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FICHE NOTION. LE DESIR

LA NOTION 

Le désir est un phénomène complexe qu’il faut faire entrer dans la simplicité d’une définition.

--> Déjà : le désir sexuel, la forme érotique, n’en est qu’un cas particulier : on peut désirer quelque chose ou quelqu’un ; ce qu’on désire peut être concret (un éclair au chocolat en passant devant une pâtisserie) ou abstrait (la paix dans le monde) voire moral (progresser en philosophie).

--> Enfin il a une diversité de manifestations du désir : le souhait, l’envie, la pulsion, l’impulsion, la motivation relèvent du désir. La racine commune à toutes est le fait de tendre spontanément et impulsivement à quelque chose qui n'est pas en notre possession – et d'y tendre indépendamment voire contre notre volonté et notre raison- : par exemple entrer dans une pâtisserie acheter un éclair au chocolat alors qu’on a déjà fait un bon repas, ou qu’on a un peu d’embonpoint. Ce n’est pas très raisonnable, mais parfois l'envie est si forte, l'objet si tentant.

On pourra donc définir le désir comme la tendance consciente qui nous pousse à rechercher quelque chose au motif de la satisfaction que cela doit nous procurer.

Ajoutons que la satisfaction du désir procure du plaisir, c'est-à-dire un état de bien-être sensible. Le désir est donc lié au plaisir (mais tout plaisr n'est pas lié à la satsifaction d'un désir).

--> Il y a une ambiguïté et une ambivalence du désir. Le désir réunit des éléments contradictoires et de valeur opposée : le manque et l’élan, le plaisir (lorsqu’il est satisfait) et la douleur (lorsqu’il est frustré, irréalisable), la tension inquiète et la force impulsive et joyeuse. Il oscille entre la négativité du manque et la positivité de la force impulsive et créatrice.

Cette ambiguïté est présente dans les termes qui le désignent étymologiquement : APPETARE, qui a donné appétit, appétence, signifie tendre à quelque chose ;  DESIDERARE, qui a donné être désolé, c’est regretter l’absence de quelque chose.

Ajoutons à cela la polysémie du terme « envie : faire les choses avec envie, avoir envie de quelque chose ou de quelqu’un fait du désir la positivité joyeuse de la force qui nous anime dans la quête de quelque chose ; mais il y a aussi la jalousie de l’envieux, sa convoitise c’est-à-dire le désir de ce que l’autre possède, qui est gros de conflits menaçant. L’envie, « invidia », est à l’origine un des sept péchés capitaux !

--> D’où une interrogation sur la nature du désir : est-il fondamentalement l’un ou l’autre ?

--> D'où une interrogation sur la valeur du désir : faut-il le cultiver ou le nier ? Le limiter ou le satisfaire ?

LES PROBLEMES

Le désir pose un problème moral (il entre en conflit avec les devoirs de l’être raisonnable) : car c’est un mode de détermination de l’action qui ignore la raison, les limites raisonnables ou rationnelles de l’action. Autant la volonté est rationnelle et raisonnable, autant le désir ne l’est pas : on ne peut pas vouloir ce qu’on sait être impossible (être immortel ; descendre à ski une pente excessive) ou immoral (la femme de son meilleur ami) mais on peut en avoir envie, on peut le désirer. En outre autant la volonté ferme, tenace, autant le désir est capricieux, inconstant. Le désir est donc par essence a-moral, déraisonnable, folâtre, fou. Mais faut-il pour autant vouloir réprimer le désir, voire l’éradiquer ? La morale exige-t-elle le sacrifice du désir ?

Le désir pose un problème éthique (de conduite de son existence, de choix du mode d’existence) : Le désir n’est pas limité comme l’est le besoin : lorsqu’on mange ou boit par faim ou par soif, une quantité limité d’aliments simples nous suffit (de l’eau et du pain, en gros). Lorsque c’est par désir, seul le dégoût trace une limite. En outre le désir est état de tension et expérience du manque, risque de la frustration. Comme tel il est contraire à la sérénité de l’âme, à la souveraine liberté d’un être, qui par lui devient dépendant des conditions externes de la réalisation de ses désirs (si j’aime la bière Sans Miguel et qu’il n’y en a  plus chez l’épicier du coin, me voilà déçu et frustré). Mais peut-on vivre sans désir ? Que serait la vie sans son inventivité intempestive, inattendue et souvent folle ?

Tag(s) : #FICHE NOTION

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