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STT ET STI UN EXEMPLE D'EXPLICATION DE TEXTE D'ARISTOTE, "LA CITE FAIT PARTIE...

ARISTOTE, Les politiques, I, 2 :

 

« La Cité[1] fait partie des choses naturelles, et l’homme est par nature un animal politique : et celui qui est hors Cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé soit un être surhumain, et il est comme celui qui est injurié en ces termes par Homère[2] : « sans lignage[3], sans loi, sans foyer ». C’est pourquoi il est évident que l'homme est un animal politique plus que n'importe quelle abeille et n'importe quel animal grégaire[4]. Car, comme nous le disons la Nature ne fait rien en vain: or seul parmi les animaux l'homme a un langage (logos). Certes la voix (phonè) est le signe exprimant ce qui est douloureux ou agréable, aussi la rencontre-t-on chez les animaux; leur nature, en effet, est parvenue jusqu'au point d'éprouver la sensation du douloureux et de l'agréable et de pouvoir se les signifier mutuellement. Mais le langage (logos) existe en vue de concevoir et d’exprimer ce qui est avantageux et ce qui est nuisible, et par suite aussi le juste et l'injuste. II n y a en effet qu'une chose qui soit propre aux hommes par rapport aux autres animaux : le fait que seuls ils aient la perception du bien, du mal, du juste, de l'injuste et des autres notions[5] de ce genre. Or avoir de telles notions en commun c'est ce qui engendre famille et Cité. »

 

QUESTIONS

1. Que veut démontrer l’auteur. Quels sont les étapes et le contenu de son raisonnement ?

2. Pourquoi dit-il « naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances » ?

3. Expliquez clairement la différence qu’il établit entre la voix et le langage.

4. Est-ce dans la société ou dans la nature que l’homme trouve à s’épanouir ?

 

 

Dans cet extrait de son œuvre, Politiques, Aristote examine le problème suivant : est-ce par nature ou par convention que les hommes vivent dans des sociétés organisées ?

Aristote soutient que c’est par nature parce que l’homme est fait pour vivre et pour s’épanouir dans ce qu’il nomme une Cité, une communauté d’égaux organisée politiquement.

Quelles raisons amènent Aristote à soutenir cette thèse ? Et comment peut-on dire qu’on est naturellement plus épanoui en société, où on dépend des autres, plutôt que dans la nature, où l’on est indépendant ?

*

Aristote affirme que ce n’est pas un hasard si les hommes vivent en Cité, dans des sociétés organisées politiquement : c’est parce qu’ils sont faits pour cela : l’homme est « par nature » c'est-à-dire originellement et par essence, un « animal politique », expression qui est construite de manière à introduire l’idée de la Cité (« polis » en grec, la langue d’Aristote) dans la définition même de l’homme. C’est la raison pour laquelle il dit que la Cité existe « naturellement », c’est-à-dire que cette façon de vivre n’a pas été choisie et instituée par les hommes. C’est dans la nature des choses qu’il en soit ainsi. Dans la Cité il y a donc selon Aristote une correspondance parfaite entre l’homme et son mode de vie, c’est pourquoi elle est selon lui seul lieu possible de son épanouissement.

Pour le prouver Aristote dit qu’un homme qui n’est pas fait pour vivre en Cité n’est pas ou n’est plus un homme, soit parce qu’il a connu une déchéance qui le rend incapable de vivre avec ses semblables (« un être dégradé »), soit parce qu’il a des facultés qui le dispensent d’avoir besoin des autres hommes (« un être surhumain »). C’est pourquoi un homme qui n’aurait plus la capacité à vivre dans la Cité, au milieu de ses semblables, est méprisable, comme s’il avait perdu sa qualité et sa dignité d’Homme. Un homme doit donc pour Aristote être relié à une communauté ou à une filiation ; il n’est pas fait pour vivre isolé, ce serait la marque d’un défaut ou d’un vice. Le lien de l’Homme a la Cité est donc essentiel, il n’est pas de circonstance.

On pourrait cependant penser que l’homme n’est pas le seul être à vivre de cette manière. Aristote ne l’écarte pas complètement, mais il n’est pas tout à fait de cet avis, puisqu’il dit que l’homme est un « animal politique » à un degré supérieur à tous les animaux grégaires, vivant en troupeaux, en société. On peut penser aux abeilles ou aux fourmis. Ces être vivent en société ; ils sont donc « politiques », mais à un degré moindre que l’homme. L’homme serait alors le seul véritable animal politique, le plus politique des animaux.

