Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 10:31
La lettre du 23 novembre 1646 au Marquis de Newcastle est un texte rêvé pour des lycéens : la pensée est d'une grande rigueur, le style brillant et les thèmes abordés aussi essentiels qu'étendus. C'est pourquoi je vous conseille vivement d'en faire votre bréviaire durant quelques semaines, de manière à connaitre "sur le bout de doigts" ce texte si précieux. Malheur -et tant pis!- pour ceux qui ignoreront ce conseil à l'approche du "bac blanc".

Je vous ai noté en détail la position d'ensemble de Descartes dans la fiche de synthèse. Rappelons l'essentiel:


  • Personne n'est en droit d'affirmer qu'il existe une pensée animale.

  • L'absence d'actes de parole, et plus généralement de langage, instrument nécessaire à la communicationn des idées d'un homme à un autre, est la preuve de l'absence de pensée : le silence des bêtes s'explique de ce qu'elles n'ont rien à se dire, et s'elles n'ont rien à se dire c'est qu'elles ne pensent rien.

  • Les animaux agissent mécaniquement, par instinct; leur comportement est entièrement déterminé. C'est la théorie des "animaux-machine", non pas que Descartes confonde un cheval et une horloge, mais parce qu'ontologiquement parlant c'est pour lui la même chose : des portions de matière sans esprit animées par les lois mécaniques du mouvement et pièces d'une méga-machine, le tout matériel de la nature.

  • Enfin il est aussi moralement risqué qu'il est grostesque de soutenir la thèse de la pensée animale, quand bien même cette pensée serait moins parfaite que la nôtre. Qui se risquera en effet au ridicule d'affirmer qu'une huître réfléchit? Et n'est-ce pas sacrilège ou blasphématoire d'en faire une créature à notre égal en leur accordant  "une âme immortelle".

  • Je vous rappelle que le développement complet de cet argument se trouve chez Kant, lorsqu'il montre que la possession de la conscience (de l'entendement, de la raison, ici les termes sont pris sans distinction) détermine le statut et la valeur de l'être humain : c'est une personne, un être ayant une dignité, ce qui fonde l'obligation du respect dans tous les aspects de la relation entre personnes. A l'inverse les animaux ont un statut de chose, comme tels nous avons le droit d'en disposer sans limite selon nos besoins et nos intérêts; leur valeur se résume à leur prix, puisque comme chose un commerce en est possible. A l'inverse à nouveau chaque personne a une valeur absolue du fait de sa singularité et de son unicité, ce qui fonde l'interdiction absolue, et autant dire sacrée, de la traiter à l'instar des choses : d'en faire commerce, en disposer suivant des intérêts, de lui infliger des traitements attentatoires à sa dignité. Chacun reconnaîtra dans ces concepts les fondements du droit et de la morale modernes

*

Le propos de Descartes ouvre à bien des questions. Je vous propose ici d'examiner de manière critique deux points (le reste -la réalité du libre-arbitre, le rapport de l'esprit et du corps) se fera en cours:


- la théorie des animaux-machine.

- la conception cartésienne du langage.


 
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