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La formule est fameuse, on la cite souvent comme une évidence en la rapportant au physicien Albert Einstein. Elle est alors censée confirmer scientifiquement une opinion courante : la vérité n'existe pas, car tout varie suivant les personnes, les circonstances, les époques, les cultures etc.

En réalité, s’il est question d’Einstein, la formule n’a pas du tout ce sens : la théorie de la relativité signifie que le temps et l’espace ne sont pas des repères absolus, ils sont toujours relatifs à l’observateur vis-à-vis de l’événement qu’il observe.

Prenons cependant cette expression dans son sens populaire.

Relativiser quelque chose c'est considérer que cela n’est pas si important qu’on le croit spontanément. Si on prend l’expression exactement cette fois, c’est considérer que cela n'a pas de valeur absolue ; on peut donc toujours en discuter, le nuancer ou le contester « j’ai raté mon devoir de philosophie » -« relativise, la vie ne va pas s’arrêter ».

Dès lors affirmer que « tout est relatif » revient donc à dire que rien n'existe dans l'absolu, ni vérité ni valeur, que tout est donc discutable, contestable etc. Ce qui revient au fond à dire que la vérité n’existe pas et que le savoir humain ne peut pas dépasser le niveau de l'opinion.

Cependant lorsque nous donnons notre opinion sur un sujet quelconque, nous nous efforçons toujours de dire ce qui nous semble vrai, et si notre interlocuteur a un avis contraire, nous pensons qu’il a tort. Il semble donc bien difficile de se passer de l'idée que la vérité existe.

D'un autre côté il faut bien constater que les hommes n’ont jamais été capables de mettre un point final à leur quête de la vérité. Le doute au sujet de l’existence d’une vérité absolue est donc parfaitement légitime.

Nous rencontrons donc une contradiction entre la nécessité de postuler l’existence de la vérité (nous parlons et pensons pour dire le vrai) et l’inexistence de fait de la vérité. Est-ce que finalement la vérité existe ou bien est-ce qu’elle n’existe pas ? Et comment s’en assurer définitivement ?

*

I/ Quelles raisons avons-nous de penser que tout est relatif? Ou Protagoras a-t-il raison ?

Le progrès de la connaissance, l’ouverture des individus sur le reste du monde, les mœurs de la vie démocratique instaurent inéluctablement un climat de scepticisme. Le scepticisme est ici l’attitude de celui qui affirme qu’il n’existe pas de vérité, que tout est relatif, un peu à la façon de Michel de Montaigne dans Les essais. Nous savons tous aujourd’hui qu’au fil des époques les sociétés humaines ont tenu pour vraies ou bonnes des choses qui se sont avérées fausses ou qui ont été rejetées par la suite : que l’univers est fini, que les femmes sont inférieures aux hommes, que l’esclavage est une forme normale de la domination etc.

Nous avons aussi appris de la connaissance ethnographique l’extrême diversité des mœurs et des croyances des différentes cultures dans lesquelles l’humanité trouve à se réaliser. Le développement du scepticisme relativiste reprend d’ailleurs une nouvelle vigueur en Europe avec la découverte des Amériques comme on peut le lire dans Les Essais (l’ouvrage est publié en 1565).

Enfin le triomphe politique de la démocratie moderne, fondé sur la légitimité des aspirations individuelles, achève de former la conviction relativiste : nous constatons, et il n’y a rien là de nouveau, que les goûts, les valeurs, les croyances diffèrent suivant les individus ; ce qui est nouveau, c’est que nous trouvons cela parfaitement fondé de nos jours, précisément parce que nous n’avons plus gère de foi dans l’absolu. Le mouvement, à des degrés divers, de laïcisation des sociétés occidentales, donc de recul de la religion et de ses dogmes, accompagne le triomphe du relativisme.

Mais ce relativisme n’est pas seulement le résultat de l’évolution des mentalités. C’est aussi une position de type philosophique qu’on peut rapporter à un penseur de l’antiquité, Protagoras.

Protagoras vit en Grèce au V° siècle avant Jésus ; c’est un contemporain de Socrate.

Protagoras est un sophiste; son métier consiste à former les enfants de l’aristocratie afin qu’ils soient prêts un jour à exercer le pouvoir. Athènes, où exerce Protagoras, est une démocratie, l’art de la parole y est prépondérant. C’est pourquoi une large part de l’enseignement de Protagoras consiste dans l’enseignement de la rhétorique ou art de persuader.