Pour s’expliquer et se justifier Aristote pose d’abord un principe : la nature, c’est-à-dire la puissance productrice à l’origine de ce qui existe naturellement, indépendamment de l’action de l’homme, n’agit jamais inutilement, sans raison. C’est le principe du finalisme. Or, nous fait remarquer Aristote, la nature a doté l’homme une faculté vraiment particulière, le langage, tandis qu’aux animaux elle n’a donné que la voix. La voix est utile, c’est un instrument d’expression et de communication ; mais elle ne permet que l’expression des sensations (le douloureux et l’agréable) que les animaux se communiquent par l’intermédiaire de leurs cris. Tandis que le langage permet de faire quelque chose de plus complet, de plus parfait : de se représenter intellectuellement des notions morales et politiques (l’utile, le nuisible, le juste, l’injuste) et de les partager avec les autres. Or dit Aristote c’est cette aptitude à échanger moralement et politiquement qui est à l’origine de la formation des communautés, de la plus élémentaire –la famille- à la plus parfaite –la Cité. Démonstration est donc faite pour Aristote que l’homme est bien un être qui est fait pour mener et accomplir son existence en la partageant avec ses semblables.

Pour cet auteur il n’est donc pas concevable que l’homme soit épanoui et heureux hors de la Cité. Pourtant la vie dans la nature n’est-elle pas plus avantageuse en ce qui concerne le bonheur ?

Car ce qui limite notre bonheur en effet c’est d’abord ce qui nous empêche d’être nous-mêmes et de vivre comme nous l’entendons. Or en société nous sommes limités, donc aliénés, par trois choses : la présence des autres, la présence des lois et des normes, l’augmentation de nos besoins et la dépendance à autrui qui en résulte. Alors que dans la nature nous sommes indépendants, nous vivons suivant nos envies sans limite aucune et nous ne sommes jamais entravés ou jugés par les autres. Ajoutons que si parfaite soit la société, elle ne réalisera jamais notre bonheur parce que chacun à une conception personnelle de la vie heureuse et que toutes les manières de vivre ne sont pas compatibles.

Mais a bien y réfléchir il est peut-être naïf de croire qu’on serait plus heureux dans la nature qu’en société. Car dans la nature on ne peut compter que sur soi, ce qui rend difficile la survie et impossible le bien-être. Or si nous voulons bien vivre et vivre longtemps nous devons, comme le pense Spinoza, nous appuyer sur des relations d’entraide. Nous y gagnons une protection, une capacité à satisfaire nos besoins et nos désirs et aussi, ce qui est le plus important, les moyens de nous épanouir dans le genre d’activité qui nous convient le mieux. Car si c’est le sport ou la musique qui nous rend heureux, il faut pouvoir bénéficier d’un équipement, d’un stade ou d’instruments de musique ; il nous faut aussi des partenaires et des adversaires. Où les trouver, sinon grâce à la société de nos semblables.

D’autre part si dans la nature aucune autorité ne nous limite, nous ne pouvons pas dire que notre liberté s’en trouve agrandie, bien au contraire. Car il s’agit de la liberté d’un homme réduit à ses seules forces. Or, que peut un homme seuls ? Bien peu de choses. Tandis qu’on société il bénéficie du concours et des compétences des autres, ce qui rend concrète et étend sa liberté. Et encore ne s’agit-il que de la liberté conçue comme capacité matérielle à accomplir sa volonté. Car même la capacité à vouloir quelque chose se trouve réduite dans la nature, à cause de l’absence de points de vue, d’instruction et du spectacle répétitif des choses. Bref un homme seul pense peu, et pense surtout à survivre.

Et puis soyons francs ! Qui peut sérieusement concevoir qu’une vie est satisfaisante sans les joies de l’amitié ou les passions de l’amour ? Toutes choses essentielles à la vie d’un être humain et qui exigent la communauté de ses semblables.

*

Nous étions demandé avec Aristote si c’était par hasard ou par nécessité que l’homme vivait dans des sociétés organisées, et s’il il y était plus heureux que dans tout autre cadre de vie.

Nous savons maintenant que pour Aristote si l’homme vit ainsi c’est parce que cela correspond à sa nature d’être parlant et pensant, et qu’après réflexion Aristote a raison de penser que l’homme a plus de chance de s’épanouir en vivant ainsi que dans la solitude de la vie naturelle.


[1] Ne pas confondre avec le sens actuel ! Cité, en grec Polis, qui a donné politique, police, politesse etc. désigne une communauté politique d’hommes libres et égaux. On peut aussi le réduire à l’idée d’une société organisée.

[2] Le poète grec auteur de L’Iliade et l’Odyssée.

[3] Sans famille, sans ascendant.

[4] Qui vit en troupeau.

[5] Représentation intellectuelle.

Tag(s) : #STT STI

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