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EXERCICE D’APPRENTISSAGE DE LA REFLEXION SUR LE THEME DE LA LIBERTE : Être libre, est-ce pouvoir faire tout ce qu'on veut?

 

 

 

Cet exercice pour but de mettre en pratique la démarche philosophique et de clarifier le concept de la liberté.

 

1. Règles de la discussion :

- Être logiqu (ne rien affirmer de contradictoire, n'affirmer que ce que la réflexion reconnaît être vrai)

- Tirer toutes les conséquences pratiques de ce que nous affirmons (pour le comportement, la conduite de la vie).

 

2. Clarification de la notion

On peut donc considérer la liberté à titre collectif et à titre personnel. On nomme liberté politique la première et liberté morale ou liberté du sujet la seconde.

 

La liberté politique peut se définir absence de domination ou par la participation effective du citoyen aux affaires de la Cité

En philosophie le sujet c’est l’être humain en tant qu’il est conscient de soi, de son existence, de son « être-au-monde », ce qui implique la conscience de l’existence des autres et des réalités du monde extérieur, des choses.

C’est uniquement de cette dernière forme de la liberté qu’on va parler aujourd’hui, de ce que l’individu seul, qui se considère lui-même dans le rapport avec les autres et le monde extérieur, considère comme étant la liberté.

 

3. La conception généralement admise (l’opinion)

C’est celle qui dit  qu’être libre c’est pouvoir faire ce qu’on veut, ou dans l’absolu, comme liberté idéale : pouvoir faire tout ce qu’on veut.

 

De deux choses l’une : soit cette définition est la bonne, est vraie ; soit elle est fausse.

Elle est vraie si elle s’accorde totalement, sans contradiction logique ou matérielle, avec l’expérience que nous avons de la liberté.

Elle sera fausse dans le cas contraire.

 

4. Mise à l’épreuve

Effectivement si je n’ai pas les moyens (ici l’argent) de partir en vacances ; si je n’ai plus la capacité à de déplacer ; si mes facultés sont altérées (Alzheimer), si on m’interdit quelque chose, si je suis opprimé, dominé, privé de droits  etc. je ne suis pas libre : il semble bien qu’être privé de pouvoir c’est être privé de liberté.

La liberté  ce serait donc fondamentalement avoir la capacité, les moyens ou le droit de réaliser sa volonté. Le facteur essentiel ce serait alors le pouvoir : plus on a de pouvoir et plus on est libre. Avoir du pouvoir ou mieux, avoir le pouvoir, ce qui s’obtient par la domination ou par l’argent : être le plus fort ou le plus riche. De cette manière on est toujours sûr pouvoir accomplir sa volonté

 

5. Conséquences pratiques de cette définition

Suivant cette définition l’Homme doit rechercher en priorité le pouvoir et l’argent. Vu l’importance capitale de la liberté, ce sont alors les choses les plus importantes à obtenir dans une vie d’homme, ce que les philosophes nomment le bien suprême et souverain. Mais comme le pouvoir (la capacité à commander les autres) domine l’argent, on peut faire du pouvoir le bien suprême.

On obtient alors une thèse sur la liberté : « être libre c’est pouvoir faire tout ce qu’on veut. Pour y parvenir il faut rechercher en priorité le pouvoir»

Ainsi, de deux choses l’une : soit la définition donnée est la bonne et sa conséquence pratique s’impose à tous; soit elle ne l’est pas, ce qui oblige à repenser la liberté et le bien suprême.

*

6. Examen critique de la thèse obtenue

« Critiquer » au sens savant c’est faire discuter de la vérité ou de la valeur d’une chose. La critique d’art se demande quelle est la valeur esthétique d’une œuvre ; faire preuve d’esprit critique, comme nous-mêmes à l’occasion de notre réflexion sur la liberté, c’est se demander si c’est vrai ou faux, donc cohérent ou incohérent, conforme ou non à l’expérience.

 

a) Est-ce que la thèse n’est pas immorale ?

On peut toujours dire que c’est immoral, ou injuste, parce que cette idée de la liberté implique de nier les autres ou de les priver de certains biens ou de certains droits. On peut alors vouloir corriger ou nuancer la définition. On dira alors qu’être libre c’est pouvoir faire tout ce qu’on veut en respectant autrui ou sans nuire à autrui

Mais il y aurait alors deux problèmes :

- C’est impossible. 

- C’est hypocrite.

L’objection morale n’est donc pas décisive. Mais il y peut-être d’autres problèmes, plus directement liés à la définition elle-même.

 

b) Est-ce que la thèse n’est pas illogique ?

