Mardi 17 février 2009
Déjà mardi, comme le temps des vacances passe vite!

Pour préparer votre épreuve en philosophie, outre de revoir tout ce qui concerne les démarches en dissertation et explication de texte, je vous conseille d'aller voir (et lire) :


d'une part ici  et


d'autre part ici et


enfin, et ici.


(n'hésitez pas à m'envoyer vos remarques et questions et à me signaler les fautes : rubrique "commentaire").


Bon travail, Mr Rezé.
Par Caute!
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Samedi 31 janvier 2009
La lettre du 23 novembre 1646 au Marquis de Newcastle est un texte rêvé pour des lycéens : la pensée est d'une grande rigueur, le style brillant et les thèmes abordés aussi essentiels qu'étendus. C'est pourquoi je vous conseille vivement d'en faire votre bréviaire durant quelques semaines, de manière à connaitre "sur le bout de doigts" ce texte si précieux. Malheur -et tant pis!- pour ceux qui ignoreront ce conseil à l'approche du "bac blanc".

Je vous ai noté en détail la position d'ensemble de Descartes dans la fiche de synthèse. Rappelons l'essentiel:


  • Personne n'est en droit d'affirmer qu'il existe une pensée animale.

  • L'absence d'actes de parole, et plus généralement de langage, instrument nécessaire à la communicationn des idées d'un homme à un autre, est la preuve de l'absence de pensée : le silence des bêtes s'explique de ce qu'elles n'ont rien à se dire, et s'elles n'ont rien à se dire c'est qu'elles ne pensent rien.

  • Les animaux agissent mécaniquement, par instinct; leur comportement est entièrement déterminé. C'est la théorie des "animaux-machine", non pas que Descartes confonde un cheval et une horloge, mais parce qu'ontologiquement parlant c'est pour lui la même chose : des portions de matière sans esprit animées par les lois mécaniques du mouvement et pièces d'une méga-machine, le tout matériel de la nature.

  • Enfin il est aussi moralement risqué qu'il est grostesque de soutenir la thèse de la pensée animale, quand bien même cette pensée serait moins parfaite que la nôtre. Qui se risquera en effet au ridicule d'affirmer qu'une huître réfléchit? Et n'est-ce pas sacrilège ou blasphématoire d'en faire une créature à notre égal en leur accordant  "une âme immortelle".

  • Je vous rappelle que le développement complet de cet argument se trouve chez Kant, lorsqu'il montre que la possession de la conscience (de l'entendement, de la raison, ici les termes sont pris sans distinction) détermine le statut et la valeur de l'être humain : c'est une personne, un être ayant une dignité, ce qui fonde l'obligation du respect dans tous les aspects de la relation entre personnes. A l'inverse les animaux ont un statut de chose, comme tels nous avons le droit d'en disposer sans limite selon nos besoins et nos intérêts; leur valeur se résume à leur prix, puisque comme chose un commerce en est possible. A l'inverse à nouveau chaque personne a une valeur absolue du fait de sa singularité et de son unicité, ce qui fonde l'interdiction absolue, et autant dire sacrée, de la traiter à l'instar des choses : d'en faire commerce, en disposer suivant des intérêts, de lui infliger des traitements attentatoires à sa dignité. Chacun reconnaîtra dans ces concepts les fondements du droit et de la morale modernes

*

Le propos de Descartes ouvre à bien des questions. Je vous propose ici d'examiner de manière critique deux points (le reste -la réalité du libre-arbitre, le rapport de l'esprit et du corps) se fera en cours:


- la théorie des animaux-machine.

- la conception cartésienne du langage.


 
Par Caute!
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Samedi 17 janvier 2009

La conscience fait-elle de l’homme un être à part ?


 

Bien entendu la compréhension du sujet (de ce qui est en question dans la question) dépend de la compréhension de l'expression "un être à part" et de la compréhension de la conscience et de ses implications.


1° étape : Un être à part : c'est-à-dire qu'on doit distinguer des autres êtres, qu'on doit singulariser, considérer comme formant exception. Non pas parce qu'il serait simplement différent des autres êtres (la poule est différente du canard, mais appartient à la même catégorie que lui : l'animal), mais parce qu'il serait radicalement différent, c'est-à-dire autre.

 

Quant aux autres êtres, ce ne peut être que les animaux et les végétaux; mais aussi les choses, en tant que les choses sont elles aussi, même si elles ne sont pas vivantes.



