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Il est beaucoup question de Jean-Paul Sartre (1905-1980) dans le cours ces jours-ci. Quelques mots vont suffire à le caractériser puisque tout au long de sa vie et des évolutions de son oeuvre, il restera fidèle à un maître mot : la liberté.


Déjà précisons un peu ce terme, qui a des emplois divers.

Pour aller à l'essentiel on va distinguer la liberté au sens politique (la liberté du citoyen, d'un peuple ou d'une nation -ici la dimension de la société, de la collectivité sont sous-entendues) de la liberté au sens moral, qui concerne le sujet individuel (moi, mon existence).

Au sens politique la liberté correspond à la condition du citoyen jouissant de ses droits, par opposition à l'esclave : on peut la définir négativement comme "absence de domination", ou positivement comme participation effective à la formation et à l'exercice du pouvoir politique (de la souveraineté).

[Notez que dans cette définition la liberté suppose l'existence d'institutions politiques et juridiques (c'est-à-dire dans l'horizon de l'Etat); ce que contestent fermement anarchistes et libertariens pour qui l'Etat limite voire détruit la liberté.]


Au sens dit moral, le concept de liberté est conçue soit comme libre-arbitre (Descartes), soit comme "pouvoir de faire exister une fin" (Sartre). Dans les deux cas elle est intimement liée à la conscience : soit elle en est une propriété (Descartes) soit elle se confond avec elle (Sartre). Dans les deux cas la conscience est sujet, au sens strict de ce terme : le sub-jectum, terme latin dont sera dérivé le mot "sujet", le sub-strat, le sous-jacent, le pré-supposé de l'être même des choses.

Ces précisions étant données, alors on peut dire que Sartre est par excellence le philosophe de la liberté. Car pour lui l'homme  concret, c'est-à-dire un sujet individuel existant (chacun d'entre nous pris à part, comme conscience singulière au sen d'une situation) se confond avec sa liberté; au point que dans beaucoup de ses analyses Sartre substitue au terme "homme" celui de "liberté", ou bien emploie indifféremment "conscience", "homme", "liberté".

C'est que pour lui la liberté n'est pas seulement le libre-arbitre, c'est-à-dire un pouvoir absolu (et donc indéterminé, arbitraire) d'opter pour l'une ou l'autre des possibilités que nous nous représentons (ex : on me donne le choix entre une pomme et un gâteau au chocolat à la fin d'un repas). Car ce n'est pas seulement le choix d'un des possibles qui est contingent (je choisis la pomme, alors que je préfère le gâteau au chocolat : c'est bien la preuve que rien ne peut forcer la volonté), c'est notre existence tout entière qui est contingente, la contingence devenant la vérité enfin comprise de l'humaine condition.

L'expérience de la contingence du choix volontaire est en effet dérivée, dit Sartre, d'une liberté plus originaire qui est le mouvement même de tension vers une fin, en quoi consiste concrètement l'existence de l'homme (on devrait d'ailleur dire "l'exister" de l'homme, raisonner à partir du verbe et non du substantif). Exister en effet c'est toujours faire exister un certain projet sans toutefois pouvoir se confondre avec ce projet, coïncider avec lui.

C'est être élève par exemple, plutôt qu'être sur le marché du travail ou vagabond, sans que rien ne nous y force (ni les parents, ni la société etc). Car nous ne sommes pas élève ou salarié comme la table est table ou la craie est blanche : non seulement nous pourrions être autre chose, mais surtout nous le sommes en étant conscients de l'être (rappelez-vous le garçon de café) c'est-à-dire en "nous voulant l'être" (je torture un peu la grammaire), en visant une certaine condition. Condition qui s'annule dans l'instant si je change de visée, si je change de projet, si j'oriente mon existence différemment. Bref, nous ne sommes ce que nous sommes que sur fond de liberté, ce qui comporte donc l'obligation d'assumer totalement ce que nous sommes (ex : si j'échoue au bac, ce ne sera pas à cause de sa difficulté ou de mes faiblesses; ce sera ma faute, mon échec, pour n'avoir pas voulu transcender ces difficultés ou mes faiblesses : je me serais voulu faible et insuffisant face à la difficulté, par exemple en préférant renoncer devant certains concepts philosophiques).

Nous sommes donc irrémédiablement libres, "condamnés à la liberté" dit Sartre, et dans le même temps responsable de de soi et du monde (autant dire de tout), aussi écrasante que nous paraisse cette perspective.

S'i il vous est difficile de vous en convaincre par le raisonnement, alors fiez-vous à votre expérience, rendez-vous attentifs à l'immédiateté vécue de l'existence : qui ne ressent l'indétermination radicale (angoissante et étouffante) de son "être", c'est-à-dire l'expression affective de la contingence? Suis-je cet élève timide, ou cette personne solide sur laquelle autrui aime à compter? Ne le suis-je pas déjà plus d'avoir conscience de l'être? Qui peut nier, sans mauvaise foi, son pouvoir de révoquer le système des gestes et des attitudes par quoi il est celui-ci ou celui-là aux yeux des autres? Qui ne ressent ce fond de néant d'où surgira, par ses choix, comme les dés sont jetés, l'être qu'il "est" (c'est seulement en jetant les dés que je fais exister la combinaison qu'ils forment).

L'homme n'est bien, aux dires du témoignage de la conscience (mais est-elle fiable, demandent les uns? Mais peut-il y en avoir d'autre, répondent en écho les autres?), "que ce qu'il se fait".


Pour poursuivre et compléter de manière plus scolaire, ce lien.

En relation à cet aspect de la philosophie de Sartre : le problème de l'identité du sujet (Y a-t-il une réponse à la question "qui suis-je"? / Qui est le "qui" de la question "Qui suis-je"? / Se raconter, est-ce (se) raconter des histoires?).

En discussion de Sartre, le problème de la réalité de la liberté du sujet , ou de sa nature (Sommes-nous libres ou déterminés? Le libre-arbitre est-il une illusion de la conscience?). Ces interrogations relèvent aussi de la réflexion sur les sciences : les sciences de l'homme sont-elles des sciences? L'homme peut-il être objet de science?


Comme question synthétique : La conscience est-elle sujet?






 
Tag(s) : #COURS

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