Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /2009 20:43

DEVOIR SUR LE PROPOS DE NIETZSCHE DANS SON ŒUVRE VERITE ET MENSONGE AU SENS EXTRA-MORAL


1/ Rendez-compte synthétiquement du propos de Nietzsche dans les passages que nous avons expliqués en utilisant le modèle : problème / thèse / argumentation (veillez à ordonner logiquement les arguments).

2/ Expliquez le dernier paragraphe. L'explication sera brève mais conforme à la méthode de l'explication de texte pour les devoirs de type bac.



SYNTHESE



Nietzsche commence par se poser le problème de l’existence de la vérité. Il y répond en affirmant que la vérité est une illusion puisque la connaissance vient de l’intellect, que cet intellect n’est utile qu’à l’homme, et qu’ainsi l’homme crée l’illusion de la vérité en pensant être le seul à posséder cet intellect, ce qui est faux [on pourrait faire des allusions précises au texte, à la fable en particulier ; on pourrait parler du caractère anthropomorphique et anthropocentrique de la représentation humaine ; que cette illusion de la vérité trouve son paroxysme avec la philosophie]


Cela amène l’auteur à se demander si l’homme a [véritablement] un amour de la vérité et si son comportement en témoigne. Nietzsche affirme le contraire en nous démontrant que l’intellect n’est qu’un moyen de survie, un substitut à la faiblesse de l’homme, et non une faculté de connaissance ; que s’il aimait sincèrement la vérité, il ne rêverait pas [il combattrait ce penchant] ; qu’il ne veut savoir ni ce qu’il est ni qui il est, car il oublie son corps tant il regarde sa conscience [tant il est aveuglé par sa conscience, ce qui l’amène à ignorer cet obscur soubassement qu’est le corps].


Nietzsche en arrive donc à se demander quelle est l’origine de la vérité et quel effet cela produit sur les hommes. Il affirme que la vérité est rendue possible et tient son origine du langage, puisqu’elle correspond à l’origine à l’emploi correct des désignations conventionnelles inventées par les hommes : les mots [il vaudrait mieux parler de l’origine de la croyance dans la vérité, pour éviter l’ambiguïté du propos] Il ajoute que le menteur ne transgresse aucune règle morale [absolue], mais seulement les conventions linguistiques et que l’homme ne condamne le mensonge qu’en fonction des conventions et de sa nuisibilité [incorrection : de son caractère nuisible, de la nuisance etc] à la vie ; et qu’il n’aime que les vérités qui concernent la vie [passage faible : le mensonge n’est condamné qu’en fonction des intérêts de la société et seulement dans cette mesure. Ce n’est donc pas le mensonge en soi qui est condamné ; de même la vérité n’est recherchée et appréciée que si elle fortifie les intérêts vitaux ; elle est rejetée, ou ignorée dans le cas contraire].


Nietzsche en vient donc à se demander si le langage peut être l’expression adéquate de toutes les réalités. Il affirme que l’homme croit atteindre la vérité grâce à sa faculté d’oubli, et ajoute que les mots ne correspondent pas exactement au choses [les mots n’exprime pas adéquatement les choses] ; car le créateur des mots procède métaphoriquement et non logiquement [le langage n’a donc aucune valeur ontologique ; il n’est pas « logos »]. Il s’appuie aussi sur la multiplicité des langues pour démontrer la fausseté des mots. En effet, selon lui, si l’adéquation était possible, nous n’aurions qu’une seule langue, universelle et nécessaire, qui serait la langue de la vérité. Il prend aussi l’exemple [le lien est chronologique, il devrait être logique : Afin d’être bien compris, Nietzsche prend l’exemple...] d’un homme sourd de naissance qui provoquerait le rire en affirmant connaître avec certitude le son à partir des données visuelles des expérience acoustiques de Chaldni dans le sable. Dès lors selon Nietzsche l’homme de la rue comme le philosophe bâtissent sur du sable lorsqu’il croit exprimer la réalité dans son discours.


