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EXPLIQUEZ LE TEXTE SUIVANT (texte adapté par le professeur)

 

« Il est vrai qu’on doit expliquer l’Ecriture par l’Ecriture[1] aussi longtemps qu’on peine à découvrir le sens des textes et la pensée des Prophètes[2] ; mais une fois que nous avons trouvé le vrai sens, il faut nécessairement faire usage de jugement et de la Raison pour donner à cette pensée notre assentiment. Si la Raison, en dépit de ses objections[3] contre l’Ecriture, doit cependant lui être entièrement soumise, devons-nous faire cette soumission parce que nous avons une raison, ou sans raison et en aveugles? Si c’est sans raison, nous agissons comme des insensés; si c’est avec une raison, c’est donc par le seul commandement de la Raison que nous donnons notre accord à ce que dit l’Ecriture ; et donc si l’Ecriture contredisait la Raison, nous n’y adhérerions pas. Car qui peut adhérer par la pensée à une croyance alors que la Raison élève des objections? Je ne peux donc assez m’étonner que l’on veuille soumettre la Raison à la lettre morte d’un texte que la malice[4] humaine a pu trafiquer, que l’on puisse croire qu’il n’y a pas crime à parler indignement contre la Raison, alors qu’à l’inverse ceux qui font de ce qui n’est que la lettre et l’image de la parole divine une idole[5]  tiennent pour le pire des crimes une supposition semblable à son égard. »

 

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 

 

 

 

Dans cet extrait de son œuvre Traité théologico-politique Spinoza étudie le problème suivant lorsqu’il y a une contradiction entre ce que dit La Bible et ce que la raison nous montre, qui devons-nous suivre ? Le texte, parce qu’il est considéré comme sacré ou la raison, qui nous permet de penser par nous-mêmes et de démonter nos opinions ?

L’auteur soutient qu’il est insensé et de toute façon impossible d’aller contre la raison, en qu’en conséquence si le texte contredit la raison, c’est la raison qu’il faut suivre.

Quelles sont les raisons qui le conduisent à soutenir cette position ?

Est-ce qu’il a raison de faire de la raison l’origine de toute vérité ? N’y a-t-il pas des vérités certaines qui sont pourtant indémontrables ?

 

Pour établir sa thèse l’auteur dit d’abord que lorsqu’un passage de la Bible est difficile il faut chercher en premier lieu dans le texte lui-même les éléments qui vont nous permettre de le comprendre. On doit donc d’abord suivre le texte. Mais il ajoute qu’une fois que nous avons compris le sens du passage, nous devons utiliser notre raison et former notre propre jugement pour savoir si ce qui est dit est vrai ou faux. Pour Spinoza il est donc exclu d’admettre tout ce que dit le La Bible, de lui donner raison par principe.

Il justifie ensuite cette position en montrant qu’il est impossible d’exiger que la raison soit soumise à l’autorité de La Bible. En effet face à cette demande, il n’y a que deux attitudes possibles : soit admettre ce que dit le texte sans réfléchir ; soit utiliser sa raison pour savoir si l’esprit est ou non d’accord avec ce qu’il dit. Or la première attitude est insoutenable car elle revient à agir comme un « insensé », « aveuglément », comme quelqu’un qui ne réfléchit pas et trahit ses devoirs intellectuels élémentaires. Seule la deuxième attitude est donc acceptable. Ce qui revient à dire que seule raison doit commander notre adhésion ou notre rejet du texte. D’ailleurs, de manière générale, il est impossible d’admettre ou de penser sincèrement quelque chose qui serait contraire à la raison (par exemple qu’il existe un plus grand des nombres, qu’un cercle peut être carré, que les femmes sont inférieures aux hommes, que les espèces vivantes ont été créées telles qu’elles sont etc.). Réfléchir c’est donc faire usage de sa raison ; cette faculté est le guide et la boussole de toute recherche de la vérité. 

 Ce qui amène finalement l’auteur à s’étonner que certains veuillent soumettre la raison à un texte dont on n’est pas sûr, qui a peut-être été faussé par les hommes au fil du temps; puis à s’indigner franchement que certains critiquent la raison et considère à l’inverse qu’il est criminel, qu’il est sacrilège de discuter ce qui n’est pourtant qu’un texte écrit et transmis par des hommes.

On voit que Spinoza porte la raison en très haute estime parce qu’elle est pour lui la source de toute vérité certaine. On peut cependant remarquer avec Pascal qu’il existe des vérités certaines mais indémontrables, comme par exemple celle de notre existence ou de la réalité du monde. La raison est certes la source de vérités incontestables et elle a une fonction critique dont on ne peut pas se passer ; mais elle n’est pas la source de toutes les vérités que l’esprit humain connait : à côté des vérités discursives de la raison (toutes les démonstrations mathématiques, toutes les lois scientifiques), il existe des vérités intuitives que Pascal réfère au « cœur », c’est-à-dire à notre capacité de sentir immédiatement l’évidence du vrai.

*

Nous savons maintenant que pour Spinoza il est impossible d’exiger que nous nous soumettions à La Bible ou a tout autre texte sacré sur la seule foi de ce qu’ils disent. Il a en effet montré qu’on ne rien pas approuver intérieurement et sincèrement quelque chose de contraire à la raison; et aussi qu’on ne doit pas sacraliser le texte de La Bible, qui est peut-être inexact, mais plutôt la raison, qui nous permet de séparer le vrai du faux. Nous pouvons toutefois nuancer son propos en rappelant avec Pascal que la raison n’est pas la source de toutes les vérités connues.

 

[1] La Bible ; pour comprendre ce qu’elle veut dire, il faut d’abord chercher dans le texte lui-même.

[2] Les porte-parole de la pensée de Dieu.

[3] Ses désaccords, ses arguments opposés.

[4] Au sens de la méchanceté, des mauvaises intentions.

[5] Un objet sacré, auquel on n’a pas le droit de « toucher ».

Tag(s) : #STT STI

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