2° étape : On ne peut légitimement affirmer le caractère exceptionnel de l'être humain que si l'homme est d'un autre ordre que les autres êtres et que par conséquent il doit être considéré (intellectuellement et pratiquement  : être l'objet d'une considération) d'une autre manière que ces autres êtres :  si on ne peut pas le penser de la même façon et si on ne doit pas le traiter de la même façon. La justification éventuelle de ce traitement de faveur est que l'homme possède la conscience, et qu'il est seul à posséder cette faculté. Qu'a donc de particulier la conscience? Et quelles sont ses conséquences sur la condition humaine?



3° étape : La conscience : c'est faculté qu’à l’homme de penser et de se penser à laquelle sont consubstantiellement liés le sentiment du libre-arbitre de notre volonté et l'idée de la responsabilité juridique et morale de notre existence. La conscience fait de l'homme une personne au sens psychologique (un être singulier capable de dire "je") et juridico-moral (l'homme a le statut d'un être qui a une dignité, est objet de respect et a droit à des droits du seul fait qu'il est un être conscient).


Notons qu'à l'inverse les animaux, parce qu'ils sont dénués de conscience de soi et de raison -disent les classiques, ont le statut d'une chose et c'est pourquoi nous en faisons commerce, les utilisons, les consommons.


Et que les choses, qu'elles soient produits de l'action de la nature (un paysage de montagne) ou du travail humain (un artefact, sytlo ou oeuvre d'art) obéissent toutes à des lois de production : les choses, les phénomènes matériels sont déterminés de même d'ailleurs que les animaux si il est vrai que leur comportement peut se ramener à l'instinct.

 


Ce qui est à examiner :


Nous avons donc à réfléchir à la vérité ou à la fausseté de la thèse de l'altérité de l'être humain, à la réalité ou non d'un caractère exceptionnel de l'homme qui tirerait sa justification de la possession de la conscience :


La conscience fonde-t-elle l'altérité de l'homme vis-à-vis des autres êtres? Comment d'ailleurs le contester a) au vue des évidences liées à l'expérience de la conscience; b) sans attenter à la dignité de l'homme et mettre ainsi en péril son statut moral?

Est-il vrai toutefois que l'homme est dans son essence un être conscient, qu'il trouve avec la conscience le terme de sa définition et l'explication de sa condition?

Est-il vrai enfin que seuls parmi les êtres l'homme puisse s'affranchir de la loi commune du déterminisme?



Un plan :


I/ Quelles raisons avons-nous de penser que la conscience fonde l’altérité radicale de l’homme ?


A/ L’homme est par sa conscience irréductible à l’animal (on peut penser à Descartes...)

B/ La conscience fait de l’homme une personne : un sujet de droit et un objet de respect (passage quasi obligé par Kant)

C/ Le mode d’existence de l’homme est autre que celui de la chose (Sartre nous est alors bien utile)

 


<examen critique de la thèse développée en I, en deux étapes et sur deux plans>

 


II/ Cependant, la conscience est-elle ce qui nous définit ?


 

A/ L’existence de l’inconscient ruine toute prétention humaine à un statut d’exception (Freud)

B/ Nous n’avons conscience que de ce qui affecte le corps (Nietzsche et Spinoza)

 


III/ Enfin, sommes-nous dotés d'un libre-arbitre ainsi que nous le sentons ou bien obéissons-nous comme toute autre chose au déterminisme?


A/ Nous tendons à ce que nous désirons et non à ce que nous choisissons de désirer; le libre-arbitre est donc une illusion de la conscience (Spinoza)

B/ Les hommes ont conscience de ce qu'ils font mais ils n'en ont pas la connaissance : le déterminisme des conditions socio-historiques (Marx).


 


D'où nous conclurions volontiers que la conscience donne à l’homme le sentiment d’être un être à part,  ce qui l'amène logiquement à s'attribuer un statut d'exception, mais ce sentiment et ce statut sont illusoires, l'homme étant, suivant les termes de Spinoza "partie de la nature".




Par Caute!
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Samedi 17 janvier 2009

Certains et certaines ont poussé des cris de martyrs dans l'arène à la perspective de la dissertation de la semaine prochaine. Comme inéluctablement ce mauvais jour viendra, mieux vaut dominer son angoisse et faire usage de son intellect. C'est ce que je vous inviterai à faire dans les remarques et articles qui vont suivre.