  • Objections sur l’idée de pouvoir : est-ce que la liberté se confond purement et simplement avec le pouvoir (la capacité, les moyens etc) ? Car si la liberté = la toute-puissance, alors elle n’existe pas : Il n’y a aucun et n’existera aucun homme libre : quel que soit sont pouvoir ou sa richesse, il ne lui permettra jamais de faire tout ce qu’il veut. Le désir est illimité, les moyens le sont nécessairement, si grands soient-ils. Il y a les limites du réel, les limites de la condition humaine. La toute-puissance est un fantasme infantile (cf. Freud)

 

  • Objection sur l’idée du vouloir : Exemple : que veux un alcoolique qui a un peu d’argent en poche ? Il veut boire, c’est-à-dire perpétuer sa dépendance. Il a bien ici le pouvoir de faire ce qu’il veut, mais il n’est pas libre. A la place de l’alcoolique on peut prendre le cas d’une personne qui imite les autres, ou qui est soucieuse de leur jugement (plaire, ne pas déplaire etc) : est-ce qu’elle fait vraiment ce qu’elle veut ? Ou une personne qui pense toujours comme la majorité, sans jamais réfléchir, mettre en doute), quelqu’un de conformiste… Ou qui s’en tient à la tradition (le « croyant ») : on voit que les choix ne sont pas toujours personnels, la volonté toujours libre de toute influence.

Donc : pour être libre il faut certes avoir le pouvoir de réaliser sa volonté, mais d’abord que la volonté puisse se former de manière autonome. La réflexion devrait donc maintenant essayer de préciser les conditions de l’autonomie de la volonté.

 

7. Bilan de la discussion

Elle oblige un esprit honnête à reconnaître que la définition du sens commun est fausse, ce qui entraîne la fausseté de ses conséquences pratiques. Un esprit honnête doit reconnaitre à ce moment de l’entretien que la liberté n’est pas le pouvoir de faire tout ce qu’on veut même que le pouvoir ou l’argent ne sont pas les premiers des biens. Ceux qui le pensent ont tort, même s’ils sont les plus nombreux.

La question "qu'est-ce que la liberté" doit donc s'orienter vers la définition des conditions de l'autonomie de la volonté.

 

A QUELLES CONDITIONS UNE VOLONTE AUTONOME EST-ELLE POSSIBLE ? LA CONCEPTION ANTIQUE DE LA LIBERTE

 

ÉPICURE (-342 / -270), Lettre à Ménécée, extraits : comment atteindre la souveraine liberté du sage ?

1. La nécessité d’un travail sur soi

 Quand on est jeune il ne faut pas remettre à plus tard de philosopher, et quand on est vieux il ne faut pas se lasser de philosopher. Car jamais il n’est trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l’âme. Or celui qui dit que l’heure de philosopher n’est pas encore arrivée ou est passée pour lui, ressemble à un homme qui dirait que l’heure d’être heureux n’est pas encore venue pour lui ou qu’elle n’est plus. Le jeune homme et le vieillard doivent donc philosopher l’un et l’autre, celui-ci pour rajeunir au contact du bien, en se remémorant les jours agréables du passé ; celui-là afin d’être, quoique jeune, tranquille comme un ancien en face de l’avenir. Par conséquent il faut méditer sur les causes qui peuvent produire le bonheur puisque, lorsqu’il est à nous, nous avons tout, et que, quand il nous manque, nous faisons tout pour l’avoir.

 Attache-toi donc aux enseignements que je n’ai cessé de te donner et que je vais te répéter; mets-les en pratique et médite-les, convaincu que ce sont là les principes nécessaires pour bien vivre.  (...)

 

2. La limitation des désirs et du plaisir

 Il faut se rendre compte que parmi nos désirs les uns sont naturels, les autres vains, et que, parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires et les autres naturels seulement. Parmi les désirs nécessaires, les uns sont nécessaires pour le bonheur, les autres pour la tranquillité du corps, les autres pour la vie même. En effet une théorie correcte des désirs doit rapporter tout choix et tout rejet à la santé du corps et à la sérénité de l’âme, puisque c’est là la perfection même de la vie heureuse. Car nous faisons tout afin d’éviter la douleur physique et le trouble de l’âme. Lorsqu’une fois nous y avons réussi, toute l’agitation de l’âme tombe, l’être vivant n’ayant plus à s’acheminer vers quelque chose qui lui manque, ni à chercher autre chose pour rendre plus parfait le bien-être de l’âme et du corps. Nous n’avons en effet besoin du plaisir que quand, par suite de son absence, nous éprouvons de la douleur ; et quand nous n’éprouvons pas de douleur nous n’avons plus besoin du plaisir. (…)

 

