Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

« S'étonner, voilà un sentiment qui est tout à fait d'un philosophe. La philosophie n'a pas d'autre origine ». PLATON, Théétète

 

 

VIERGES JUREES, ALBANIE, DEBUT DU XX° SIECLE

 

Dans le monde albanais, des femmes changent de « genre social » pour assumer le rôle d’hommes. Ce phénomène, régi par le droit traditionnel et le Kanun de Lek Dukagjin, est toujours en vigueur dans les zones montagneuses du nord de l’Albanie et du Kosovo. Les femmes qui font le serment de se comporter comme des hommes acquièrent tous les droits et obligations que le Kanun réserve normalement aux hommes.

 

EN SAVOIR PLUS : http://olsibaze.blog.ca/2007/05/30/title~2363652/

 

LE SEXE, EST-CE NATURE OU CULTURE ?

[La culture. Autrui]

Sens de la question

Trois termes. Objet qui varie suivant le sens qu’on donne à « sexe ».

Le Sexe :

a) l’activité sexuelle, les pratiques auxquelles elle donne lieu (les pratiques sexuelles) ;

b) le genre, féminin ou masculin, ainsi que les rôles et les statuts qui leur correspondent. Exemple : à qui attribuer le soin des enfants etc ? Des tâches masculines ou féminines etc.

La nature (dans son opposition à la culture) : tout ce qui existe indépendamment et antérieurement à l’activité humaine = ce qui n’a ni été produit ni été institué par les hommes. Ce qui est donné (les matériaux, l’organisation biologique du corps) ou inné (la disposition au langage), par opposition à produit (un meuble en bois) ou acquis (la politesse). Ce qui est invariable et nécessaire.

La culture : tout ce que l’homme ajoute à la nature = la culture. Ce qui est produit (les objets artificiels) ou institué (les lois, les règles morales) par les hommes. Ce qui est acquis, par opposition à ce qui est inné. Ce qui est variable, contingent. D’où la signification anthropologique : l’ensemble des mœurs transmises par éducation qui font l’identité d’un peuple.

Polysémie du terme : être cultivé / être de culture française.

Être cultivé : posséder de la culture c’est-à-dire des connaissances générales étendues, notamment dans les arts et les sciences.

Être de culture française : posséder les manières d’être caractéristiques de ce peuple : la langue, les usages, l’esprit.

 

Problème à résoudre : On qualifie quelquefois des comportements sexuels de contre-nature ou la distribution de certains rôles sociaux comme étant contraire à l’ordre naturel. Toutefois, les choses du sexe ont-elles vraiment leur origine dans la nature ? Est-ce la nature qui fixe ce qui est normal ou anormal en cette matière ou bien cela relève-t-il de la variabilité et de la plasticité des conventions culturelles ?

 

NB : pour ce qui concerne les pratiques sexuelles, si votre expérience et votre réflexion ne vous permettaient pas d'apercevoir d'évidentes conclusions, vous aurez profit à vous documenter sur les travaux de Paul Veyne (un historien), Michel Foucault (un philosophe) et de Pascal Quignard (romancier et essayiste, voir : Le sexe et l'effroi)

 

Ce que l’anthropologie nous en apprend : les travaux de Maurice Godelier.

L’anthropologie est la discipline qui a pour objet l’étude de l’homme à partir des données empiriques de l’observation ethnologique. A la différence de la philosophie, qui cherche à définir par un raisonnement abstrait ce qu’est l’homme et ce qu’il doit être, anthropologie fonde ses analyses sur des données concrètes et s’abstient de porter un jugement sur son sujet d’étude (positon de neutralité axiologique).

MAURICE GODELIER est un anthropologue français né en 1934 célèbre pour ses études sur les Baruyas de Nouvelle Guinée. Son maître livre est La production des grands hommes : pouvoir et domination masculine chez les Baruyas de Nouvelle Guinée. En 2005 il est chargé d’étudier les évolutions de la famille. Il publie en 2004 Métamorphoses de la parenté.