D'abord quelques mots sur l'esprit et sur l'art de la dissertation en philosophie. Je les place sous l'égide tutélaire et bienveillant d'une citation d'Alain : "Philosopher c'est savoir que la réponse n'est pas dans le cahier du maître."


Certains en effet souhaiteraient qu'il existe une panacée technique, un ensemble de prothèses intellectuelles pour les soutenir (et au fond se substituer à eux) dans la conduite de la dissertation. Je sais bien que nombre d'ouvrages vous entretiennent dans cette illusion (tous les parascolaires par exemple, que je vous conseille vivement de mettre à la poubelle), mais elle vous desservira toujours en philosophie.


La dissertation philosophique est en effet un exercice exigeant qui veut qu'on ne trouve dans la copie que ce qui a été pensé par soi, réfléchi en soi. Il est donc exclu de se contenter de restituer servilement et de façon impersonnelle, même avec une excellente rédaction et des connaissances étendues, ce qui a été pensé par d'autres!


Attention à un point : n'ayez pas non plus la naïveté de croire que vous allez en quatre heures réinventer la philosophie sans l'aide de personne (du cours et des auteurs). Simplement en philosophie, vous avez le devoir de penser, donc de faire usage de ce que vous savez pour apporter une réponse à la question posée (et même la réponse, au fond, parce qu'en philosophie il n'y a pas d'opinion qui vaille : aussi opposés soient les penseurs, ils ne nous exposent jamais leur opinion). Si vous préférez : on n'apprend pas à nager sans se jeter à l'eau (parole de maître-nageur) de même qu'on n'apprend pas à penser sans le faire : il faut risquer cette arrachement à soi, à la sécurité des convictions et comprendre que réfléchir c'est aller de ce qu'on connaît à ce qu'on ne connaît pas (parole de maître-penseur : Socrate -et Freud, sur un autre plan- diraient : qu'on ne savait pas savoir).



Si vous peinez à comprendre ce que j'entends par penser, essayons d'en faire l'expérience, d'abord par la découverte de sujets de philosophie, c'est-à-dire de questions-qui-donnent-à-penser :




Être "né quelque part" : quelle importance?



L'argent a-t-il des vertus?



Y a-t-il des discriminations positives?



Qu'est-ce qui n'est pas négociable?



Faut-il faire le procès des techniques?



Peut-on survivre à la mort du désir?



Les inégalités sont-elles des injustices?



Y a-t-il une condition animale?



Une vie de travail est-elle une vie réussie?



A chacun selon son mérite?



Est-ce en tant qu'Homme que les hommes ont droit à des droits?



Que nous apprend la culture?




Si vous avez le tournis, ou un sentiment de vertige, c'est bon signe! C'est que vous êtes en train de prendre conscience du puits insondable votre ignorance et, par voie de conséquence, de la fausseté fantomatique de l'existence que vous avez "infondée" sur cette ignorance (vous prenez conscience que vous vivez sans savoir, donc que vous vivez comme on vit, on c'est-à-dire n'importe qui, les milliards d'autres : vous vivez selon l'opinion, dans inauthenticité des pratiques, des mots d'ordre et des valeurs du troupeau).  


Vous êtes alors prêts à philosopher.



Voilà pour l'essentiel. Quelques mots sur l'accessoire, c'est-à-dire la description technique de l'argumentation : allez d'abord voir là


Par Caute!
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Dimanche 11 janvier 2009

LE 7 11 2008 POURQUOI LA QUESTION DU SENS DE L’EXISTENCE N’A-T-ELLE PAS DE SENS ?


1. Commentaire sur la question


Cette question un peu surprenante en philosophie :


Déjà sa formulation : elle a un aspect dogmatique : elle postule que la question du sens de l’existence n’a pas de sens ; on s’attendrait plutôt à : la question de l’existence a-t-elle un sens ?


On a vu que la question du sens de l’existence est consubstantielle à la philosophie : c’est une partie de l’interrogation métaphysique ; on se la pose parce que nous sommes des êtres doués de conscience et de raison.



Parce que ne pas se questionner sur le sens de l’existence semble nous condamner à une vie inauthentique, à une vie selon les modèles dominants, à une vie selon l’opinion.


Mais elle s’impose après la lecture de Nietzsche, qui a démontré la vanité de l’interrogation métaphysique puisque :


La vérité n’existe pas

 

L’homme ne peut se prévaloir d’aucune vocation particulière ; son existence est fortuite et ne répond à aucune finalité, à aucun projet.



