Cours sur la religion : Y a-t-il des raisons de croire?


Y A-T-IL DES RAISONS DE CROIRE?

 

 

Nous prenons ici le verbe croire dans un de ses emplois : croire en Dieu. La question portera  seulement sur la religion, plus précisément sur la légitimité de la croyance religieuse.

 

Informez-vous au préalable du sens de chaque notion : ici.

 


 

   Une religion est un ensemble de dogmes et de rites constituant la foi commune d’un groupe. Dans les monothéismes, à quoi nous limitons notre réflexion, le noyau de la croyance réside dans l'affirmation qu'il existe un être suprême auteur de ce qui est, garant de la différence entre bien et mal : Dieu. Dès lors dire "je crois en dieu" c'est affirmer que dieu existe, c'est affirmer la réalité de l'objet de sa croyance.

Mais au nom de quoi? Quelle certitude avons-nous de son exitence? Avons-nous une preuve ou une démonstration?

Si tel n'est pas le cas, il reste la foi c'est-à-dire la certitude intime de l'existence de Dieu. Mais la foi vaut-elle preuve? Quelle peut être sa légitimité en face des exigences de la raison? Si la foi s'autorise des limites de la raison humaine, ces limites permettent-elles d'affirmer l’existence de dieu?

N'y a-t-il pas des dangers à s'affranchir de tout contrôle de la raison en des sujets aussi essentiels?

 


 

I/ Peut-on prouver ou démontrer l'existence de dieu?

 


A/ A la recherche d'une preuve de l'existence de Dieu : Que vaut l'argument finaliste?

   

Une preuve est un fait, qu'on peut observer (exemple : l'arme du crime dans une enquête criminelle) ou mettre en évidence expérimentalement, (dans le cas de la démarche scientifique) qui permet de valider ou d'invalider une hypothèse (c'est le mari qui a tué ou E = MCC).

 


 

L'argument finaliste : le hasard ne peut pas être à l'origine de ce qui existe parce qu'il y a dans les choses existantes un ordre, une harmonie inexplicable.  D'où le finalisme ou "doctrine des causes finales": ce qui existe ne peut s’expliquer que par l'intention d'une intelligence organisatrice.


Le terrain de prédilection du finalisme c’est l’explication de la nature et plus particulièrement du vivant.


Soit la situation suivante :

 

 

Comparons un cristal, une horloge et une grenouille, soit autant de structures remarquables parce qu’elles sont ordonnées.

 
  • Ce qui organise le cristal (par exemple un quartz) ce sont les lois de la nature, qui sont aveugles, sans intention : les lois naturelles n'ont pas pour projet de produire de beaux cristaux! L'existence du cristal relève donc du hasard, de la causalité naturelle (une cause entraîne un effet, qui devient la cause d’un autre effet etc selon les lois de la nature).
  • Ce qui a organisé l'horloge c’est l'intelligence humaine. L'horloge est une machine c'est à dire un ensemble d'éléments disposés de façon à transformer l'énergie en mouvement, à produire un travail selon une fin qui a été posée par l'homme.
  • Mais qu’en est-il de la grenouille?
  A l’observation c’est un organisme, une entité individuelle dotée d'organes fonctionnant de manière coordonnée, l’un pour l'autre. Son oeil est fait pour voir, son estomac pour digérer, l’ensemble de ses fonctions pour maintenir en vie la grenouille. De plus cette grenouille s'insère harmonieusement dans un milieu, un écosystème : elle est le prédateur des uns et la proie des autres, participant au fonctionnement de ce milieu.

 

   
L'argument finaliste affirme que le hasard (l'action aveugle des lois naturelles) ne peut pas expliquer l’existence des êtres vivants. D'où l'affirmation : il existe d'une intelligence organisatrice dans l'univers et qui en est l'auteur : Dieu. Mais que vaut une preuve de Dieu par l’argumentation finaliste ?

 

 


 

Scientifiquement et philosophiquement cet argument est sans valeur.

 


Sur le terrain des sciences, on apprend que :


  • La sélection naturelle et la mutation aléatoire sont les deux mécanismes qui expliquent la transformation des êtres vivants. Le fait de l’évolution et la compréhension de ses mécanismes excluent toute idée de finalité.