Cela conduit l’auteur à penser complètement le problème du langage et donc à poser le problème [de la validité] des concepts : les concepts correspondent-ils à la réalité [mieux : les concepts renvoient-ils à un objet à l’extérieur de l’esprit ou bien sont-ils seulement des représentations que l’esprit forme ?] Nietzsche affirme que les concepts falsifient la réalité car selon lui ils viennent des mots en tant que termes généraux ; ils n’ont donc de réalité que verbale, puisque ce sont des généralités alors que le réel n’existe que sous la forme de l’individuel. Il affirme aussi [mieux : De même...] que les concepts moraux trahissent la réalité de l’action. Pour lui l’honnêteté d’une homme n’est pas la cause de son attitude honnête car l’honnêteté est une généralisation (un concept) et non une connaissance de l’essence et de l’origine de l’honnêteté. [En effet] ce concept est issu de la généralisation d’une diversité hétérogène d’actions ; et on ne peut associer ce concept à l’identité d’un homme à titre de qualité essentielle. De ce fait on fausse l’identité de l’homme et la réalité [des motifs] de son action. Dès lors l’auteur affirme que les concepts sont des facteurs d’erreur et d’illusion car pour lui il n’existe aucune réalité générale dans la nature ; nous n’avons donc pas connaissance de l’en soi de la réalité, au point que même l’opposition employée par Nietzsche de l’individuel et du général est dite par lui anthropomorphique.



EXPLICATION DU TEXTE 8 : “Qu'est-ce donc que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d'anthropomorphismes, bref, une somme de relations humaines qui ont été poétiquement et rhétoriquement faussées, transposées, ornées, et qui, après un long usage, semblent à un peuple fermes, canoniales et contraignantes : les vérités sont les illusions dont on a oublié qu'elles le sont, des métaphores qui ont été usées et qui ont perdu leur force sensible, des pièces de monnaie qui ont perdu leur empreinte et qui entrent dès lors en considération, non plus comme pièces de monnaie, mais comme métal . » Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral.”




Nietzsche est un auteur qui jette un regard profondément désillusionné sur la vie et ce qui l’entoure. Dans son oeuvre Vérité et mensonge au sens extra-moral il expose sa théorie en ce qui concerne la vérité. Ici nous nous intéresserons à la réponse finale qu’il donne à son questionnement initial : la vérité existe-t-elle ?

Ainsi, pour Nietzsche, que représente la vérité ? Qu’en est-il vraiment à son sujet ?


L’auteur débute son propos par la phrase « Qu’est-ce donc que la vérité ». Il semble alors reprendre le problème général auquel il a tenté de répondre tout au long du texte, mais la conjonction de coordination « donc » signifie qu’ici le philosophe ne cherche plus à démontrer, il affirme. Nietzsche va donc nous dire ce qu’est réellement la vérité, il va synthétiser ses arguments passés. Dans une [longue] période, Nietzsche nous donne sa [la] définition de la vérité [un peu insuffisant : il en dévoile l’exacte nature ; le « donc » de la question qui ouvre le passage exprime en effet l’intention de faire de bilan de l’analyse critique de la volonté de vérité (plus que de la vérité elle-même) qui a précédé. L’auteur va donc exposer synthétiquement l’essence de ce que nous nommons « vérité »].

Il la caractérise comme « une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphismes ». L’expression « multitude mouvante » exprime l’idée d’un grand nombre d’images, de choses abstraites [de représentations figurées, d’images] qui changent avec le temps, ne sont pas stables, sont en devenir : les métaphores, les métonymies évoluent avec le temps et continuent de fausser le réel [toutes ces représentations faussent donc la réalité, d’une part en tant qu’elles sont des images -et des images de substitutives, qui expriment dans un autre registre ce qu’on échoue à exprimer directement, adéquatement- ; d’autre part en tant qu’elles se modifient au cours du temps : elles n’ont ni l’exactitude ni la stabilité qu’on suppose à la vérité].

En effet, une métaphore substitue la signification d’un mot par un autre qui se rapporte au premier en vertu d’une analogie, d’une ressemblance implicite ; une métonymie fait de même avec des concepts [le lien étant cette fois de contiguïté] et l’anthropomorphisme est le fait d’attribuer aux objets ou aux animaux des caractères propres à l’homme. On comprend dès lors que Nietzsche ne va pas nous dire ce qu’est la vérité objective, mais ce qu’est la vérité entendue par les hommes. Par sa question « qu’est-ce donc que la vérité » Nietzsche nous laisse présager qu’on va savoir quelle est la nature réelle de ce que les hommes nomment « la vérité » qu’ils entendent par là le savoir absolu ou la représentation adéquate.