On va donc essayer de comprendre les raisons profondes de, au choix, l’absurdité, la vanité ou de l’inanité d’une telle question. Ce qui permettra de comprendre et de justifier la citation de Spinoza mise en exergue du cours.


2. Méthode de la dissertation


Pour traiter le sujet, il faut comprendre son problème cad ce qui est en question à travers le sujet tel qu’il est formulé. Traiter le sujet consistera à examiner dans l’ordre logique où elles se présentent les différentes interrogations qui constituent le problème.


La compréhension du sujet dépend de l’analyse de ses termes et de la structure logique de sa formulation. Il faut comprendre a) sur quoi porte exactement le sujet b) quelles sont les interrogations qu’il implique (le problème). Idéalement il y a trois parties dans le devoir. Le problème est donc constitué de trois éléments d’interrogation dont la formulation dans l’introduction remplacent l’ annonce du plan.



ANALYSE DU SUJET


[POURQUOI] [LA QUESTION DU SENS DE L’EXISTENCE] [N’A-T-ELLE PAS DE SENS] ?


Sur quoi porte-elle exactement ?


La question pour sur la recherche des raisons qui permettent de comprendre le caractère insensé (son absurdité, inanité, vanité, inutilité) de la question des fins de l’existence humaine ou de toute attitude de mise en cause de l’existence. Car si l’existence apparaît absurde, on peut la penser vaine et peut être tenté d’y mettre fin (le suicide).



Quel est le problème ?


La question du sens de l’existence n’a aucun sens :


si l’existence n’a aucune finalité ou aucune raison d’être car ce serait alors une question inutile et vaine.


si la conscience de son absurdité est sans conséquence pour l’existence parce qu’elle n’empêche ni de vivre ni de vivre heureux


enfin si les raisons qui nous conduisent à nous poser cette questions ne sont pas déterminantes : nous nous posons cette question a) parce que nous avons une conscience et une raison cad en accordant une importance privilégiée à notre facultés de réflexion ; b) à l’occasions de nos états de souffrances morales, de désespoir.



INTRODUCTION


On considère généralement que la dignité de l’homme réside dans sa capacité à penser sa condition, en particulier la raison d’être de son existence. C’est pourquoi rechercher les raisons qui montrent qu’une telle question est sans pertinence est extrêmement paradoxal, d’autant plus que cette question a son origine dans une faculté aussi essentielle que la conscience.

Toutefois il faut bien convenir que quelle que soit la réponse qu’on donne à cette question, elle est sans conséquence sur l’existence elle-même; car personne ne vit ou ne meurt en pour des considérations purement intellectuelles. C’est pourquoi nous devrons d’abord rechercher ce qui nous autorise à dire que l’existence n'a pas de sens pour ensuite comprendre pourquoi une telle absurdité ne la rend pas vaine. Peut-être pouvons-nous avancer l'hypothèse que nos raisons de vivre n'ont pas une origine intellectuelle.

Enfin puisque le questionnement existentiel trouve son origine dans la conscience et que l’existence peut être réputée vaine sans que cela lui nuise aucunement, il nous faudra nous interroger sur la place qu’on accorde généralement à la conscience : est-elle le moyen d'une connaissance de l'homme et de sa condition ou bien la source d'une illusion?


I/ Quelles raison avons-nous de penser que l’existence humaine n’a aucun sens ?


Remarque sur l’argumentation : En philosophie l’argumentation doit avoir une nécessité intellectuelle, elle doit être démonstrative. Cette nécessité a sa source :

1/ dans la définition des concepts et l’examen de leurs implications ;

2/ dans l’analyse de l’expérience ce qui implique le recours à l’exemple;

3/ dans la référence aux auteurs (mais les références doctrinales ne peuvent tenir lieu d’argumentation (refus de l’argument d’autorité).


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Si l’existence humaine avait un sens alors on pourrait dire pourquoi il y a des hommes et en vue de quoi les hommes existent : qu'il existe 1/ une raison et 2/ une finalité de l'existence humaine : on saurait pour quelle raison il y a des hommes, et les hommes aurait un but à accomplir durant le temps de leur existence justifierait pleinement leur existence leurs propres yeux. Est-ce ou non le cas ?


Pour le savoir on va procéder par comparaison. On va prendre l’exemple d’une chaise parce qu'il est sûr que son existence a un sens.


Certains pourrait vouloir rejeter cette comparaison au motif que la chaise n’est rien de vivant ; mais ce serait une erreur


Les sens du termes existence


Parce que si l’existence au sens courant a) se confond avec la vie, ce n’est pas son seul sens : la chaise existe au sens où elle est bel est bien réelle, par opposition à simplement fictive ou simplement possible : il y a une chaise, sa réalité est de l’ordre d’un fait, et l’existence en ce sens-là c’est le fait d’être effectivement, d’être réel . En philosophie on couple et on oppose ce terme avec celui d’essence : essence = ce qu’est fondamentalement une chose (ici : un objet qui permet de s’asseoir), l’existence : le fait que cette chose, dont on connaît la définition, existe ; c) mais en outre la chaise existe aussi au sens où elle a durant le temps de son existence une certaine manière d’être, ce qui est le dernier sens du terme existence : si je parle de la dure existence des ouvriers au XIX° siècle, je parle de leur mode d’existence : l’existence en ce sens c’est le mode de manifestation d’une chose, sa façon d’être durant le temps de son existence.



L’existence de la chaise a donc manifestement un sens :


On sait pourquoi il y a des chaises : parce que l’homme les a fabriqué.


Et on sait à quelle fin la chaise existe : accueillir nos fesses.


Si bien que si la chaise avait une conscience (hypothèse fictive mais surtout absurde parce que contradictoire, vous verrez pourquoi) elle n’éprouverait jamais d’angoisse au sujet de son existence : elle serait entièrement absorbé par sa tâche et sentirait son existence comme pleinement justifiée !



Eh bien aucune de ces caractéristiques ne peut être rationnellement attribuées à l’existence de l’homme


1/ Son existence n’a aucune finalité parce qu’il n’a aucun but à réaliser durant le temps de son existence (but qui serait de façon évidente l'accomplissement de son existence)


2/ Son existence n’a aucune raison d’être parce que le fait qu’il y a des hommes sur terre, dans l'univers, n’est justifiable par rien.


1/ L’homme n’a pas de but durant le temps de son existence (absence de finalité)


CAD : on ne peut pas dire que l’homme soit fait pour telle ou telle chose : pour croître et se multiplier, pour assujettir les autres espèces etc. Ou l’espèce pour se perpétuer etc; ou les femme pour être des mères, les hommes pour être des père ou des conquérants ou des travailleurs etc.


Argument de fait (fondé sur l’observation, la connaissance positive) : il y a une telle diversité historique et culturelles des fonction, des rôles, et des statuts des hommes et des femmes au cours des siècles ou suivant les société que cela exclut qu’on puisse assigner à l'homme une finalité normative quelconque.


Argument de droit : parce qu’il a une conscience, l’homme n'a pas de finalité prédéterminé. Pour le comprendre il suffit de marquer la profonde différence qui existe entre l'existence au sens de mode d'être de l'objet et de l'être humain (son mode d’être est radicalement autre que le mode d’être de l’objet).



L’objet (la chaise) : imaginons qu’exister (en tant que mode d’être) implique pour l’objet de réaliser une certaine action : que fait la chaise durant le temps de sont existence ? Elle fait la chaise, ce pourquoi elle est faite. Et elle n’a pas d’autre possibilité d’être : exister pour elle c’est réaliser (rendre réel et accomplir) son essence. Toutes ses possibilités d’être sont déterminé a priori par les limites de son essence ou de sa nature, de sa définition.


Il en va tout autrement de l’existence humaine, du fait de sa conscience. L'homme n'est pas enfermé dans les limites d'une essence ou d'une nature.


L'homme


L'homme peut être autre ce qu'il est, et mieux : il n'est ce qu'il est que parce qu'il décide de l'être et continue à l'être. Exister pour l’homme ce n’est pas être (réaliser une essence) c’est avoir-à-être. Donc l'homme n'a pas d'essence, son existence précède son essence.


C’est pourquoi on a des réticences (parce que c’est impossible) à enfermer un être dans les limites d’une définition.



Cf. Sartre : Nous avons là l’explication de la fameuse formule de Sartre qui dit, je cite que « chez l'homme, l'existence précède l'essence ». Cela signifie que l’homme se définit seulement à travers ce qu’il fait et qu’en faisant quelque chose –en s’engageant dans un projet- il se choisit.



(…) l'existence précède l'essence (...) Cela signifie que l'homme existe d'abord (...) et qu'il se définit après. L'homme, (...) s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. < (...) Si, en effet, l'existence précède l'essence, on ne pourra jamais l'expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée; autrement dit, il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est liberté.">


Jean Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme, p. 26/39.


Ce qui amène Sartre à une thèse sur l’existence : « exister c’est jouer à être », qu’il illustre par un exemple dans l’Être et le néant, (non moins illustre), celui du garçon de café.



"Le garçon de café joue avec sa condition pour la réaliser.(...) J'ai beau accomplir les fonctions de garçon de café, je ne puis l'être que sur le mode neutralisé, comme l'acteur est Hamlet, en faisant mécaniquement les gestes typiques de mon. Ce que je tente de réaliser c'est un être-en-soi du garçon de café, comme s'il n'était pas justement en mon pouvoir de conférer leur valeur et leur urgence à mes devoirs d'état, comme s'il n'était pas de mon libre choix de me lever chaque matin à cinq heures ou de rester au lit, quitte à me faire renvoyer. »



Donc le fait que nous existions consciemment et que nous ne soyons que ce que nous assumons d’être exclut en principe que l’existence humaine ait une finalité. //


Mais les œuvres, dira-t-on, ce que l'homme accomplit et laisse à la postérité : l’empire politique ou industriel, le chef d’œuvre ? Eh bien elles ne constituent pas plus une finalité parce que la finalité est un aboutissement (le concept de finalité implique celui d'une fin dans quoi la chose s'accomplit). Or l'existence aboutit, plus encore que dans la mort, dans le néant : Nous disparaîtrons de même nos œuvres même de la mémoires de nos successeurs. Même les oeuvres qui semblent les plus durables, même les existence qui semblent les plus fameuses : nous sommes voués à un anéantissement radical dans la mort et l’oubli, ainsi que nos œuvres ! (nb : rôle du temps et du devenir! Exemple : la disparition du phare d'Alexandrie)


Ici on ne peut manquer de citer Les Paroles de l’Ecclésiaste dans la Bible, ou penser à la gravure saisissante de Goya son fameux Chronos dévorant ses enfants.


"Vanité des vanités, tout est vanité."


"Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours."


"Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil."


Donc pas de finalité


2/ Mais pas de raison non plus qui permette de comprendre qu'il y ait l'homme.


La démonstration en est très simple  :


Si l'existence de la chaise a un sens, c’est tout simplement parce qu’elle est la créature d’un créateur qui l'a conçue et fabriquée en vertu d'une certaine intention. Cette intention se lit dans la nature et dans la fonction de l’objet qui est manifestement un artefact, qui plus est un objet utilitaire.


Or nous savons que l’homme n’a ni essence ni nature, / donc il n’est pas la créature d’un créateur / donc son existence ne s'explique par aucune raison et/ (le schème création ou production ne peut pas s’appliquer à lui; c’est donc aussi la preuve qu’il n’y a pas de dieu créateur… (sinon il serait malicieux ou pervers d’avoir doté l’homme d’une conscience et d’une « liberté »).



Transition : Il faut donc admettre que l'existence n’a pas de sens puisqu’elle est sans raison ni finalité; elle est absurde au sens littéral de ce terme. Pour autant nous ne le trouvons pas vaine et personne n’y met fin pour ce motif. Dès lors si l’absurdité de l’existence ne signifie pas sa vanité, d’où viennent nos raisons de vivre ?



II/ D’où viennent nos raisons de vivre ?



Il y a une contradiction entre le fait que l’existence soit absurde à la réflexion et le fait que l’existence vécue a du sens.


Comment expliquer cette contradiction ? Et surtout quelle est l’origine du sens que nous trouvons à exister?



A/ Comment expliquer la contradiction ?


Elle naît de deux choses :


1/ Du fait que l’existence n’est pas un objet qu’on puisse comprendre par la réflexion rationnelle : Kierkegaard (1813-1855) « Penser l’existence c’est la détruire en tant qu’existence ».


a) Réflexion = prise de distance. Exister c'est immédiat. On ne peut réfléchir à l’existence qu’en suspendant le mouvement de l’existence.


Exemple : si je vais au cinéma voir un film d’horreur, mais que je réfléchis en permanence aux procédés de mise en scène de l’horreur, je n’éprouve aucun effroi.



b) L'existence est irrationnelle : absurde et irréductible à la raison. La raison a pour but d'expliquer ou de démontrer. Or l'existence ne s'explique pas et ne se démontre pas: elle se constate, parce qu'elle est un fait.