  • La cellule, base du vivant, est "cartésienne" (Descartes : les phénomènes naturels sont matériels, ils s'expliquent mécaniqement) : en effet la cellule se construit suivant des mécanismes de traduction de l’information génétique en protéine; aucune âme, aucune "force formatrice" ou autre principe mystérieux ne l’anime.

     


Sur le terrain de la philosophie, on apprend que :


  • La doctrine finaliste est une illusion anthropomorphique, comme l’a définitivement établi Spinoza (Ethique, I appendice) : La nature est telle que la vie est possible et non constituée pour que la vie soit possible : la nature n'existe pas en vue d'une fin quelconque. Prenons l'exemple de l'ozone atmosphérique : aucune vie ne serait possible sans lui. Mais ce n'est pas pour que la vie soit possible que cette couche de gaz se trouve dans l'atmosphère. Les êtres qui composent la nature sont le résultat hasardeux des facteurs et des lois naturels : il n’y a donc aucune cause finale dans la Nature, seulement des causes efficientes qui produisent nécessairement mais aveuglément les êtres naturels.

     


Le finalisme est une explication fausse de la nature.  On ne saurait donc tirer de l'observation de la nature aucune preuve de l'existence de dieu.

 


 

B/ A la recherche d'une démonstration de Dieu : Que vaut "l'argument ontologique"?

 


Il n’y a donc pas de preuve de Dieu ; mais peut-être qu’une démonstration en serait possible?
 


 

Une démonstration est un enchaînement de propositions qui se déduisent logiquement les unes des autres à partir de points de départ nommés des prémisses, qui conduit à une conclusion nécessaire. La démonstration est abstraite, entièrement a priori. C’est par excellence l’outil des mathématiques et de la logique. A l'inverse la preuve est matérielle et a posteriori : elle s’obtient par l'observation des faits ou par une vérification expérimentale.

 

 D’ailleurs étant donné Dieu, seule une démonstration pourrait en être possible : la preuve implique l'expérience de l'objet, sa matérialité. Or si Dieu est un être transcendant et immatériel, on ne peut l'établir que par le raisonnement pur, de façon entièrement a priori. De même, lorsqu'on démontre les propriétés géométriques du triangle ou du cercle, il n'est pas nécessaire de tracer leur figure. Il suffit de considérer leur définition.

 


 

L’argument ontologique: on le doit à un théologien, Anselme de Canterburry : "Dieu étant par définition l'être suprêmement parfait, il serait contradictoire qu'un tel être n'existât pas (car alors il ne serait pas l’être suprêmement parfait) ; donc Dieu existe nécessairement". Ce qui revient à dire : je peux concevoir le concept d'un être parfait. Et comme je puis le concevoir, alors nécessairement cet être existe car sinon ce serait contradictoire avec la possibilité de le concevoir.

 


 

Kant, dans Critique de la raison pure, a définitivement réfuté ce type de démonstration. « L'existence, dit-il n’est pas un prédicat réel ». "Réel" signifie ici "appartenant aux choses, qui serait contenu dans la chose elle-même". "Un prédicat" c’est ce qui peut être dit de quelque chose. Par exemple lorsque je dis que l'or est ductile, qu’il est jaune, etc : je qualifie l’or grâce à ce que l’expérience m’apprend. Avec Dieu, il est exclu de recourir à l’expérience. Il faut donc déduire son existence de son concept. Or on ne peut pas déduire l’existence d’une chose de l'analyse de son concept. Lorsqu’on procède par le pur raisonnement, on ne peut établir que la possibilité de la chose, non sa réalité, son existence effective.

Possibilité : une chose est possible si son concept n'implique rien de contradictoire. Mais il ne suffit pas qu'une chose soit possible pour qu'elle soit réelle.


Réalité : une chose est réelle si elle existe effectivement en dehors de son concept, de l'esprit qui le conçoit.

 

  Il est donc impossible d'établir rationnellement l’existence de Dieu, c’est-à-dire soit par une démonstration soit par une preuve. La raison théorique est athée. Il ne reste donc plus que le chemin de la foi. Mais que vaut la foi en face des exigences de la raison?   


II/ Peut-on avoir la foi sans mauvaise foi ?

 

Lire aussi


a) une explication de texte


b) une autre explication de texte



La question revient se demander si le croyant peut ou non arguer de sa foi, c’est-à-dire en faire un argument légitime prouvant l’existence de dieu et ainsi exiger d'autrui qu'il admette de bonne foi cette existence.