Persuader c’est obtenir l’accord de l’interlocuteur par des moyens rhétorique, en parlant bien, en particulier en jouant sur ses sentiments ou son imagination.

Convaincre c’est obtenir l’accord de l’interlocuteur en employant uniquement des raisonnements, en s’adressant à sa raison.

La rhétorique est donc l’art de faire triompher un point de vue indépendamment de la vérité ou de la fausseté de ce qu’on dit. C'est par excellence l'art de l'avocat. Mais Protagoras n’est pas un homme malhonnête; il justifie la pratique de la rhétorique par une doctrine très cohérente. 

La thèse de Protagoras : L’homme est la mesure de toute chose; de ce qu'elles sont pour ce qu'elles sont et de ce qu'elles ne sont pas pour ce qu'elles ne sont pas. Telles les choses t’apparaissent, telles elles sont; telles elles ne t’apparaissent pas, telles elles ne sont pas.”

«L’homme» c’est pour Protagoras l’individu dans un certain état (bien ou mal réveillé par ex.) et dans une certaine situation (en classe ou au cinéma etc.). La phrase dit donc que la réalité (“les choses”) se confond avec l’impression la sensation que l’individu en a (“t’apparaissent”).
Ainsi pour Protagoras :

L’être se confond avec l’apparaître, l’apparaître étant ce qui exprime l’état de individu dans une certaine situation : il y a des jours où telle musique me ravit, des jours où elle m’ennuie ; je dirais alors soit “quelle bonne musique” ou « quel bruit !”. Bref, suivant Protagoras les choses n’ont pas de réalité objective (de réalité en soi), puisqu’elles varient avec la variation de l’été du sujet. La distinction de l’apparence et de la réalité n’a pas de raison d’être pour lui.

Le savoir se confond avec l'opinion : Evidemment, puisque l’individu ne peut parler que de son expérience de la réalité et non de la réalité telle qu’elle est en soi (“telles les choses t’apparaissent, telles elles sont”). Savoir est donc chose impossible, seule l’opinion, au sens philosophique de la doxa, peut être atteinte par l’homme. Le relativisme de Protagoras est une forme de scepticisme, un scepticisme métaphysique.

Le Vrai, correspond à ce qui est admis par le plus grand nombre à un moment donné : On comprend alors la défense de la rhétorique par Protagoras : comme il n’y a pas de réalité absolue, il n’y a pas non plus de vérité absolue ou de savoir. Le vrai réside seulement dans ce que la majorité des hommes croient à un moment donné. L’opinion qui l’emporte par la persuasion est donc la seule vraie 

La thèse de Protagoras est séduisante, en particulier pour un esprit moderne. Mais le relativisme est-il autre chose qu’une pure position théorique ? Pouvons-nous être sérieusement relativistes autrement qu’en parole ? Car qui peut admettre que toutes les opinions se valent ? 

 

II/ Peut-on admettre que toutes les opinions se valent ?

Être relativiste c’est admettre que toutes les opinions se valent qu’il s’agisse de vérité ou de morale. Mais a-t-il un véritable relativiste dans la salle ? Un tel homme est-il seulement concevable ? 

A / Les insoutenables absurdités du relativisme

Imaginons que quelqu’un soit fermement convaincu qu’il a découvert le plus grand des nombres possibles. Suivant le relativisme son opinion a autant de valeur que celle du mathématicien, et cela pourrait être la vérité s’il parvenait à convaincre la majorité des hommes. Ce qui est absurde et faux puisque l’idée du plus grand des nombres est absurde ; elle est objectivement fausse, et non subjectivement. Imaginons cette fois que notre homme soit fermement convaincu que l’eau entre en ébullition à 50°c. Faut-il que le fait (l’eau bout à 100°) s’efface devant la croyance ? Ce serait absurde, puisqu’on peut prouver que cet homme a tort. Mais peut-être trouve-t-on avec des exemples scientifiques une réfutation trop facile et trop limitée du relativisme ?

Examinons alors le problème en fonction des « choses humaines » dont l’examen ne relève pas des sciences.

