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Les sciences disent-elles la vérité

 

La vérité est dans un premier sens la propriété des énoncés qui s’accordent avec la réalité ; c’est dans un second sens sa représentation exacte. Les sciences disent donc la vérité si elles parviennent à représenter adéquatement la réalité, à dire ce qui est tel qu’il est. Est-ce le cas ? Quelle est la nature de ce que nous nommons la réalité ? Cette réalité est-elle réductible aux objets que les sciences étudient ?

Les sciences s’efforcent de représenter exactement l’objet qu’elles étudient en veillant à vérifier méthodiquement chacun de leurs énoncés. A ce titre elles se distinguent aussi bien des spéculations religieuses ou mythiques que des préjugés de l’opinion : on peut toujours affirmer que la terre a été créée en sept jours ou que l’homme est fils de la Lune et du Jaguar, cela n’a aucun commencement de vérité objective ; en revanche on est en droit d’avancer au vu des faits scientifiques que l’univers a connu un premier instant ou qu’il n’y a nulle finalité à l’œuvre dans l’évolution.

C’est donc bien la vérité que visent les sciences et l’esprit scientifique peut être montré comme un modèle de rigueur et de probité. Nulle démarche ne semble donc plus appropriée que la science à la recherche de la vérité.

Toutefois la réalité coïncide-t-elle avec les objets que les sciences étudient ?

Les conditions méthodologiques des sciences exigent que le phénomène concret soit réduit à un modèle abstrait, idéalement mathématisable. La science n’étudie pas la chute d’une pierre qui se décroche d’une paroi mais la chute des corps ; elle n’étudie pas l’échauffement d’un circuit électrique mais le phénomène de la résistance en général tel qu’il est inscrit dans l’exactitude mathématique de la loi d’Ohm.

Mais ce modèle, qui s’applique à un phénomène idéal abstrait n’est qu’une approximation de l’objet concret. L’exactitude des sciences n’est donc qu’apparente, puisqu’elle s’applique au modèle construit par le scientifique et non à la diversité des objets concrets avec toutes leurs particularités : sur un arbre comme un tilleul, il y a des dizaines de milliers de feuilles dont aucune n’est absolument identique à une autre. Les météorologues prévoient le temps qu’il fera ou l’évolution du climat selon des modèles très puissants intégrant de multiples paramètres. Mais leur prévision ne fait qu’approcher, avec une efficacité décroissante selon l’éloignement de la prévision, de la réalité fluente et complexe de l’événement météorologique : inutile d’attendre d’eux une prévision fiable du temps qu’il fera cet été ! Les objets concrets dont la science vise la connaissance au travers de ses représentations abstraites ne sont donc pas réductibles aux conditions de l’exactitude : l’objet scientifique ne coïncide pas avec l’objet réel ! C’est un objet idéal et exact, tel que peut le concevoir et le construire la raison humaine, tandis que les objets réels sont des objets concrets hétérogènes et biscornus, irréductible à la géométrie et au calcul. 

On est donc en droit de dire que si la vérité est la connaissance de ce qui est, et non la simple correspondance formelle entre des énoncés et un objet abstrait reconstruit intellectuellement, elle ne peut pas être l’objet des sciences : les conditions méthodologiques de la science lui permettent de définir les conditions de la maîtrise technique des phénomènes, pas la connaissance de ce qu’ils sont. C’est plutôt alors à un regard qui s’attache aux particularités et aux nuances des phénomènes concrets que nous pouvons confier la tâche de nous révéler la vérité. C’est la mission que se sont assignés certains courants de la philosophie et de l’art moderne.

Tag(s) : #DISSERTATION

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