Bref, peut-on, de bonne foi, affirmer l'existence de dieu par sa foi, ou bien la foi, comme argument, est-elle toujours de mauvaise foi, dans les deux sens que peut avoir cette expression : "être de mauvaise foi" c'est soit ne pas reconnaître qu'on à tort alors qu'on le sait; soit, au sens de Sartre, refuser d'assumer la contingence et la liberté, l'indétermination de son être.

 
 

A/ Quelles raisons avons-nous de suspecter la foi de mauvaise foi?

 


 

Cela tient à la nature même de la foi. La foi est une forme de la croyance; croire c'est tenir pour vrai (ou valable). La croyance n'est donc pas un savoir : c'est une certitude intime, elle n'a rien d'objectif. Or la foi s'affirme, et en s'affirmant elle affirme la réalité de son objet sans pouvoir le prouver ou le démontrer, car alors elle serait inutile comme foi : elle serait un savoir. Donc la foi affirme son objet en l'absence de raison déterminante voire en dépit de toute raison : « creo quia absurdum » : "je crois parce que c’est absurde"; c'est la devise de la foi.

 


C'est ce que concède Pascal, dans Les pensées, 248 : "La foi est différente de la preuve; l'une est humaine, l'autre est le don de Dieu. C'est cette foi que Dieu lui-même met dans le cœur, dont la preuve est souvent l'instrument; mais cette foi est dans le cœur, et fait dire non "scio"(je sais que) mais "credo"(je crois que)."

   

D'où un 1° problème

 
  • Si avoir la foi c'est affirmer l'existence de Dieu en l'absence de raison voire en dépit de toute raison, n'est-elle pas une attitude irrationnelle semblable à la superstition? Sinon, quelle légitimité peut-elle avoir ? Ajoutons que la foi est la forme la plus élevée de la conviction : l'objet de la foi c'est l'absolu (Dieu); elle ne peut être tiède, elle implique un engagement total.

     

 

D'où un 2° problème :

 
  • Si la foi porte au paroxysme la force de la conviction et ne s'autorise que d'elle-même, n'est-elle pas alors la source de tous les fanatismes? Dans ce cas, la foi religieuse n'est-elle pas au fond une dénomination noble pour ce qui n'est que de la superstition ?

   

La supersition : La superstition est phénomène complexe qui mêle des croyances, des rites, des attitudes fétichistes et animistes (d’attachement à des objets auxquels on prête des propriétés magiques, bénéfiques ou maléfiques), des attitudes d’interprétation. Il y a aussi des éléments de cupidité (on a l’espoir d’obtenir quelque chose). Sa racine c'est la croyance dans l'existence du surnaturel : Alain : "Croire que des effets réels peuvent procéder de causes surnaturelles ».

 


 

Pour l’athée il y a identité, puisque c'est l'existence même de Dieu qui est une superstition. L'athée se fonde sur des raisons simples :


a) le récit religieux est réfuté par la science ;

b) le croyant parle sans savoir, puisqu’il parle de ce que par définition il ne saurait percevoir ou expérimenter ;

c) il se forge le plus souvent une vision anthropomorphe de Dieu (un Père tout puissant, un juge, un justicier) qu'il investit de demandes infantiles (protection, bonheur, immortalité : un vrai Père Noel de l'existence)!.


En outre l’athée n’ignore pas la fonction répressive des religions : l'idéologie religieuse est un instrument de domination de l'individu , de répression de ses aspiration (interdictions, tabous, statut des femmes, rejet du plaisir, condamnation de la chair)


 

Même un esprit impartial, comme l'est l'agnostique, devra reconnaître qu'il y a des éléments de superstition dans la religion : de la crédulité (la croyances dans le miracle, dans l'efficacité de la prière) ; du fétichisme, voire du paganisme avec le culte des reliques, auxquelles on prête des pouvoirs magiques ; de la cupidité puisqu’on croit et obéit à Dieu pour faire son salut ; de l'irrationalité et de l'infantilisme puisqu’on demande à Dieu d'infléchir le cours des choses en notre faveur etc.

 


En outre le fidèle est de mauvaise foi (au sens de Sartre) lorsqu’il prétend à la pureté de sa foi. Car avoir la foi ne prive ni de conscience ni de raison. Avec elles naissent le doute, le scrupule, l’interrogation. D’ailleurs sans doute ni scrupule, la foi religieuse dégénère en fanatisme.    

