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LA SOCIETE, L'ETAT, LES ECHANGES. NOTIONS ET PROBLEMES DE PHILOSOPHIE POLITIQUE (I)

Présentation : De fait, les hommes ne vivent pas seuls. Certes il est toujours possible de mener une vie solitaire, mais ce cas reste exceptionnel et humainement peu satisfaisant : nous ne sommes pas faits pour la solitude, ni matériellement ni psychologiquement. La socialité, voire la sociabilité sont des éléments de la condition humaine, de son être-au-monde, ce qui rend naturel et nécessaire une interrogation sur la forme idéale que doit revêtir la vie sociale. Tel est le premier objet de la philosophie politique.

Dans ce domaine de la réflexion nombres d'interrogations surgissent de constats et d’observations très simples. Par exemple de la pluralité des formes de gouvernement (d'où la question : laquelle est la meilleure? Et selon quel critère? L'est-elle absolument ou suivant l'histoire?). Ou encore de l'existence du pouvoir, des relations d'autorité : dans les sociétés humaines il y a des hommes qui commandent et d’autres qui obéissent : de quel droit le font-ils? Est-ce nécessaire? Si oui, comment cela peut-il être juste? Si c'est injuste, quelle autre forme d'organisation sociale est nécessaire et souhaitable? Est-elle réalisable ou utopique? Par des moyens pacifiques ou des moyens violents etc.

Ces questions difficiles mettent en jeu des notions précises dont la connaissance est indispensable. Vous veillerez donc à les étudier, non en les apprenant "par cœur" mais en les comprenant de manière à pouvoir les reconnaitre et les utiliser dans votre réflexion personnelle.

La liberté politique : à l’origine c’est un statut juridique, celui du citoyen (l’homme libre), par opposition à l’esclave. Le citoyen est membre d’une communauté politique à laquelle il participe et qui lui garantit des droits. L’esclave a le statut juridique d’une chose ; il vit sous la domination d’autrui. On peut alors définir la liberté politique soit négativement –au sens logique- comme absence de domination, soit positivement comme participation à la souveraineté.

La société : du latin "socius", "les associés" : la société c’est l’état d’association dans lequel vivent les hommes. Une société se constitue lorsque des liens réciproques, objectifs et durables existent entre des hommes (notez l’ambiguïté du terme « lien » : à la fois relation et ligature, ob-ligation : pas de société sans ob-ligations réciproques). Ces liens sociaux sont de différents types : relations de collaboration, d’échanges, langue, mœurs, traditions, religion etc.

La société ne doit pas être confondue avec l’Etat (il y a des sociétés sans Etat ; la réflexion sur la société est d’ordre anthropologique ; celle sur l’Etat est juridico-politique).

Enfin la société doit être distinguée de la communauté : la structuration des relations est différente dans l’un et l’autre cas. Dans la communauté le lien est serré, d’ordre sensible voire affectif et très lié au statut des personnes, qui détermine des ordres assez rigides (en gros : des castes). Dans la société le lien est plus distant, d’ordre rationnel et les membres de la société sont considérés à égalité, sans être défini par leur statut

Problèmes classiques : quelle est l'origine de la société? Quelle est la nature du lien social? La société tient-elle son origine de la nécessité des échanges économiques? Ou bien la sociabilité est-elle un élément originaire et constitutif de la condition humaine ? Pourquoi les hommes vivent-ils ensemble : par intérêt ou par amitié?

Les échanges : échanger c’est céder une chose en contrepartie d’autre chose. On parle d’échanges au pluriel parce qu’il en existe différents types : troc et échanges marchands, commandés par le besoin et l’intérêt (on cède une chose en contrepartie d’autre chose dont on a besoin et dont on estime la valeur équivalente), échanges rituels non marchands, en apparence désintéressés (l’échange des cadeaux à Noël) mais qui ont une fonction sociale évidente. On parle aussi d’échange pour une conversation. La notion d’échange recoupe donc l’essentiel des relations humaines, hormis le don, au moins en théorie, lorsqu’il est censé être sans contrepartie et désintéressé. Le terme de commerce (cum merx : marchander avec, donc acheter et vendre, ce qui implique de parler, de négocier) peut signifier le négoce ou la relation (il est d’un commerce agréable, avoir commerce avec). Il réunit ainsi les deux sens du mot échange.

Le don, action d’offrir quelque chose sans attendre explicitement de contrepartie (faire un cadeau pas exemple), est logiquement différent de l’échange. Autant l’échange est calculé et intéressé, autant le don paraît gratuit, avec tout le système éthique lié à la morale du désintéressement. Toutefois l’anthropologie montre que cette distinction n’est pas totale puisque le don initie un cycle qui oblige implicitement celui qui reçoit à donner à son tour : lorsqu’on est invité à dîner par des amis, on se sent intérieurement obligé d’inviter à son tour : au "donnant-donnant" de l'échange marchand se substitue le "tour à tour" du don, qui constitue et fortifie une relation : c'est ainsi qu'on se lie solidement les uns aux autres. Bref le don initie et entretient une relation sociale.