En posant le relativisme en principe, on pourrait dire alors que le viol n'est pas un crime, juste le droit au divertissement du sadique ;  ou bien que les nazis n'avaient pas tort, leur seul tort ayant été de perdre la guerre ; ou encore que Le boulet est un chef d’œuvre cinématographique à l'égal deCitizen Kane d'Orson Welles etc. 

Moralement, politiquement ou esthétiquement le relativisme nous conduit à des conséquences inacceptables en fait et en droit. Mais comment démontre-t-on la fausseté du relativisme y compris dans les choses humaines ? Tout simplement en montrant au relativiste qu’il n’est pas relativiste, et qu’il ne peut pas l’être.

En fait parce qu’il réprouve le type de jugement ou de conduite que nous avons cités.

En droit parce que le relativiste n’est pas en même temps un nihiliste c’est-à-dire qu’il n’accepte pas la conséquence logique et inévitable d’un relativisme conséquent et cohérent, le nihilisme en tout domaine. Le terme de nihilisme est pris ici dans son sens courant, et non comme doctrine philosophique. Au sens courant est nihiliste celui qui pense que tout se vaut et qui ne croit en rien (au sens : il n’accorde de valeur à rien). Comme doctrine philosophique le nihilisme est une position qui affirme l’inexistence de l’absolu, la « mort de Dieu » si on préfère. 

Ainsi si un relativiste était cohérent, il ne devrait pas être choqué des atrocités commises par les nazis, puisqu’elles ne résultent que d’un système de valeurs différent du sien. Il devrait trouver normal qu’on puisse supplicier les albinos dans certaines sociétés africaines pour des motifs magiques et des croyances extravagantes ; il devrait s’étonner qu’on s’oppose aux talibans ; bailler d’ennui en apprenant qu’en Chine populaire on fait payer à la famille le prix de la balle qui a servi à l’exécution d’un membre de la famille etc. L’indifférence morale devrait être pour lui une règle. Ce qui n’est pas le cas, puisque le relativisme est en même temps une manière de prôner un système de valeur auquel le relativiste tient : être relativiste c’est nécessairement afficher sa tolérance à l’égard d’autrui, et il serait contradictoire que cette tolérance soit également relative.

Sur un autre plan, celui qui apprécie particulièrement un genre musical (le rock par exemple) n’ignore pas la diversité des goûts ; il sait que ce qui lui plaît peut déplaire à un autre (qui n’écoute que du funk). Mais il refusera l’idée d’une équivalence de toutes les œuvres à l’intérieur du genre qu’il apprécie.

Terminons en disant que la conscience des modernes est prête à concevoir abstraitement que d’autres cultures ont d’autres systèmes de valeur ; mais aucune femme n’accepte d’idée de l’infériorité et de la discrimination des femmes dans certaines cultures etc. 

Tout ceci montre bien que personne n’est sérieusement relativiste (c’est-à-dire prêt à en assumer toutes les conséquences) : le relativisme est une position fausse, une simple posture intellectuelle qui n’a aucun commencement d’application dans la réalité.

 

B/ Parole et vérité

Si le relativisme est en soi contradictoire, on doit donc admettre qu'il y a un lien entre parole et vérité et que celui qui parle ou qui pense accepte implicitement des critères de validité de ce qu’il dit ou pense. Ces critères sont psychologiques, logiques et ontologiques. Ils sont admis implicitement par tous les hommes, en tant qu’ils sont des êtres parlant et pensant.

Psychologiquement: on parle pour dire la vérité sinon on se tait ou on dit autre chose (ce qui nous semble vrai). D’autre part lorsqu’on parle c’est pour dire quelque chose : on vise un contenu dont on estime qu’il existe objectivement en dehors de soi. Parler c’est donc aussi accepter des règles logique et ontologique.

Logiquement: penser et parler pour dire quelque chose met en jeux deux principes : le principe de non-contradiction qui énonce qu’une chose ne peut pas être dite elle-même et son contraire dans le même temps et sous le même rapport. Le principe du tiers-exclu qui énonce que pour deux propositions contraires, si l’une et vraie l’autre est nécessairement fausse et il n’y a pas de tierce solution. Ce sont là les critères formels de la vérité.

Ontologiquement : un discours est vrai s’il énonce la réalité telle qu’elle est indépendamment de soi. Celui qui parle accepte donc par avance la sanction du réel, par le biais de la logique pure ou de l’expérience.

