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Si on tuait tous les méchants ? plan détaillé

 

Introduction : On entend parfois dire qu’il suffirait d’éliminer tous ceux qui agissent mal pour que le monde soit parfait.

Cependant tuer est un crime, et plus encore tuer en masse.

On doit donc se demander s’il est raisonnable ou fou d’envisager de tuer tous les méchants, c’est-à-dire de projeter d’abolir le mal en éliminant tous ceux qui en sont les agents.

Demandons-nous d’abord ce qui nous pousse à envisager un tel projet, puis essayons d’en cerner les difficultés. Quels espoirs plaçons-nous en lui ? Comment justifions-nous les moyens qu’il implique ?

Toutefois, pour tuer tous les méchants, il faut d’abord pouvoir les identifier à sans les confondre avec les bons. Mais la méchanceté est-elle un défaut qui touche certains et que les autres ignorent? Bien et mal sont-ils des réalités objectives ?

Enfin, est-ce que ce projet, comme tous ceux qui lui sont comparables, n’est pas absolument condamnable, en tant qu’il implique des crimes bien plus graves que toute méchanceté ?

 

I/ Quelles raisons avons-nous de penser que tuer tous les méchants est un projet raisonnable ?

 

A. [un exemple de développement argumentatif] Certes tuer quelqu’un qui ne vous a pas nui personnellement semble un crime. Mais il ne s’agit pas ici d’appliquer la peine de mort à un méchant, mais de les éliminer tous, de manière à abolir le mal, donc à transformer un monde qui souffre de la méchanceté des méchants en monde idéal où règne la bonté et le bien. L’importance de l’objectif doit changer ici notre regard sur le moyen, car s’il s’agit d’un moyen douloureux et violent, c’est une ultime douleur, une ultime violence que l’humanité s’infligerait.

Il en va ici comme lorsqu’on va chez le dentiste se faire ôter une dent gâtée : le moyen est douloureux, mais il est nécessaire et bon pour le patient. De la même manière le monde sera lui même meilleur lorsque on aura ôtée de l’humanité tous ceux qu’accablent le vice de la méchanceté.

Le Christ lui-même ne dit-il pas, dans Evangile selon Mathieu que « si ton œil te scandalise, arrache-le, et jette-le loin de toi », qu’il vaut mieux arracher, éradiquer, ce qui est cause du mal ? Car si le bien est le bien, alors il est suprêmement désirable, et tous les moyens susceptibles de le réaliser sont bons.

B. Car les méchants sont coupables, puisqu’ils font le mal volontairement et en sont la source.

C. Donc les méchants méritent de mourir tous, puisque sans eux le mal n’existerait pas et que le monde serait bon.

 

Transition 1 : Tuer tous les méchants apparait donc bien comme un bon projet. Cependant, pour le mener à bien il faut identifier tous les méchants, sans les confondre avec les bons. Mais est-on soit bon soit méchant ? Le mal est-il définissable objectivement?

 

II/ Mais peut-on distinguer objectivement les méchants des bons ?

 

A. Tout le monde a commis dans sa vie des actes de méchanceté. Inversement des hommes méchants ont aussi accompli des actes bons. Il est de fait difficile de distinguer les bons et les méchants ou de trouver des hommes simplement bons ou méchants.

B. En effet les monstres sadiques sont rares ; c’est moins par méchanceté qu’en fonction des circonstances d’une vie qu’on agit bien ou mal : le mal est rarement un vice, le plus souvent une faiblesse. C'est pourquoi Socrate disait que « nul n’est méchant volontairement » : c'est par ignorance du bien ou méprise sur sa nature que les hommes agissent mal. 

C. Dès lors si ni le bien ni le mal ne sont absolument et objectivement définissables, le projet est irréalisable. Et s’il l’était, il serait criminel et injuste : des innocents périraient ; ses exécutants devraient être éliminés.

 

Transition 2 : On voit donc que si séduisant qu’il paraisse, le projet de tuer tous les méchants est irréalisable, puisque que ni le bien ni le mal, ni les bons ni les méchants, ne sont objectivement définissables. Mais dans ce cas n’est-il pas aussi le plus criminel qui se puisse concevoir ?

 

III/ « Tuer tous les méchants », n’est-ce pas cela le plus criminel des projets ?

 

A. Ce projet est criminel dans son moyen : on projette la monstruosité d’un meurtre de masse.

B. Ce projet est criminel dans sa logique : l’éradication du moindre mal induit une spirale d’élimination sans fin, à l’image des régimes de terreur (épisode de La Terreur, totalitarisme stalinien, génocide cambodgien). Freud, Malaise dans la civilisation : « La tentative d’instaurer en Russie une nouvelle civilisation communiste trouve à s’appuyer psychologiquement sur la persécution des bourgeois. (…) Que pourront bien entreprendre les soviets une fois qu’ils auront exterminé leurs bourgeois ? »

C. Ce projet est criminel dans sa finalité : si le bien est le bien alors il est absolu et est absolument le contraire du mal. Vouloir le règne du bien pur c’est donc toujours vouloir le meurtre de tous ceux qui s’en écartent, même légèrement. Le bien devient un ogre affamé du sang des hommes : du « règne de la vertu » (Robespierre) à la Terreur, la conséquence est inévitable.

*

Conclusion : Nous nous étions demandé si le projet de tuer tous les méchants était un projet raisonnable. Nous savons maintenant que non, et même qu’il s’agit du plus criminel de tous les projets. Nous avons en effet montré que les hommes ne sont pas soit bons soit mauvais, que le mal résulte des circonstances de la vie et non d’un vice dont certains seraient naturellement porteur ; d’où nous avons déduit que l’exécution de ce projet ne peut qu’engendrer un cycle ininterrompu de crimes de masse plus dramatique dont chacun voit qu’il est plus autrement plus dramatique que toute méchanceté individuelle.

Tag(s) : #DISSERTATION

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