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L’histoire est-elle l’écriture ou la réécriture du passé ?

Des exemples (pour prendre conscience des raisons et des enjeux du sujet)

a) liés à la révision de la connaissance historique ou à l’infléchissement des perspectives :

- La responsabilité du déclenchement de la 1° guerre mondiale. Thèse léniniste, longtemps retenue : « l’impérialisme comme stade suprême du capitalisme ». Déjà Jaurès : « le capitalisme porte la guerre comme la nuée l’orage. » = la guerre résulte essentiellement de la rivalité économique entre les puissances, de leur besoin de nouveaux marchés. Plus récemment : la guerre est une conséquence du jeu des alliances entre les belligérants, d'une « mécanique infernale » denclenchée à l’occasion d’un événement anecdotique. Se défend aussi le rôle de la personnalité belliciste du Kaiser Guillaume II

- Le cas du génocide arménien : considéré comme un massacre (crime de guerre) durant l’essentiel du XX° siècle, qualifié de génocide (crime contre l’humanité) depuis 20 ans, sans que pourtant les faits (circonstances, nombres de victimes, protagonistes) aient varié. En outre qualification contestée par certains historiens (notamment en Turquie)

- L’attention nouvelle aux destructions et aux morts civiles ayant accompagné le débarquement (durant la bataille de Normandie) : nombreuses destruction de ville inutiles stratégiquement, autant de civils morts que de combattants pour certains historiens… l’événement du débarquement conserve son évidente valeur, mais il s’en trouve nuancé dans cette perspective nouvelle.

 

On voit par là qu’il y a une histoire des thèses historiques. L’historicité atteint la connaissance historique elle-même. L’historien est amené à remanier voire réviser son jugement. Ce qui n’est pas le cas des mathématiques (un théorème est démontré une fois pour toutes), ni des sciences expérimentales : si les théories évoluent, les lois de la nature (la loi de la chute des corps par exemple) en sont les noyaux invariants.

 

b) Exemples liés à la pluralité  des interprétations :

- La révolution française : le cas de l’historien François Furet : marxiste une partie de sa vie, il interprète l’événement suivant la philosophie de l’histoire de Marx : prise du pouvoir politique par la Bourgeoisie = moment de la lutte des classes = étape sur le chemin de la réalisation de l’Histoire. L’événement s’inscrit dans le cours de l’Histoire ; il est nécessaire, déterminé. Puis Furet s’éloigne du marxisme, abandonne l’idée d’un sens de l’Histoire, se rapproche de la philosophie politique du libéralisme : la révolution apparaît comme un événement contingent multifactoriel (crise politique, financière, mauvaise récolte, diffusion des idées etc).  

- Mai 68 : pour l’historien marxiste = une crise sociale pré révolutionnaire ; pour le libéral = une crise sociétale ; pour le conservateur = une agitation estudiantine.

Donc : Les faits historiques sont susceptibles d’une pluralité d’interprétations, suivant la grille de lecture (la philosophie implicite voire l’idéologie) de l’interprète. Car l'histoire est écrite par les historiens, qui sont des hommes, des sujets "situés" : socialement, intellectuellement et… historiquement !

 

En bref : la matière historique est problématique, de même que sa représentation qui est une mise en récit. D’où notre question…

 

EXAMEN DE LA QUESTION

1. L’histoire… a) Le récit, fictif ou véridique "raconte-moi une histoire"; b) la discipline qui étudie le passé (en allemand : die historie) "l'histoire des paysans français au XVI°"; c) L’objet de cette discipline, c'est-à-dire le devenir de l’humanité, le cours réel des événements etc (en allemand : das geschichte) "L'invention de l'écriture fut un tournant dans l'histoire".

2. Est-elle l’écriture ou la réécriture du passé = en apparence on a une interrogation sur la méthodologie de l'histoire, sur l’historiographie ; mais cette interrogation (par l’opposition écriture / réécriture)  met en jeu la nature et par voie de conséquence les limites de la connaissance historique : l’histoire est-elle une connaissance exacte du passé, idéalement une science ? Si ce n'est pas le cas, pourquoi ? Dès lors, que fait l’historien lorsqu’il écrit l’histoire ? Un récit approximatif ? un récit fictif ? –un roman- ; un récit, mais à partir de faits bien établis (un « roman vrai » comme le dit l’historien Paul Veyne)?

1° hypothèse : l’histoire comme écriture du passé = l’idée d’écriture, distinguée ici de celle de réécriture,  exprime l’idée d’une représentation objective du passé (au sens où, analogiquement, Louis Aragon parlait du roman comme d’un « miroir promené le long d’un chemin ». On a alors l’idée d’une histoire qui s’efforce à l’enregistrement et à la restitution objective du réel historique. Prise à la lettre cette perspective fait de l’histoire comme une science : l’histoire serait alors la connaissance objective de faits objectifs.

Conditions de possibilité de cette hypothèse :

a) Une méthode rigoureuse permettant de dégager les faits historiques, ou les faits ayant valeur historique, c’est-à-dire qui déterminent le déroulement des événements historiques. C’est bien ce à quoi s’efforce l’historien lorsque cherche des sources, des documents, des témoignages, et procède à leur examen critique.

b) Un sens de l’Histoire (au sens du devenir de l’humanité), un déterminisme dans le déroulement du processus historique. Il faut ordonner la logique du récit historique conformément à la causalité du déroulement des événements relatés.

Mais a) qui décide et suivant quels critères de la valeur des faits ? Les faits historiques sont-ils indépendant de leur interprétation, de la signification et de l’importance que leur prête l’historien ? b) Y a-t-il un sens objectif de l’histoire, les événements ou les formes historiques s’enchaînent causalement de manière nécessaire ?

2° hypothèse : l’histoire comme réécriture du passé = deux significations à retenir a) un sens neutre, de re-écriture du passé au sens où l’historien serait amené non à relater les faits mais à les interpréter (au sens d’en dégager le sens) et à réviser son jugement au fil du progrès de la connaissance historique : il ne restituerait pas l’objectivité des faits, mais la cohérence d’une interprétation elle-même révisable au vu de la découverte de nouvelles données factuelles (liés à un nouveau document, une nouvelle archive, une nouvelle technique d’analyse des données etc).

- Raisons de l’hypothèse : le passé n’est plus, il n’existe donc que dans la relation que nous établissons avec lui –soit par la mémoire, soit par l’histoire. C’est donc à partir de « lui » que l’historien écrit et relate l’histoire, à partir de sa condition de sujet situé dans l’histoire : sa condition de sujet = pas d’interprétation sans interprète donc sans une grille de lecture des faits liée à la personne et à la philosophie implicite de l’historien (les faits sont triés –certains retenus d’autres écartés- et mis en perspective dans un récit : les faits historiques sont construits et non simplement recueillis) + l’historien est lui-même situé historiquement vis-à-vis des faits qu’il étudie : il les considère dans une distance historique variable (en est-il séparé d’une décennie, d’un siècle ou d’un millénaire ?) et à partir des préoccupation et des perspectives de son époque : il y a une condition historique de l’historien (c’est un sujet dans l’histoire) qui interdit par principe la possibilité d’une restitution objective des faits. Mais cela pose le problème des limites de l’interprétation des faits; d’où le second sens à retenir

b) au sens critique où la réécriture de l’histoire ouvre le risque de sa falsification (cas du négationnisme). Si les faits historiques ne sont pas séparables de leur lecture, peut-on encore parler d’une connaissance historique ? Et si nulle connaissance objective de l’histoire n’est possible,  toutes les libertés sont-elles possibles avec les faits historiques ?

 

Solution…

1. Voir le texte d’Hannah Arendt et son explication ici : http://laphiloduclos.over-blog.com/2014/06/l-ecriture-de-l-histoire-explication-d-un-texte-de-hannah-arendt.html

2. La thèse à établir : l’histoire n’est pas une science, n’est pas la connaissance objective de faits objectifs (les faits ne sont plus, ne sont pas donnés, ils doivent être reconstruits et interprétés : l’écriture de l’histoire est nécessairement une réécriture du passé (cf. Raisons de l’hypothèse 2), mais cette réécriture ne peut nier la factualité des données historiques. Dans le cas contraire il s’agit d’une falsification de l’histoire.

Tag(s) : #DISSERTATION

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