Le relativisme est donc une simple posture intellectuelle sans consistance, et nous devons reconnaître que nous parlons en postulant l’existence de la vérité. Mais cela n'est encore la preuve que la vérité existe.

 

C. Platon, la théorie des Idées

Pour qu’une vérité absolue soit possible il faut qu’existe une réalité en soi des choses indépendante de la perception. Qu’est-ce qui peut nous amener à penser qu’une telle forme de réalité existe ?

Soit l’exemple d’un cube : du point de vue de la perception visuelle, un cube a une, deux ou trois face, suivant l’angle selon lequel on le voit. En réalité, c’est-à-dire en lui-même le cube a six faces. D'autre part il est impossible d'avoir dans une même perception les six faces du cube. On doit donc en conclure quel'être du cube ne se réduit pas à son apparaître. Il y a donc uneréalité en soi du cube sans quoi sa perception ne serait pas possible.

Soit maintenant une discussion sur le bonheur:les opinions sur la vie heureuse diffèrent: elles sont diverses, voire contradictoires; chacun envisage le bonheur selon son point de vue. Néanmoins, toutes ces opinions, aussi diverses soit-elles, parlent bien d'une seule et même chose, sans quoi ceux qui en discutent ne se comprendraient pas. Il y a donc une réalité en soi du bonheur au-delà des différentes opinions sur le bonheur, sans quoi il serait impossible d'en parler. Un savoir sur le bonheur et la vie heureuse est donc possible. 

Ce qui condamne le relativisme de l’opinion pour Platon est simple : les opinions sont changeantes et contradictoires. A l’inverse les théorèmes de mathématique sont immuables et parfaitement cohérents. Si les opinions sont telles, c’est parce qu’elles reflètent la subjectivité de ceux qui les formes : leur sentiments des choses, leurs intérêts etc. Si les théorèmes sont tels, c’est parce qu’ils sont le produit de la raison, qui considère les choses en elles-mêmes. Il faut donc traiter des choses humaines avec la raison et congédier sentiments et passions. Mais comment est-ce possible ?

Dans l’expérience perceptive Platon identifie quelque chose de comparable à la stabilité du théorème mathématique : les choses perçues ont une certaine stabilité, une certaine unité qui ne vient pas du sujet percevant dont l’état ou la situation varient sans cesse : on peut bien regarder un lit du dessus, du dessous, de côté : il paraîtra de manière différente, tout en étant toujours le même lit : il y a donc dans chaque réalité quelque chose qui constitue sa « mêmeté », son identité, et cela Platon le nomme eidos (qu’on traduit par Idée). Le rôle du philosophe est alors de penser l’essence de chaque chose, ce qu’il y a de stable et de substantielle dans la chose, c’est en ça que consiste le savoir. Le savoir, au-delà de l’opinion est une connaissance de l’essence de chaque réalité qui s’atteint par la réflexion, par le travail de la raison : si on veut savoir s’il est juste ou non que des sportifs gagnent tant d’argent de nos jours, il faut penser l’essence du juste et de l’injuste, non se fier à son sentiment etc.

Mais si la vérité existe et est pensable, comment expliquer qu’en aucun domaine (politique, moral, esthétique) nous ne possédions de doctrine définitive faisant l’accord de tous les esprits qui pensent ? Le relativisme de l’opinion est certes réfuté ; mais l’idée d’une vérité absolue laisse sceptique puisqu’elle ne trouve aucune confirmation historique. Comment expliquer l’inexistence de la vérité si la vérité est possible ?

Rappelons que la vérité est une propriété non des choses mais du discours et que le discours se forme dans une langue. Pour que la vérité soit possible il faut donc que les mots puissent dire les choses telles qu’elles sont. Mais le langage a-t-il le pouvoir de dire les choses telles qu’elles sont ?

 

III/ Le langage peut-il dire les choses mêmes ?

Un énoncé est vrai s’il dit ce qui est, s’il fait coïncider l’ordre du langage et l’ordre de la réalité. Mais cette coïncidence est-elle possible ?

En apparence rien n’est plus simple : s’il y a dix personnes dans une salle et que l’un d’eux dit : « nous sommes dix dans cette salle » il énonce bien ce qui est. Toutefois avons-nous dit la chose telle qu’elle est ou bien nous sommes-nous contentés de décrire l’état de la situation conformément à un code linguiste et pragmatique ?

