LES NOTIONS DU COURS (ce qu'il faut savoir)
La société : Le terme vient du latin "socius", "les associés", ce qui suppose que des liens objectifs et durables structurent les relations entre des hommes. On définira donc la société comme l'ensemble structuré que forme un groupe d'hommes qu'unit des institutions communes. Le terme « institution » doit être pris au sens large : droit, langue, mœurs et usages, traditions, croyances, relations de collaboration... Problèmes classiques : quel est l'origine de la société? Quel est la nature du lien social? La société tire-t-elle son origine de la nécessité des échanges économiques entre ses membres? Ou est-ce que la sociabilité un élément de la condition humaine?
Les échanges : c'est l’ensemble de ce qui circule dans une société, de ce qui fait l’objet de transaction entre les individus. On pense en particulier aux échanges de biens de type marchand, mais la notion est plus large : une discussion est un échange; on peut donner de son temps ou "payer de sa personne". D’où les problèmes : le don est-il autre que l’échange ou bien une de ses formes ? Peut-il y avoir une gratuité de l’échange ? A l’idée d’échange est associée l’idée d’une contrepartie pour un bien ou un service. La monnaie, qui se cristallise par la suite dans la notion de l’argent, est le moyen classique de l’échange marchand. A l’idée d’échange est alors associée celle de prix. D’où les questions : Quelle différence y a-t-il entre valeur et prix? Qu’est-ce qui est hors de prix ? Que vaut ce qui est gratuit? Qu'est-ce qui n'est pas négociable? etc.
L'Etat : c'ensemble des institutions qui, sur un territoire donné, exerce l'autorité politique. L'Etat est distinct de la société en tant qu’organisation créée spontanément par les relations entre ses membres : il existe des société sans Etat, cad qui ne possèdent pas d'institutions spécialisées pour exercer une fonction de commandement : la société des Inuits par exemple. On nomme anarchiste, au sens exact et littéral du terme, ce type de société. La caractéristique première de l'Etat est le monopole du pouvoir de contrainte (ou pouvoir de coercition). Sa fonction est de garantir l'obéissance aux lois (donner "force de loi à la loi"). L'existence de l'Etat est donc inséparable d'un ordre social qu'il a pour fonction de maintenir. Problèmes classiques : L'Etat est-il véritablement séparée de la société? Est-il l'arbitre impartial de ses conflits ou un instrument de domination au service d'une partie de la société? L'Etat est-il une condition ou la négation de la liberté des individus? Faut-il impérativement obéir aux lois?
Le souverain, la souveraineté : ne confondez pas le roi et le souverain. La souveraineté c'est le concept de l'autorité politique suprême. Le président de la République en France incarne la souveraineté; un peuple est dit souverain lorsqu'il s'est constitué en entité politique autonome, lorsqu'il est totalement indépendant.
La société civile : dans son premier sens (chez Hegel et Marx) c'est le monde économique, la sphère de l'intérêt personnel, distincte de l'Etat, qui incarne le général ou l'universel (Hegel). De nos jours c'est l'ensemble des activités et des initiatives indépendantes du pouvoir politique à l'intérieur de la société, et qui tend à se constituer comme contre-pouvoir face au pouvoir de l'Etat. La vie associative, par exemple, relève d'initiatives individuelles ou collectives sans lien avec l'action de la puissance publique. L'existence d'une société civile indépendante est un des impératifs de la démocratie libérale. Elle signifie que l'Etat ne prend pas en charge la totalité de la vie sociale.
L'individu: littéralement c’est ce qui ne se divise pas (in-dividu). C’est donc l’être singulier considéré en lui même dans ce qui le rend irréductible aux autres. Sur cette notion se cristallise l’essentiel des problème de philosophie politique de notre temps : l’homme est-il un individu ? Par nature ou à l’intérieur d’une époque et de conditions sociales ? La société est-elle décomposable en individus ? L’individu doit-il être la source du droit dans les sociétés démocratiques? Enfin : qu’est-ce qui constitue l’individualité de l’individu ?
