Samedi 17 janvier 2009

Certains et certaines ont poussé des cris de martyrs dans l'arène à la perspective de la dissertation de la semaine prochaine. Comme inéluctablement ce mauvais jour viendra, mieux vaut dominer son angoisse et faire usage de son intellect. C'est ce que je vous inviterai à faire dans les remarques et articles qui vont suivre.



D'abord quelques mots sur l'esprit et sur l'art de la dissertation en philosophie. Je les place sous l'égide tutélaire et bienveillant d'une citation d'Alain : "Philosopher c'est savoir que la réponse n'est pas dans le cahier du maître."


Certains en effet souhaiteraient qu'il existe une panacée technique, un ensemble de prothèses intellectuelles pour les soutenir (et au fond se substituer à eux) dans la conduite de la dissertation. Je sais bien que nombre d'ouvrages vous entretiennent dans cette illusion (tous les parascolaires par exemple, que je vous conseille vivement de mettre à la poubelle), mais elle vous desservira toujours en philosophie.


La dissertation philosophique est en effet un exercice exigeant qui veut qu'on ne trouve dans la copie que ce qui a été pensé par soi, réfléchi en soi. Il est donc exclu de se contenter de restituer servilement et de façon impersonnelle, même avec une excellente rédaction et des connaissances étendues, ce qui a été pensé par d'autres!


Attention à un point : n'ayez pas non plus la naïveté de croire que vous allez en quatre heures réinventer la philosophie sans l'aide de personne (du cours et des auteurs). Simplement en philosophie, vous avez le devoir de penser, donc de faire usage de ce que vous savez pour apporter une réponse à la question posée (et même la réponse, au fond, parce qu'en philosophie il n'y a pas d'opinion qui vaille : aussi opposés soient les penseurs, ils ne nous exposent jamais leur opinion). Si vous préférez : on n'apprend pas à nager sans se jeter à l'eau (parole de maître-nageur) de même qu'on n'apprend pas à penser sans le faire : il faut risquer cette arrachement à soi, à la sécurité des convictions et comprendre que réfléchir c'est aller de ce qu'on connaît à ce qu'on ne connaît pas (parole de maître-penseur : Socrate -et Freud, sur un autre plan- diraient : qu'on ne savait pas savoir).



Si vous peinez à comprendre ce que j'entends par penser, essayons d'en faire l'expérience, d'abord par la découverte de sujets de philosophie, c'est-à-dire de questions-qui-donnent-à-penser :




Être "né quelque part" : quelle importance?



L'argent a-t-il des vertus?



Y a-t-il des discriminations positives?



Qu'est-ce qui n'est pas négociable?



Faut-il faire le procès des techniques?



Peut-on survivre à la mort du désir?



Les inégalités sont-elles des injustices?



Y a-t-il une condition animale?



Une vie de travail est-elle une vie réussie?



A chacun selon son mérite?



Est-ce en tant qu'Homme que les hommes ont droit à des droits?



Que nous apprend la culture?




Si vous avez le tournis, ou un sentiment de vertige, c'est bon signe! C'est que vous êtes en train de prendre conscience du puits insondable votre ignorance et, par voie de conséquence, de la fausseté fantomatique de l'existence que vous avez "infondée" sur cette ignorance (vous prenez conscience que vous vivez sans savoir, donc que vous vivez comme on vit, on c'est-à-dire n'importe qui, les milliards d'autres : vous vivez selon l'opinion, dans inauthenticité des pratiques, des mots d'ordre et des valeurs du troupeau).  


Vous êtes alors prêts à philosopher.



Voilà pour l'essentiel. Quelques mots sur l'accessoire, c'est-à-dire la description technique de l'argumentation : allez d'abord voir là


Par Caute!
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