La conscience fait-elle de l’homme un être à part ?
Bien entendu la compréhension du sujet (de ce qui est en question dans la question) dépend de la compréhension de l'expression "un être à part" et de la
compréhension de la conscience et de ses implications.
1° étape : Un être à part : c'est-à-dire qu'on doit distinguer des autres êtres, qu'on doit singulariser, considérer comme formant exception. Non pas parce qu'il serait simplement différent des autres êtres (la poule est différente du canard, mais appartient à la même catégorie que lui : l'animal), mais parce qu'il serait radicalement différent, c'est-à-dire autre.
Quant aux autres êtres, ce ne peut être que les animaux et les végétaux; mais aussi les choses, en tant que les choses sont elles aussi, même si elles ne sont pas vivantes.
2° étape : On ne peut légitimement affirmer le caractère exceptionnel de l'être humain que si l'homme est d'un autre ordre que les autres êtres et que par
conséquent il doit être considéré (intellectuellement et pratiquement : être l'objet d'une considération) d'une autre manière que ces autres êtres
: si on ne peut pas le penser de la même façon et si on ne doit pas le traiter de la même façon. La justification éventuelle de ce traitement de faveur
est que l'homme possède la conscience, et qu'il est seul à posséder cette faculté. Qu'a donc de particulier la conscience? Et quelles sont ses conséquences sur la condition humaine?
3° étape : La conscience : c'est faculté qu’à l’homme de penser et de se penser à laquelle sont consubstantiellement liés le sentiment du libre-arbitre
de notre volonté et l'idée de la responsabilité juridique et morale de notre existence. La conscience fait de l'homme une personne au
sens psychologique (un être singulier capable de dire "je") et juridico-moral (l'homme a le statut d'un être qui a une dignité, est objet
de respect et a droit à des droits du seul fait qu'il est un être
conscient).
Notons qu'à l'inverse les animaux, parce qu'ils sont dénués de conscience de soi et de raison -disent les classiques, ont le statut d'une chose et c'est pourquoi nous en faisons commerce, les utilisons, les consommons.
Et que les choses, qu'elles soient produits de l'action de la nature (un paysage de montagne) ou du travail humain (un artefact, sytlo ou oeuvre d'art) obéissent
toutes à des lois de production : les choses, les phénomènes matériels sont déterminés de même d'ailleurs que les animaux si il est vrai
que leur comportement peut se ramener à l'instinct.
Ce qui est à examiner :
Nous avons donc à réfléchir à la vérité ou à la fausseté de la thèse de l'altérité de l'être humain, à la réalité ou non d'un caractère exceptionnel de l'homme qui
tirerait sa justification de la possession de la conscience :
La conscience fonde-t-elle l'altérité de l'homme vis-à-vis des autres êtres? Comment d'ailleurs le contester a) au vue des évidences liées à l'expérience de la
conscience; b) sans attenter à la dignité de l'homme et mettre ainsi en péril son statut moral?
Est-il vrai toutefois que l'homme est dans son essence un être conscient, qu'il trouve avec la conscience le terme de sa définition et l'explication de sa
condition?
Est-il vrai enfin que seuls parmi les êtres l'homme puisse s'affranchir de la loi commune du déterminisme?
Un plan :
I/ Quelles raisons avons-nous de penser que la conscience fonde l’altérité radicale de l’homme ?
A/ L’homme est par sa conscience irréductible à l’animal (on peut penser à Descartes...)
B/ La conscience fait de l’homme une personne : un sujet de droit et un objet de respect (passage quasi obligé par Kant)
C/ Le mode d’existence de l’homme est autre que celui de la chose (Sartre nous est alors bien utile)
<examen critique de la thèse développée en I, en deux étapes et sur deux plans>
II/ Cependant, la conscience est-elle ce qui nous définit ?
A/ L’existence de l’inconscient ruine toute prétention humaine à un statut d’exception (Freud)
B/ Nous n’avons conscience que de ce qui affecte le corps (Nietzsche et Spinoza)
III/ Enfin, sommes-nous dotés d'un libre-arbitre ainsi que nous le sentons ou bien obéissons-nous comme toute autre chose au déterminisme?
A/ Nous tendons à ce que nous désirons et non à ce que nous choisissons de désirer; le libre-arbitre est donc une illusion de la conscience (Spinoza)
B/ Les hommes ont conscience de ce qu'ils font mais ils n'en ont pas la connaissance : le déterminisme des conditions socio-historiques (Marx).
D'où nous conclurions volontiers que la conscience donne à l’homme le sentiment d’être un être à part, ce qui l'amène logiquement à s'attribuer un statut d'exception, mais ce sentiment et ce statut sont illusoires, l'homme étant, suivant les termes de Spinoza "partie de la nature".
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Il n'est pas nécessaire d'ailleurs de tout citer, tout exploiter. Une utilisation complète de la référence à Descartes pourrait amplement suffire dans une dissertation de terminale.