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I/ Pourquoi ne sommes-nous moraux qu’en triomphant de nos désirs ?

 

1. Agir moralement c’est vouloir faire le bien, qu’il s’agisse d’accomplir nos devoirs ou d’adopter les règles d’une vie vertueuse. Or nos désirs sont des tendances amorales ou immorales par nature : le désir est une force impulsive mue par la quête du plaisir et qui est intrinsèquement transgressive : des limites, des règles, des lois. Nos désirs sont nos mauvais génies ; c’est naturellement qu’ils nous poussent à mal agir ou à nous détourner de nos obligations.

2. L’action morale est désintéressée, elle ne comporte aucun motif sensible (lié à la sensibilité : les émotions, les sentiments etc) qui pourrait altérer la pureté de l’intention morale (faire preuve de sollicitude sous l’effet de la compassion n’est pas moral, puisqu’on dérogera à notre obligation lorsque ce sentiment sera absent : si on aide quelqu’un, c’est parce qu’on doit aider tout le monde, indistinctement);  à l’inverse nos désirs sont toujours intéressés, motivés par le plaisir que nous attachons à la possession d’un certain objet ou à une forme de satisfaction.

3. On agit moralement lorsqu’on fait le bien non par intérêt ou sous l’effet d’un sentiment mais parce qu’on conscience que c’est le bien, c’est-à-dire lorsqu’on agit librement. La moralité implique la liberté comme autonomie de la volonté, ce qui suppose de faire face à la force impulsive et sans règle de nos désirs et de s’efforcer de s’en rendre maître. Lorsqu’on fait son devoir (rendre son dû à son propriétaire) au seul motif que c’est là son devoir, on agit moralement et librement.

 

II/ Mais est-ce toujours contre ses désirs qu’on agit moralement ?

 

1. Si tous nos désirs sont intéressés, ils ne sont pas tous immoraux ; tous les désirs ne sont pas transgressifs, égoïstes ou cupides ; bien au contraire certains ont une motivation morale : lorsqu’on désire la paix dans le monde; lorsqu’on désire bien faire ; qu’est-ce qu’être altruiste, d’ailleurs, sinon désirer le bien-être d’autrui ?

2. D’autre part l’impulsivité du désir n’est pas contraire à la moralité ; c’est à elle qu’on doit les actes les plus sublimes moralement, les actes de générosité, ou de sacrifice de soi, et non à la froide rationalité du raisonnement moral : qui se jetterait dans les flammes pour sauver son prochain par devoir c’est-à-dire « par nécessité d’agir par respect pour la Loi » ? Il faut l’irréflexion généreuse et sublime du désir de sauver l’autre pour réaliser un tel acte !

3.  Enfin voir dans nos désirs des ennemi de la moralité c’est supposer la malignité de la nature humaine (ils sont censés être tous mauvais, donc par nature), ce qui est une thèse métaphysique à fondement religieux. Le désir fait partie de la nature humaine, il est moralement ambivalent et sa force peut-être éduquée au bien.

 

III/ Enfin faire le bien serait-il possible sans désir de bien faire ?

1. Personne n’accomplit le bien qu’il conçoit dans l’indifférence affective du raisonnement moral. Seul notre désir de bien faire peut nous faire accomplir des actions moralement bonnes.

2. Car le désir ne doit pas être identifié à l’envie et ou la concupiscence, il est aussi dynamisme, élan et vitalité (le conatus spinoziste). Sans la force vitale du désir personne ne trouvera la force morale de bien agir, de passer à l’acte.

3. Enfin les seules valeurs morales réellement existantes et opérantes sont celles qui nous importent : seules les valeurs auxquelles nous attachons de la valeur comptent pour nous : sans appétit pour le bien, sans désir du bien, il n’y a pas de morale dans le monde (Spinoza : « Ce n’est pas parce que nous jugeons bonne une chose que nous tendons à elle, c’est au contraire parce que nous tendons à elle que nous la jugeons bonne. »).

 

Conclusion : agir moralement implique bien souvent de tenir tête à la puissance de certains de nos désirs mais la moralité de l’action ne tient pas essentiellement à la lutte contre nos désirs. D’abord parce nous avons aussi le désir de bien agir mais surtout parce que nul ne réalisera un bien auquel il est parfaitement indifférent.

Tag(s) : #DISSERTATION

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