Kant, Critique de la Raison Pure « L’existence n’est pas un prédicat réel » (qui appartient aux choses elles-mêmes). Dans le contexte du problème de la démonstration de l’existence de Dieu.


La critique de la preuve ontologique de Anselme de Canterbory :


« Il serait contradictoire qu’un être parfait n’existât pas » etc.



Donc l’existence n’est pas faite pour être pensée, mais pour être vécue, et la seule manière de la comprendre c’est de décrire concrètement ce que cela signifie qu’exister, comment nous existons et non pas pourquoi.



2/ De l'ambiguïté du terme raison


Exemple : quel est a raison de ta visite = soit quel est son motif; soit quel est son mobile. Le motif = la raison intellectuelle : je suis venu te demander de l’aide; soit le mobile c’est-à-dire ce qui pousse, ce qui incite à faire quelque chose, la cause plutôt que la raison (je suis venue parce que j’avais envie de te voir).


L’existence est sans motif, mais elle n’est pas sans mobile (Il n'y a pas de motif à l'existence, mais il y a des mobiles dans l'existence). L'existence implique forcément des mobiles. Toute existence a des mobiles, c'est à dire que nous poursuivons des buts qui donne sens à notre existence.


Quelle est alors l’origine de ces mobiles ?


B/ Est-ce la conscience ?


C'est la thèse de Sartre. Pour lui exister c'est forcément être engagé dans un projet qui donne sens à notre existence du fait de la nature intentionnelle de la conscience.


1/ Exister c’est être engagé



Engagement : sens courant : prise de position politique, lutte pour une cause ; ce qui fut le cas par excellence de Sartre. Mais l’engagement est chez lui d’abord une nécessité philosophique liée au fonctionnement de la conscience avant d'être un choix politique. Il faut prendre originellement l'idée d'engagement au sens physique du mouvement par lequel un être est tourné vers ou être tendu vers un but. C'est en tendant à un but auquel, par cette tension, nous attribuons une valeur que nous donnons nécessairement du sens à notre existence.



Exemple : être élève c'est choisir de faire exister le projet de s'instruire ou de passer le bac (c'est opter pour ce projet); on pourrait être plutôt salarié (vie active dit-on) ou voyageur ou de travailler dans l'entreprise familiale ou de vivre aux frais de ses parents etc. Dans tous les cas, nous serons bien quelque chose, dans une certaine situation, donc engagé dans un certain projet.


On voit que l'idée d'engagement n'a pas d'abord un sens politique (Pascal disait en référence à la nécessité du pari : "nous sommes embarqués")


Et bien cette nécessité pour toute existence d'être un engagement tient son origine de l'intentionnalité de la conscience.


2. L’intentionnalité de la conscience



Exemples : 1° : essayons de faire le vide dans notre esprit (de coïncider avec soi) : impossible : notre conscience tend spontanément à quelque chose. 2° : « A quoi penses-tu ? A rien." Nous mentons car la conscience n'est jamais vide, elle a toujours un objet, elle n'existe qu'en relation, en visant un certain objet : penser c'est toujours penser à, percevoir c'est toujours percevoir que, imaginer, concevoir, vouloir etc.


«Toute conscience est conscience de quelque chose. La conscience n'a pas de «dedans»; elle n'est rien que le dehors d'elle-même et c'est cette fuite absolue, ce refus d'être substance qui la constituent comme une conscience."



Substance : ce qui existe en soi par soi (cad qui n’implique pas de relation à autre chose que soi). La conscience n'est pas substance, c'est-à-dire qu'elle n'existe qu'en relation à autre chose qu'elle même, cad "en visant" un objet, en s'arrachant vers etc. (voir l'article Une idée fondamentale de la philosophie de Husserl : l'intentionnalité, Situation, I)


Synthèse sur Sartre : La compréhension de l’existence montre qu’il est impossible qu'elle n'ait aucun sens puisque à la racine de l'existence il y a ce mouvement de la conscience qui nous conduit à nous projeter vers une fin, à assumer un projet auquel dont on affirme la valeur et qui donne sens à notre existence. (Par exemple être un élève de terminale c’est faire exister, le projet de passer le bac. Et la valeur que nous accordons à ce projet se comprend à l'attitude qui est la notre vis-à-vis de lui ("pas d'amour, seulement des preuves d'amour"). Pour Sartre, l'existence singulière a donc nécessairement un sens qui lui est immanent du fait de la nature intentionnelle de la conscience.