Le croyant a donc conscience de croire, il a sa croyance « en vue ». Il peut la juger et l'interroger ; il n’y a donc pas de foi sans interrogation et doute. C’est pourquoi Sartre dirait que celui qui prétend avoir une foi entière, sans réserve, est forcément de mauvaise foi. Car on n'est pas un fidèle à la façon dont une table est table. On l'est sur fond de conscience, dans la contingence d’une attitude d’adhésion que seule notre liberté (notre engagement, avec ses doutes et sa fragilité) fait exister : notre foi, comme tout comportement, est un produit de notre liberté.


  Si telle est la foi, quelle légitimité peut-elle avoir? Est-elle autre que la superstition? Comment l'empêcher de se muer en fanatisme?

 

 


 

III/ A quelles conditions la foi est-elle possible et légitime?

   

Reconnaissons qu'on ne peut pas, sans caricature, identifier  l'homme de foi et l'homme superstitieux.

 


 

A la différence de la superstition, la foi véritable est désintéressée : les valeurs du fidèle sont le dévouement, le désintéressement : il paie de ses biens (charité) et de sa personne (bénévolat). Il est altruiste et fraternel : "Aimer son prochain comme soi même". C'est très différent de l'homme superstitieux, de sa cupidité, de sa bassesse.

   

Enfin, et c'est l'essentiel, le croyant authentique réfuse la crédulité et ne croit que parce qu’il a des raisons de croire. Car si la foi est folle, en un sens, elle est loin d’être déraisonnable : on peut en effet faire état d'un fondement rationnel de la foi, qui tient aux limites de la raison : les limites de la raison sont une raison de croire.

 


 

Le cas de Pascal est ici exemplaire. C'est le cas d'un croyant ,d'un savant et d'un philosophe qui refuse tout autant la superstition et l'absolutisme de la raison.


Pascal soutient que :

 
  • La crédulité et la superstition sont des impiétés qui desservent la foi.

  • La raison humaine a des limites, elle n'a pas vocation à se prononcer sur tout.

  • Il y a une autre source de la connaissance que Pascal nomme le "cœur".


 

Il y a en effet des limites au pouvoir de démonstration de la raison : les points de départs d’une démonstration (les prémisses) ne sont pas démontrées (il faudrait pour cela d'autres prémisses à la base de cette nouvelle démonstration etc). La vérité démonstrative ne dépasse pas la limite de la vérité des principes initiaux, qui ne sont pas démontrés : ces principes sont posés intuitivement. De même : on ne peut pas démonter sa propre existence : on sait de façon évidente par intuition  de soi qu’on existe sans pouvoir le démontrer. Ainsi avant toute démonstration il y a une « monstration », une « donation », cad l’évidence sensible de la présence de l'être. C'est ce qui fait argument à la fois, un "Dieu sensible au coeur", le sentiment vécue de la certitude de l'il y a Dieu. 

   


  Mais la thèse de Pasacal a bien des limites; elle est surtout abusive :


 
D'abord c'est encore une forme d'hommage à la raison, à sa primauté; car seule la raison préserve la foi de la superstition; et seule la raison est capable de penser les limites de la raison. Spinoza a établit l'essentiel sur ce point : celui qui s'affranchit de la raison ne possède plus aucun critière de jugement, plus aucune règle d'assentiment : "qu'est-ce en effet que nier quelque chose dans sa pensée, sinon satifaire à une réclamation de la raison?"

D'autre part, le "cœur" est tout sauf convainquant; car que la raison ait des limites ne prouve pas positivement l’existence de Dieu.
   


Ce n'est donc, paradoxalement, qu'en restant sous l'autorité la raison que la foi trouve une légitimité et peut éviter de sombrer dans le fanatisme. Qu'est-ce alors que la foi véritable? Comment éviter que la foi tourne en fanatisme?

 


L'attitude fanatique est-elle liée par nature à la foi? Ou bien seulement par accident,  à cause d'une erreur de compréhension de la foi?

 



On peut opter pour la seconde solution puisque tous les hommes de foi ne sont pas des fanatiques. Dans ce cas il se faut rechercher les raisons qui transforment la foi en fanatisme.

 
 

 

Le Fanatisme : attitude de celui qui n'admet pas d'autre vérité que la sienne et qui s'oppose par la violence à ceux qui pensent et agissent autrement. Synonyme : intolérance.