 

VOIR LA CONFERENCE DE MAURICE GODELIER SUR LA PARENTE :

 

 

https://drive.google.com/file/d/0BydEd64mp4XAX0U3ODRDQ0lmNjg/view?usp=sharing

 

VOIR LE DOCUMENT ETHNOGRAPHIQUE A L'ORIGINE DES TRAVAUX DE MAURICE GODELIER : CONVERSATIONS AVEC DES INFORMATEUR BARUYAS : Son nom est venu avec des flèches :

https://drive.google.com/file/d/0BydEd64mp4XASEJNRjcyOS03Mzg/view?usp=sharing

 

A quoi sert d’être ethnologue ? (Qui sont nos indiens ?)

Rousseau (1712-1778) : « Quand on veut étudier les hommes, il faut regarder près de soi ; mais pour étudier l’homme il faut apprendre à porter sa vue au loin ». Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

Claude Lévi-Strauss (1908-2009) « Le barbare, c’est d’abord celui qui croit à la barbarie. » Race et histoire.

Jean-Paul Sartre : « Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même. »

 

a. Par le document ethnographique.

 

 

Godelier et les Baruyas : Du sujet (savant) à l’objet étudié --> De l’objet (de curiosité) au sujet curieux (renversement du regard) --> le sujet = objet / l'objet = le sujet : PRISE DE CONSCIENCE RECIPROQUE DE SOI ET DE L’HUMANITE (de sa diversité, de sa complexité). On prend conscience de soi, comme individu et comme être humain, en faisant le détour par l’autre.

b. Par le compte-rendu de la conférence

Filiation et parenté. Nature (les géniteurs) / culture (les alliances et la propriété des enfants). Six critères pour définir la parenté : filiation et dépendance, règles d’alliances, résidence, terminologie, engendrement des enfants, interdits sexuels. Diversité des systèmes de parenté ;

 

D'où deux résultats :

1°, au sujet de notre question : les observations de Maurice Godelier montrent que les normes relatives au sexe varient suivant les cultures et l’histoire et qu’aucune ne peut-être tenue pour absolu ; elles montrent aussi qu’on ne peut pas parler de modèle naturel et universel de la famille, qu’il s’agit dans chaque cas d’une construction culturelle (historique, sociale ou culturelle).

 

2° Au sujet de la relation entre nature et culture : on ne peut expliquer les comportements l’humains ni comme des produits de la nature ni comme des produits de la culture mais seulement comme des synthèses originales de ces deux facteurs : nos comportements sont toujours l’expression d’un dépassement des tendances biologiques de l’espèce qui engendre les formes codifiées et partagées d’une culture. La paternité en est un exemple typique : la reproduction et le soin des enfants sont une nécessité biologique mais accomplis par un être conscient culturellement, historiquement et socialement situé : c’est ce qui explique l’extrême diversité des pratiques et des représentations du lien familial selon les  époques et les milieux.

 

Problèmes philosophiques posé par le point de vue anthropologique

La connaissance anthropologique pose un problème fondamental à la réflexion, celui du relativisme, moral et culturel.

 

--> Le problème du relativisme moral : L’anthropologie conduit à relativiser les normes. Mais peut-on étendre les normes à l’infini (accepter par exemple la pédophilie ou la zoophilie) sans créer un sentiment et une situation d’anomie morale ?

 

--> Le problème du relativisme culturel : elle conduit aussi à prendre conscience de l’extrême diversité des pratiques et des valeurs humaines, au point de faire naître un doute sur l’universalité des normes et des valeurs morales. Par exemple l’égalité des sexes est-elle une valeur universelle ayant un fondement objectif ou bien une coutume occidentale ?  De même pour l’idée des droits de l’homme. Bref, faut-il reconnaître une valeur et une dignité égale à toutes les cultures ou bien est-il légitime de vouloir les juger ? Si oui, de quel point de vue ?

Tag(s) : #COURS

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :