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Une machine tombe en panne, une personne tombe malade : ces deux événements sont-ils de même nature ?

 

ANALYSE

De même nature : identique fondamentalement (ontologiquement identique) : du même ordre : deux événements qui obéissent aux mêmes principes parce qu’ils n’y a pas de différence fondamentale entre eux, parce que l’être de la personne malade –son âme et son corps- est fait de la même chose (matière) que l’être de la machine.

Identité des événements si identité des êtres qui connaissent ces événements et donc identité des principes qui régissent ces être : sont de même matière et obéissent aux mêmes principes.

Une machine : le marteau est un outil, le métier à tisser, l’horloge, l’automobile sont des machines : un dispositif constitué d’un agencement de pièces fonctionnant mécaniquement et qui destiné à transformer de l’énergie en travail (mouvement). Dispositif qui transmet de l’énergie mécaniquement.

Une personne : un être vivant doué de conscience de soi (Kant, la capacité à dire « je »). Terme qui exprime le statut juridique et moral de l’être humain, en tant qu’elle est irréductible à la chose. La dignité de la personne. On doit le respect à chaque personne précisément parce qu’elle est une subjectivité, un être conscient, dont la volonté, le consentement sont essentiels.

Une personne malade : on la considère non comme un sujet abstrait mais comme un être vivant, doué d’un esprit et d’un corps, comme un vivant dans la vie donc susceptible de connaître la maladie.

 

LE PROBLEME

Toute maladie a des causes, comme chaque panne, et se soigne par un traitement approprié analogue à une réparation.

Mais la vie de l’être vivant est-il réductible au fonctionnement mécanique de la machine ?

Une personne est-elle réductible à la matérialité de son corps ou à son corps matériellement conçu?

 

 

PLAN DETAILLE

I/ Quelles raisons avons-nous de penser que la maladie d’une personne est fondamentalement identique à la panne d’une machine ?

A/ Même si une personne est un être vivant ayant conscience de soi, la maladie qui affecte son corps ou son esprit a des causes matérielles, de même que la panne qui interrompt le fonctionnement d’une machine. C’est en agissant sur ces causes qu’on guérira le patient ou réparera la machine : si les gestes du chirurgien diffèrent des actes du mécanicien, ils sont néanmoins de même nature : opérer un patient pour recoudre une de ses artères n’est pas fondamentalement différent de démonter un moteur pour changer une de ses courroies ; de même pour un régime ou un remède, qui ne sont en rien différent d’un réglage ou d’une alimentation.

B/ La possibilité de guérir médicalement comme de réparer mécaniquement atteste de l’identité de la machine et de l’organisme vivant même lorsqu’il est doué de conscience de soi. En dépit des protestations de Kant, et en dépit de la singularité des performances du vivant (reproduction, autoréparation) c’est bien un modèle mécanique qui est à l’origine des plus anciens comme des plus récents succès de la médecine : réduire une fracture, opérer, mettre en œuvre une thérapie génique ou un protocole anticancéreux sont autant de procédures mécaniques consistant à intervenir causalement sur la matérialité des processus de réparation ou de remédiation.

C/ L’identité de ces deux démarches tient au fait qu’il n’y a aucun principe spécifique dans le vivant qui le rende autre que les autres phénomènes matériels : il n’y a pas de « matière vivante » et les propriétés ainsi que le fonctionnement de la cellule s’expliquent suivant le mécanisme de la traduction de l’information génétique dont elle est porteuse. La cellule, base du vivant, est « cartésienne » dans sa nature et dans ses principes.

II/ Mais l’événement qu’est la maladie pour une personne peut-il être identifié à la panne que connait la machine ?

A/ Certes la panne interrompt le fonctionnement de la machine et peut la détruire, de même que la maladie perturbe ou met fin à la vie d’une personne. Mais c’est tout autre chose que d’être en panne et de se savoir malade ou mourant. En outre on peut remplacer une machine hors d’usage, mais la perte d’une personne est irrémédiable. Être une personne c’est en effet exister singulièrement en tant que conscience de soi, comme être doté d’une identité singulière dont témoigne la capacité à dire « je » (Kant).

B/ La maladie d’une personne affecte un être conscient et non simplement un corps ou un esprit. Maladie et panne ne sont donc pas assimilables car c’est objectivement et pour autrui qu’une machine tombe en panne, tandis que c’est subjectivement et pour soi qu’une personne est malade : le malade a conscience de sa maladie, de son état et des risques qu’il encourt ; il ne peut pas la contempler de l’extérieur comme un objet, c’est un événement vécu qui l’affecte au-delà des désordres objectifs causés par la maladie : on est malade, plutôt qu’on a une maladie.

C/ On ne pourrait assimiler la maladie à la panne d’une machine qu’à la condition que la personne humaine puisse être entièrement objectivée, soit comme corps, soit comme esprit. Ce qui est impossible puisque le corps et l’esprit ne sont pas des choses que le sujet possède, mais bel et bien ce qu’il est (Merleau-Ponty). La maladie doit donc être pensée sous l’angle de la subjectivité, elle ne peut pas l’être exclusivement sous l’angle de l’objectivité des causes et des processus qu’elle implique.

III/ Par conséquent soigner une personne peut-il être assimilé à réparer une machine ?

A/ Une machine s’entretient et se répare, une personne se soigne. Si le soin devenait un geste purement technique, il réduirait la personne malade au statut d’objet et ravalerait le médecin au rang d’un technicien. Or la maladie n’est pas un processus objectif affectant une matière quelconque : quelqu’un est malade, non quelque chose.

B/ La personne est par nature (comme être pensant et parlant) objet d’un respect obligatoire (Kant), ce qui interdit par principe toute forme de traitement susceptible de l’assimiler à une chose, ce qui se produirait si le médecin agissait comme un réparateur : le consentement de la personne est requis pour tout traitement, le traitement doit demeurer dans les limites du respect de la dignité de la personne humaine (refus de la souffrance ou de l’acharnement thérapeutique, problème des essais cliniques).

C/ L’éthique médicale exclut donc elle aussi toute assimilation du phénomène de la maladie à celui de la panne.

Tag(s) : #DISSERTATION

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