La « vérité » est donc selon Nietzsche la condensation de très nombreuses erreurs humaines : erreurs de perceptions, de langage etc. Le mot « Bref » signifie que l’auteur ne souhaite pas s’étendre sur tout ce qui fausse le réel, la liste en serait sans doute trop longue. La vérité est donc « une somme de relations humaines » c’est-à-dire un ensemble de comportements humains qui ont été par ailleurs les sources de la création de la vérité. Nietzsche reprend ici le thème de l’anthropomorphisme de toutes les représentations humaines : nous prenons pour vérité ce qui est à l’origine une expérience sensorielle singulière exprimée dans les formes de notre représentation. Car ces relations on été « poétiquement et rhétoriquement faussées, transposées, ornées » [ici le rôle du langage et de ces métaphores....].

Cette énumération montre que pour l’auteur la vérité n’a aucune valeur car elle s’est trop éloignée du réel à cause des hommes [passage ambigu, où l’idée est mal cernée : cet éloignement n’est pas un accident malheureux, il n’est pas la conséquence du passage du temps, il est l’expression de l’impossibilité de principe d’exprimer adéquatement les choses dans les formes du discours ou de la pensée discursive ; le temps n’aura fait qu’aggraver les choses]. Les « relations humaines » passées se sont perpétuées, les inventions faites il y a fort longtemps nous apparaissent aujourd’hui comme des vérités, et ainsi nous plongeons dans l’illusion. La vérité a été inventée par les hommes [et tout ce que nous tenons pour vrai, absolu, intemporel, sacré] mais les années [les siècles, les millénaires !] ont passé et actuellement nous croyons qu’elle reflète la réalité, parce que nous en avons oublié l’origine.

Ainsi après un « long usage » les créations passées des hommes nous paraissent-elles « fermes, canoniales et contraignantes » ; tout ceci grâce à notre capacité d’oubli [l’insertion de la citation et la référence au texte sont maladroites ; les termes cités doivent être analysés, au moins éclairés, notamment « canoniale » : elles servent de règle de jugement, elles ont l’autorité de l’éternellement vrai ; de même « contraignantes » qui expriment que l’individu est forcé de tenir pour vraies certaines représentations, tant à cause de la société –qui énonce et inculque le sacré- que par le langage lui-même, qui impose son lexique, sa grammaire et ses catégories, imposant au locuteur une certaine représentation du monde]. Aussi comprend-on que Nietzsche en vienne finalement à résumer sa pensée dans l’idée que « les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont ». Par là il tient aussi à nous rappeler le caractère métaphorique de toute nomination, qui, couplée à l’effacement des origines consécutif à l’oubli des temps immémoriaux des premiers expériences signifiantes de l’être humain, produit l’illusion de la permanence et de l’irréfragabilité des « vérités ». Les métaphores initiales ont en effet « été usées », elles ont « perdu leur force sensible » c’est-à-dire cette frappante nouveauté des images fortes qui était la marque de l’expérience sensorielle qui leur a donné naissance et qui seront fixés dans le mot comme support du souvenir (nous disons "amour" ou "haine" : qui sait les émotions extrêmes qui ont présidé initialement à la naissance de ces mots ?). D’où la comparaison que fait Nietzsche en clôture son raisonnement avec les pièces de monnaie : nos vérités sont « des pièces de monnaie dont l’effigie s’est effacée » c’est-à-dire des pièces de monnaie qui a force de circulation, de passer de mains en mains ont perdu l’empreinte initiale de la frappe du marteau –métaphore de la force des expériences marquantes ; si bien qu’ « elles ne valent plus que comme métal » qu'elles n’ont plus la valeur singulière que leur conférait leur empreinte, mais seulement le peu de valeur de la matière première banale qui les compose. Ainsi vont les "vérités", ces généralités lisses, oublieuses du réel sensible qui leur a été un lieu de naissance et qui ne font plus résonner que l’écho toujours plus assourdis des expériences sensorielles et corporelles dont elles proviennent.


Ainsi se trouve donc dévoilée, pense Nietzsche, la nature réelle de ce que nous nommons la vérité : non pas la connaissance de l’en soi des choses, privilège de l’intellect humain et signe de son élection ; mais cet éclat pâlissant des expériences sensorielles et corporelles à travers lesquelles seulement nous saisissons le réel. Enfermé dans la prison de ses images et de ses mots, l’homme discursif, le penseur, le théoricien, bâtit une cathédrale conceptuelle aussi complexe et fascinante qu’elle est illusoire.

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