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III/ Le bonheur : idéal ou réalité?

 

Un idéal est un modèle parfait mais qui aurait un caractère utopique; qui serait concevable mais non réalisable.

 

L'interrogation à laquelle nous nous limitons ici est : l'Homme est-il fait pour être heureux. Notre référence sera le texte de Freud, Malaise dans la culture dont je vous conseille vivement la lecture des chapitres II à V.

 


Fondement de l'optimisme d'Epicure ("le bien est facile à réaliser")

 
 

L'optimisme épicurien quant au bonheur est fondé sur la conviction que l'homme peut être entièrement maître de lui-même et conduire intentionnellement sa nature jusqu'à son état de perfection : maître de ses désirs et de ses besoins, maître de ses affects et de ses représentations, décidant de soi et de sa vie, il est seul l'artisan de son bonheur ou de son malheur. Epicure est donc convaincu qu'on peut donc toujours traiter ce qui fait obstacle au bonheur comme une circonstance externe, étrangère à notre nature et à ses fins véritables; comme des obstacles identifiables, maîtrisables et dépassables. Autant dire , et c'est la formule de l'optimisme éthique de toute l'antiquité, que le bonheur est en notre pouvoir car il est au pouvoir de ce qui est toujours en notre pouvoir, notre pensée.

 


 

C'est ce qu'incarne le sage, qui atteint le bonheur dans et par un souverain détachement à l'égard de tout : en lui coïncide le bonheur et la liberté car on est heureux dès lors qu'on s'est libéré de ce qui nous empêche de jouir souverainement du présent de l'existence présente, de ce présent qu'est l'existence.

 


Mais une telle souveraineté sur soi est-elle possible? Sommes-nous maîtres de notre pensée?

 
 

Freud, Malaise dans la culture, II et III : problème examiné dans l'oeuvre : pourquoi, en dépit de tous nos efforts et de l'amélioration constantes de nos conditions de vie (rôle de la technique et des institutions sociales) ne sommes-nous pas heureux? Freud explique que l'homme est de par sa constitution psychique inapte au bonheur.

 


 

«Là où était le ça, je dois advenir» : Le régime pulsionnel (ça) propre à la vie enfantine doit être surmonté par l'instauration du Surmoi. Le produit de l'instauration du surmoi c'est la conscience de soi, intrinsèquement inquiète et sujette à l'angoisse, condition de notre adaptation à la réalité.

 


 

La pulsion est la source interne de l'excitation psycjique. Elle n'est pas causée par des circonstances externes, dont elle est indépendante et auxquelles elle est indifférente. Comme telle, elle est aussi durable que le psychisme lui-même.

 
 

Le Surmoi : c'est ce que les classique nomme conscience morale et que Freud analyse et démystifie comme mécanisme de contrôle inconscient ayant son origine dans l'angoisse primaire devant le retrait d'amour; le surmoi se perpétue chez l'adulte sous la forme d'une intériorisation d'une série d'interdits plus ou moins conscients (la Loi). Le surmoi suppose le refoulement pulsionnel et il est générateur d'angoisse. Seul est donc possible un certain degré de satisfaction, fruit d'un compromis entre les pulsions du ça, du moi et du surmoi, et non un état de bonheur.

 

Dans ce compromis les processus de sublimation jouent un rôle capital.

 

La sublimation : processus de détournement de la force pulsionnelle vers des buts socialement valorisés (le travail, la recherche, l'art), facilitant l'adaptation à la réalité et l'accès à la satisfaction.

 

Conséquences : l'expérience du manque, de l'insatisfaction ne sont pas des accidents dans notre vie, elles sont liées à la structure même du psychisme humain. On n'en finira donc jamais avec l'insatisfaction, et c'est un voeu et un attitude infantile que de penser qu'un jour enfin ou grâce à une chose (l'amour de l'autre, la richesse, la réalisation de son ambition) on sera enfin heureux. Être adulte c'est précisément avoir renoncé à l'illusion de la plénitude de la présence, à l'illusion de cet état de complétude dont nous rêvons (c'est la thématique de la castration : le "manque à être" (Lacan) impose sa loi à l'existence de l'être humain).

 
  Donc nous ne pouvons pas traiter la cause de nos souffrances comme d'un objet externe. La source principale de la souffrance morale (l'insatisfaction) a une source interne. Le bonheur tel que l'envisage Epicure est, eu égard aux réalités de la condition humaine, irréalisable. Il peut néanmoins subsister comme un genre d'idéal permettant de réduire partiellement les causes de l'insatisfaction.
 
 


 

Conclusion générale du cours : nous savons maintenant que le bonheur ne peut pas être la fin suprême de l'éthique et donc le but de l'existence; d'une part parce qu'il n'est pas humainement réalisable, d'autre part parce qu'il n'est pas ce qui est le plus digne de l'homme. On dira donc que l'accomplissement du devoir moral doit être placé au-dessus du désir d'être heureux; et que le bonheur ne peut être que de l'ordre d'un idéal régulateur dans la conduite de la vie.

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