen de conscience) n’empêche qu’il s’agit du même : cette distance n’abolit pas l’identité du sujet connaissant et de l’objet connu. Dans Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, « Jean-Jacques » est juge de « Rousseau » ; dans les Essais, de Michel de Montaigne, l’auteur annonce que c’est lui qu’il peint.

Puis-je alors me voir tel que je suis et en toute objectivité ? Suis-je assuré d’autre part que la conscience que j’ai de moi-même me révèle bien tel que je suis en réalité (la conscience de soi est-elle vérace ?).

A l’inverse, autrui en tant qu’être distinct de moi, est toujours à distance de moi ; il est objet pour ma perception et mon jugement : je le vois, je peux l’observer ; j’ai donc une capacité de distance critique à son égard qui me permet de déjouer ses faux-semblants et ses masques.

A ce point, notre première évidence se renverse : la distance qui me sépare d’autrui semble au contraire la condition de la connaissance d’autrui et son absence ce qui rend douteuse voire vaine la connaissance de soi.

Toutefois autrui est-il connu comme tel dans la perception que j’en ai ? Percevoir autrui c’est atteindre sa conscience au travers de ses comportements, comme comportement. Mais autrui est-il réductible à l’objectivité observable de ses comportements ? Quand bien même cela serait le cas, cela ne vaudrait que pour les comportements passés et présents, cela n’engagerait pas les comportements à venir…

C’est qu’autrui, en tant qu’alter ego, est comme moi un être conscient dont l’existence consiste précisément à assumer un projet (un pro-jet), donc à faire advenir son être en s’élançant vers l’avenir (la conscience est intentionnelle, elle existe comme conscience de quelque chose). Dès lors comment pourrait-on définir les contours et les limites de nos identités respectives si tant que nous vivons nos existences ne sont pas encore achevées, totalisées, donc inscriptibles dans les contours d’une définition (que sais-je de ce que je serai demain ?).

LES MOMENTS DE LA REFLEXION

Se connaître c’est savoir qui on est, c’est être capable définir les différents aspects de son identité : ses goûts, ses convictions, ses réactions, sa manière d’être. Or qui pourrait mieux que moi savoir qui je suis ? Il y a donc quelque chose de profondément paradoxal à demander s’il est plus facile de connaître autrui que se connaître soi-même ; car il semble d’abord évident qu’un être capable de conscience de soi rencontre moins d’obstacles à se connaitre plutôt qu’à connaitre autrui. Autrui est en effet par définition autre que moi, tout à la fois séparé et différent de moi. Ainsi, tandis qu’aucune distance ne semble pouvoir exister entre ma conscience et mon être, à l’inverse ma conscience est séparée de celle d’autrui par une distance évidente et peut-être infranchissable.

Toutefois une connaissance n’est pas une opinion : la subjectivité est à l’origine de l’opinion, l’objectivité, est la règle de toute connaissance. Or cette la neutralité du jugement exige la séparation du sujet connaissant et de l’objet connu, condition qu’il est impossible de remplir dans le cas de la connaissance de soi.

De ce point de vue, on peut au contraire penser que l’absence de distance à soi est un obstacle plus important que la distance qui nous sépare d’autrui; que c’est grâce à elle qu’on peut observer autrui avec le recul nécessaire à l’objectivité du jugement, sans qu’il soit faussé en outre par les confit psychologiques, en particulier inconscient, qui peuvent fausser la représentation qu’un sujet se fait de lui-même.

Néanmoins autrui est-il connu comme tel à travers la perception qu’on en a ? Est-il réductible à ses comportements ou bien transcende-t-il toutes les représentations figées qu’on peut former de lui ?

Dès lors, est-ce que la connaissance de soi comme celle d’autrui ne seraient pas au fond aussi difficile, voire impossible l’une que l’autre, pour des raisons à la fois communes et distinctes?

Tag(s) : #DISSERTATION

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