3. La maîtrise des conditions de son existence

 C’est un grand bien que de se suffire à soi-même, non qu’il faille toujours vivre de peu, mais afin que si l’abondance nous manque, nous sachions nous contenter du peu que nous aurons, bien persuadés que ce sont ceux qui ont le moins besoin de l’opulence qui en profite le mieux, et que tout ce qui est naturel est aisé à se procurer, tandis que ce qui ne répond pas à un désir naturel est difficile à se procurer : des mets simples donnent un plaisir égal à celui d’un régime somptueux si toute la douleur causée par le besoin est supprimée; du pain d’orge et de l’eau procurent le plus vif plaisir à celui qui les porte à sa bouche après en avoir senti la privation. L’habitude d’une nourriture simple convient donc pour donner la pleine santé, pour laisser à l’homme toute liberté de se consacrer aux devoirs nécessaires de la vie, pour nous disposer à mieux goûter les repas luxueux, lorsque nous les faisons après des intervalles de vie frugale, enfin pour nous mettre en état de ne pas craindre les revers de fortune. (…)

 

  Médite donc tous ces enseignements et tous ceux qui s’y rattachent, médite-les jour et nuit, à part toi et aussi en commun avec ton semblable. Si tu le fais, jamais tu n’éprouveras le moindre trouble en songe ou éveillé, et tu vivras comme un dieu parmi les hommes. (…)

 

 

LE COURS  

« Rien n’est suffisant à qui le suffisant est peu. »

« Le sage est heureux même dans les entrailles du taureau de Phalaris. »

 

1. Présentation du texte : Epicure est un philosophe grec du –IV°, matérialiste et hédoniste, pour qui la philosophie a pour but le bonheur. Il est célèbre pour la lettre qu’il adresse à son élève Ménécée dans laquelle il rappelle les règles de conduite à mettre en pratique pour atteindre le bonheur. Mais cet enseignement est inséparable d’une leçon sur la liberté.

 

2. Problème à résoudre : Un enfant qui veut un jouet au motif qu’un autre vient de s’y intéresser n’est pas libre parce que sa volonté n’est pas autonome, c’est-à-dire qu’elle ne choisit pas son objets sans subir une influence extérieure. Mais comment chacun d’entre nous, qui vivons dans un monde, en société, au milieu des autres,  pouvons-nous vouloir de manière autonome ?  

 

 3. le paragraphe 1: L’invitation à philosopher

La philosophie est la condition du bonheur, qui est tout (le bien suprême et souverain) : on n’a besoin que d’être heureux.

Philosopher ce n’est pas discuter sans fin c’est inscrire en soi, par l’habitude, la répétition d’exercices physiques et spirituels, une manière de penser et de vivre qui conduit au bonheur. Précisément, pour être heureux, il faut

  • Se libérer de la crainte des dieux
  • Se libérer de la crainte de la mort
  • Se libérer de l’emprise du désir
  • Savoir se suffire à soi-même.

 

4. Le paragraphe 2 : La limitation des désirs

Le désir. Le désir est mimétique. Le désir est manque. Le summum de bonheur humainement réalisable c’est l’ataraxie. On n’a besoin du désir que dans la mesure de l’ataraxie.

 

5. Le paragraphe 3 : La maîtrise des conditions de sa vie : l’autarcie.

Savoir trouver son contentement avec ce qu’on a sous la main. Ne pas dépendre de condition hors de notre portée : le bonheur doit toujours rester en notre pouvoir.

 

6. Synthèse : La conception épicurienne de la liberté

Quelle conception de la liberté le propos d’Epicure met-il en oeuvre?

 

La liberté est-elle donnée ou est-ce qu’elle est acquise ?

Elle est acquise, c’est un résultat, qui se réalise dans un genre de vie, un type d’existence.

Quel genre d’homme est l’homme libre ?

L’homme libre est celui qui s’est affranchi des opinions et de l’emprise du désir, celui qui s’est libéré de leur influence = celui qui s’est tourné vers lui-même et qui s’efforce de rester fidèle à ce qu’il a découvert, fidèle à soi.

 

Conclusion générale : Le propos d’Epicure montre que la liberté n’est pas une chose qu’on possèderait en naissant, mais une condition qui s’obtient au fil d’un processus au cours duquel on s’affranchit progressivement de l’influence des opinions et de l’emprise des désirs.

Au début de notre existence en effet, on désire ce que désirent les autres et on désire être désirée d’eux ; notre conscience est d’abord tournée vers les autres, mimétique et aliénée (on n’est pas soi, on n’est pas libre).

Pour devenir libre, il faut donc revenir à soi de manière à mettre le monde à distance et à ne rechercher que ce qu’on désire vraiment. Cela suppose de se connaître soi-même, de rester fidèle à soi et de veiller à conserver la maîtrise des conditions de sa vie. 

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