La liberté : Le prisonnier, l'esclave et l'alcoolique ne sont pas privés de la même forme de liberté, ce qui montre que cette notion a plusieurs formes. A l'origine c’est un statut juridique : la “libertas”, c’est la condition du citoyen libre par opposition à l’esclave. Le citoyen est membre de plein droit d’une communauté politique qui lui garantit l'exercice de ses droits. L’esclave a le statut d’une chose : il appartient à quelqu'un, on ne tient pas compte de sa volonté, de son consentement : sa "voix" ne compte pas. On peut alors définir la liberté comme absence de domination. Puis une distinction s’est introduite, sous l’effet de la philosophie et de la morale chrétienne, qui portent une attention particulière à la vie intérieure : l’homme est libre si son vouloir est libre, s’il est par son intention à l’origine de l’acte qu’il accomplit. Le concept de liberté réunit alors deux formes : d’une part c’est (a) le pouvoir de réaliser sa volonté; d’autre part (b) le pouvoir de vouloir librement, de façon autonome, sans qu’aucune contrainte extérieure ne détermine la volonté. On rencontre donc deux types de problèmes selon qu’on considère les conditions externes (matérielles) ou les conditions internes (subjectives) de la liberté : dans le premier cas la liberté est un problème à envisager sous l'angle politique; dans le second cas sous l'angle métaphysique et morale (l'homme possède-t-il un libre-arbitre?). Retenons qu'au sens politique la liberté c'est à la base l'absence de domination.
La justice : à l'origine c'est la conformité au droit existant : "jus dicere" signifie "dire le droit". Mais ce qui est "de droit", ce qui est juste, n'est pas toujours exprimé par la loi (il y a des lois injustes) ou énoncé par l'institution juridique (il y a des décisions de justice iniques). D'où la justice comme idée ou idéal : ce qui devrait être.
L'égalité : à l'origine le terme exprime l'identité entre deux grandeurs, mesures ou quantités. Par la suite, c'est le principe qui consiste à traiter identiquement, comme des égaux, les êtres humains, en faisant abstraction de leurs différences, en particulier de condition sociale. Deux formes de l'égalité : l'égalité stricte et l'équité.
L'équité : c’est la forme de l’égalité qui tient compte des différences, de richesse ou de situation. Exemple : il serait injuste de prélever identiquement (égalité stricte) par l’impôt des individus ayant des revenus très différents. Il est donc juste de les prélever à proportion de leur niveau de revenu : c’est l’équité. D'où les problèmes suivants : La justice se confond-elle avec l'égalité? Les inégalités sont-elles des injustices? L'égalité des chances suffit-elle à réaliser la synthèse de l'égalité et de la liberté?
Le droit : c'est l'ensemble des règles ayant valeur d'obligation à l'intérieur d'une société; elles peuvent être écrites ou orales. On distingue le droit positif ou ensemble des règles explicites en usage (les lois) du droit naturel, ou bien du droit rationnel, qui tentent d’en exprimer le fondement.
Légal : ce qui est strictement conforme à la loi.
Légitime : ce qui, au-delà de la loi et souvent contre elle, est conforme à l'idée du droit ou à la justice.
A travers ces distinction se trouve posé le double problème de l'origine et de la valeur du droit : d'où vient le droit? Qui a le droit de dire le droit et en fonction de quoi? Faut-il toujours obéir aux lois?
La jurisprudence : activité qui consiste à interpréter la loi de façon à l’adapter aux cas particuliers.
Le mérite : c'est ce qui revient (méritus en latin = récompense) à l'individu en vertu des ses talents et de la qualité de ses efforts, et qui, pour cette raison, est estimé juste. Mais peut-on faire sans discussion du mérite individuel un critère de justice? Ne doit-on qu'à soi-même de réussir ou d'échouer?
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