 

 

Le fanatisme s’exprime par l’intolérance et le recours à la violence : ion refuse la pluralité des croyances, on refuse la pluralité des interprétations. On exige d’une orthodoxie stricte de l’attitude et de la croyance, c'est-à-dire qu'on impose sa propre conception du dogme et du rite. Tous les autres seront dénoncés et combattus comme hérétiques.



L’origine de cette attitude est expliquée par Spinoza : “J’ai vu maintes fois avec étonnement des hommes fiers de professer la religion chrétienne, c’est-à-dire l’amour, la joie, la paix, la continence et la bonne foi envers tous, se combattre avec une incroyable ardeur malveillante et se donner des marques de la haine la plus âpre, si bien qu’à ces sentiments plus qu’aux précédents leur foi se faisait connaître. Voilà longtemps déjà, les choses en sont venues au point qu’il est presque impossible de savoir ce qu’est un homme : Chrétien, Turc ou Idolâtre, sinon à sa tenue extérieure et à son vêtement, ou à ce qu’il fréquente telle ou telle Eglise ou enfin à ce qu’il est attaché à telle ou telle opinion et jure sur la parole de tel ou tel maître. Pour le reste leur vie à tous est la même.

 

 


 La foi tourne au fanatisme dès qu'elle devient un élément identitaire, un "drapeau" ou une cause. Elle se colore alors de la passion de l'appartenance et s'affranchit de la raison. L’identité religieuse (être chrétien, être mulsulman etc) se trouve fétichisée et l'interprétation du texte (Bible, Coran etc) sacralisée.

Le fanatisme trouve donc son origine dans une confusion des domaines de la foi et de la raison, de la religion et de la philosophie, de la croyance et de la connaissance. On peut alors comprendre ce qu'est un fidèle véritable, ce qu'est la foi authentique

 


Le fidèle véritable ne traite pas la croyance comme une vérité; il se préoccupe d'agir et non de discourir: “Toute la loi <loi religieuse> consiste en ce seul commandement : aimer son prochain. (...) Nul ne doit être jugé fidèle ou infidèle sinon par ses oeuvres. Si ses oeuvres sont bonnes, bien qu’il s’écarte par ses dogmes des autres fidèles, il est cependant un fidèle; si elles sont mauvaises au contraire, bien qu’en paroles il s’accorde avec eux, il est un infidèle. (...) Il suit ... que la Foi requiert moins des dogmes vrais que des dogmes pieux, c’est-à-dire capables de mouvoir l’âme à l’obéissance...” rappelle Spinoza.


Car le texte religieux a pour objet de produire l'adhésion du fidèle à un ensemble de valeurs; il le fait en utilisant le récit, en cherchantà frapper l'imagination du lecteur; il ne cherche pas à le convaincre par des raisons , que de toutes façons il ne contient pas.

 

 


La légitimité de la foi religieuse est donc conditionnelle :

 

 


Elle doit reconnaître la primauté de la raison; et elle doit s’attester par des actes et non par des discours ou des raisonnements : l’engagement dans l'action est la seule célébration valable de la foi. C'est seulement ainsi que la foi n'est pas superstitieuse.


Mais même pure et authentique, la foi et plus généralement la religion, sont moins fondamentales que la philosophie : Car la religion a pour but de susciter l’obéissance à des règles par dévotion envers dieu; son principe reste extérieur à la raison et à la conscience humaine (il est hétéronome). Alors que la philosophie cherche à produire l’obéissance à des règles morales par compréhension de leur nécessité rationnelle. Son principe est autonome.       

Nous savons maintenant que si nous prenons le terme de raison au sens d'un motif intellectuel déterminant pour l'esprit, alors il n'existe aucune raison de croire puisque aucune preuve et aucune démonstration de l'existence de dieu ne peuvent être produite par la raison, théorique qui se révèle athée; que si nous prenons le terme raison au sens d'un mobile donnant un sens à une attitude, alors la foi religieuse est légitime en tant qu'éthique (faire nos devoirs pour plaire à Dieu). Mais il ne faut pas perdre de vue que dans ce cas la foi ne reste pure qu'en acceptant l'autorité de la raison; et qu'elle reste dans son principe inférieure à l'éthique philosophique (faire le bien par a compréhension que c'est le bien). La religion ne sauraient donc constituer du point de vue de la raison une réponse satisfaisante à l’exigence de vérité de l’esprit humain ni au problème du sens de son existence.

 

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