Prenons un autre exemple. « Il fait beau aujourd’hui, le ciel est bleu » : il se peut que cela corresponde effectivement à l’expérience si le soleil est haut dans un ciel sans vent ni nuage.  

Mais il y a deux problèmes :

1. L’expérience n’est pas l’expérience de la réalité, mais l’expérience humaine de la réalité.

2.  Le langage employé n’est jamais exact ou adéquat : a) il est métaphorique (« faire beau », cela n’a, du point de vue des choses, aucun sens ; c’est une expression anthropomorphique) ; b) il est approximatif : il existe une diversité de bleu (magenta, turquoise, ciel, marine etc.), et même une infinité (toutes les découpes imaginables de la zone du spectre lumineux qui correspondent à la longueur d’onde du bleu). Dans tous les cas, « bleu » n’est pas une propriété objective du ciel, mais une représentation visuelle liée à la perception humaine. Et la forme humaine de la perception visuelle dépend de la structure de ses organes (œil, rétine, bâtonnets etc.) et de son cerveau qui met en forme les données sensorielles. Un chien ne perçoit pas « le beau ciel bleu » dont nous parlons.

On retrouve à travers ces remarques les arguments majeurs de la réfutation de l’idée de vérité par Nietzsche (voir son œuvre : vérité et mensonge au sens extra-moral)

 

1. L’idée de la vérité et la valeur que nous lui accordons sont des illusions ayant leur source dans le langage.

2. La valeur morale accordée à la vérité et la condamnation des formes mensongères sont des nécessités de la vie sociale. La croyance dans l’existence et la valeur de la vérité débutent avec l’existence des sociétés. Parler en respectant les conventions langagières est utile à la survie de la société, il devient donc criminel de mentir, c’est-à-dire non pas de commettre un péché, mais de transgresser le code établi.

3. Un discours, quel qu’il soit, scientifique ou philosophique, n’est jamais véridique : a) car les mots ne sont pas adéquats aux choses ; b) car l’homme n’a pas l’expérience des choses, mais l’expérience humaine, corporelle, des choses : lorsque l’homme parle il désigne métaphoriquement la manière dont le donné de l’expérience est interprété par le fonctionnement du corps (organes de la perception, appareil neurologique). Il n’y a pas de vérité, il n’y a donc que des interprétations : la science elle-même est une interprétation puisqu’elle ne fait qu’exprimer dans la réalité un langage qui en permet la maîtrise technique (une loi scientifique n’est rien d’autre qu’une formule commode pour maîtriser des phénomènes sélectionnés : U = R  x I : cela ne nous dit rien de l’essence du phénomène électrique, mais cela permet de construire efficacement des circuits électriques).

4. L’idée de réalité en soi des choses ou d’essence des choses est une illusion venant de l’habitude d’utiliser les mêmes mots pour désigner des choses toujours différentes. On prend l’habitude de classer des réalités semblables sous les mêmes catégories : on dit « feuille», alors qu’en réalité il n’existe pas deux feuilles identiques sur un même arbre. La feuille, la feuille en soi n’existe pas, il n’y a que des feuilles singulières. Mais le besoin d’identifier efficacement les réalités impose de les classer, de les faire entrer dans des catégories générales qui sont des outils utiles à l’homme mais ne correspondent à rien dans la réalité.

Il faut donc renoncer définitivement à l’idée d’une vérité absolue. Si on ne la trouve pas, c’est parce qu’elle n’existe pas !

*

Nous savons donc maintenant : d’une part que tout n’est pas relatif, si on entend par là que tout se vaut ou s’équivaut ; d’autre part qu’il n’existe pas non plus de vérité absolue au sens où classiquement la philosophie en forme le projet. Il n’existe que des interprétations, et la tâche du philosophes devient alors de hiérarchiser la valeur de ces interprétations : si l’opinion est condamnable, ce n’est pas à cause de sa fausseté, puisqu’on ne peut pas lui opposer de vérité, c’est à cause soit de ses conséquences, soit de sa bêtise. On comprend alors que Nietzsche puisse dire que « la tâche de la philosophie, c’est de nuire à la bêtise. »

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