Il y a un cycle et un art du don.

Cycle du don : donner, recevoir, rendre.

Art du don : savoir quoi donner à qui, savoir recevoir, savoir quoi rendre à qui nous a donné.

Le don apparait ainsi comme une forme de l’échange, la distinction passant entre échange calculé et intéressé et en apparence désintéressé. On pourra dire alors qu’il y a échange lorsque « le bien prime sur le lien », et don lorsque « le lien prime sur le bien. »

Problèmes : le don est-il autre que l’échange ou bien une de ses formes ? Un échange peut-il être gratuit ? A l’idée d’échange intéressé est associée l’idée d’une contrepartie, généralement de type monétaire.  D’où l’idée de prix, opposable à la gratuité. On peut alors se poser les questions suivantes : est-ce seulement ce qui a un prix qui a une valeur? Que vaut ce qui est gratuit? Qu'est-ce qui n'est pas négociable? Mais aussi s’interroger sur la fixation du prix, sur sa justesse et sa justice : A quelles conditions un échange peut-il être juste ? L’argent a-t-il des vertus ?

L'Etat : l’ensemble des institutions qui représente et exerce l'autorité politique. L'Etat est distinct de la société : a) il existe des sociétés sans Etat, qui ne possèdent pas d'institution spécialisée pour exercer une fonction de commandement dans la société : la société des Inuits par exemple. On nomme anarchiste, au sens littéral, ce type de société; b) la société est formée des interrelations que nouent les individus, l’Etat est l’instrument qu’elle se donne pour administrer les relations d’autorité en son sein. La première fonction de l’Etat est de veiller au respect des lois. C’est pourquoi il a le monopole « de la violence physique légitime » suivant la formule de Max Weber (seul l’Etat a le droit de faire usage de la violence). L’ensemble des lois définissent un ordre social. L'existence de l'Etat est donc inséparable d'un ordre social qu'il a pour fonction de maintenir (d’où l’ambiguïté de l’expression de « maintien de l’ordre » : il s’agit toujours du maintien d’un ordre).

Problèmes : L'Etat est-il véritablement séparé de la société? Est-il l'arbitre impartial de ses conflits ou un instrument de domination au service d'une partie de la société? L'Etat est-il une condition ou une négation de la liberté ? L’Etat peut-il être juste ? « Ni Dieu ni maîtres » ?

Le souverain, la souveraineté : ne confondez pas « roi » et « souverain », « monarchie » et « souveraineté ». La souveraineté c'est l'autorité politique suprême.  Le président de la République en France incarne la souveraineté; un peuple est dit souverain lorsqu'il est constitué en entité politique autonome, lorsqu'il est totalement indépendant. Le peuple est souverain lorsqu’il est la au principe du pouvoir de commander (cas du régime Républicain ou du Régime démocratique).

La société civile : dans son premier sens (chez Hegel et Marx) c'est le monde économique, la sphère de l'intérêt personnel, distincte de l'Etat, qui incarne l'universel (Hegel). De nos jours c'est l'ensemble des institutions indépendantes du pouvoir politique qui proviennent de l’initiative de groupes ou d’individus à l’intérieur de la société (une ONG, une association comme Les restos du cœur, la Cimade etc). La société civile tend à se constituer en contre-pouvoir en face du pouvoir de l’Etat. L'existence d'une société civile indépendante est une des conditions de la démocratie libérale. Son existence signifie que l'Etat ne gouverne pas la totalité de la vie sociale.

L'individu : littéralement c’est ce qui ne se divise pas (in / dividu), ce qui montre que la notion est construite à partir d’une opération de division du tout social : on suppose que la société est un ensemble formé par la réunion d’une sommes d’éléments premiers, les individus. L’individu serait alors à la société ce que l’atome est à la matière. Dans son sens philosophique l’individu c’est l’homme considéré dans son unicité et sa singularité, en tant qu’il serait irréductible à tout autre comme à la société. Il est censé être une entité première autonome.

Problèmes : Sur cette notion, et sur ses ambiguïtés, se cristallise une bonne partie des problèmes de philosophie politique et morale de notre temps : l’homme est-il un individu ? Par nature ou à l’intérieur d’une époque et de conditions sociales données ? La société est-elle décomposable en individus ? Être un individu, est-ce forcément être individualiste? Qu’est-ce qui fait l’individualité de l’individu ? L’individu doit-il être la source du droit en démocratie ?

Ces questions révèlent l’ambiguïté de la notion d’individu. Car l’individualité peut se penser sous l’angle de la singularité, avec son enjeu de liberté, d’authenticité, de refus du conformisme (refus de la morale du « troupeau ») ou sous l’angle de l’intérêt conçu comme loi de la recherche du profit ou de l’avantage sur autrui. L’individualité est alors au principe d’un individualisme concurrentiel qui met en péril les conditions sociales et anthropologiques de la vie des sociétés (atomisation, lutte de tous contre tous) ou de la vie humaine (solitude, désenchantement, cynisme, nihilisme).

Tag(s) : #FICHE NOTION

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