3. Les limites de la thèse de Sartre


Elle ne rend pas compte des situations où tout sens a déserté l'existence concrète, vécue : des situations où tout nous est indifférent, où rien n'a d'intérêt, de sens, ou l'existence tout entière paraît frappée de vanité.


L’ennui, (le Spleen de Laforgue ou de Baudelaire) comme expérience du vide existentiel.


La dépression dont le tableau clinique est "nihiliste" : le sujet éprouve une indifférence à tout, ne trouve de sens à rien, n'attribue de valeur à rien.


Les états d’abattement ou d’épuisement dû à la tension, au harcèlement, au stress répété, dans lesquel le sujet perd tout horizon, se sent pris, englué dans sa situation. Exemple : la terreur sous Staline: est-ce que le sujet peut se situer librement par rapport à ces états?


Or le signe clinique de la dépression où la cause de l'ennui et de son désert de sens c'est soit l'effondrement soit l'absence du désir.


Or les affects ont leur origine dans ce qui affecte le corps.


L'origine de nos raisons de vivre se trouve-t-il pas alors dans le désir plutôt que dans la conscience?



C/ N'est-ce pas plutôt le désir?


Ce sera le cas si le désir doit être reconnu comme étant à la source des buts de notre existence et de la valeur qu’ils ont pour nous.


Pour savoir si c’est le cas, il faut résoudre le problème de la nature du désir.



Ce problème on en trouve trace dans les termes désir qu’on consacre traditionnellement au désir : désir vient du latin desiderare qui étrangement signifie regretter, être désolé ; il est de même même étymologie que « désastre » cad littéralement (des-aster) la "perte de l’étoile". Comme si à travers le désir s’exprimait la nostalgie d’un paradis perdu, dont on est en quête à travers le désir, qu’on chercherait à retrouver. Un état de plénitude, de complétude, que le désir aspire à ressuciter.


Cette idée du désir s'oppose à celle d’appétit ou d’appétence du verbe apetare, tendre à quelque chose, avec tout ce que cela suppose d’énergie, de mobilisation de soi, de tension positive.


Donc : le désir est dans son essence un état de manque ou bien une force productrice qui nous pousse à agir et à créer? Qu'est-ce qui est premier dans le désir : le manque ou bien l'impulsion, la poussée productrice?



1. Le désir est-il un « désastre » ?


Partons de quelques exemples : j’ai envie de boire un coca / j’ai envie de manger des cerises fraîches / j’ai envie de la femme de mon prochain.


Le désir se présente d’abord comme la tendance consciente qui nous pousse vers un objet au motif de la satisfaction qu’il peut nous procurer.



On voit par là que le désir est différent du besoin en dépit d’une similitude : l’expérience du manque. Boire quand on a soif est un besoin, vouloir un coca de préférence à tout autre chose est un désir. Avec le besoin on est dans l’ordre du nécessaire, avec le désir dans l’ordre de ce qui est contingent. On ne peut mourir de soif, pas de ne pas voir satisfait son désir de coca. On ne boit pas un coca parce qu’on a soif, mais parce qu’on a envie de la saveur qu’il a. En outre le besoin est limité : il trouve un terme avec la satisfaction de ce besoin, alors que le désir est illimité : l’envie d’une chose dépasse le besoin qu’on a de cette chose (exemple : manger des cacahuètes à l’apéritif) : la quête érotique de Don Juan ne s'épuise avec aucune femme; Don juan n’en a jamais fini de séduire des femmes.


On voit aussi que le désir est distinct de la volonté. La volonté suit la réflexion (la délibération) et elle se règle sur la raison : elle est rationnelle, raisonnable, réaliste. Ce qui n'est pas le cas du désir, qui est impulsif, qui n'est pas réglé sur la raison raisonnable : est-ce bien raisonnable d’avoir envie de cerises fraîches en hiver ? Ou de désirer la femme de son prochain ? On veut seulement ce qu’on sait être possible ou souhaitable, tandis qu’on peut désirer ce qui est impossible, déraisonnable ou condamnable (surtout d’ailleurs ce qui est condamnable). Le désir ne connaît pas de lois (pensez à la Carmen de Bizet)


Par là on voit que le désir exprime la dualité et la duellité du corps et de l'esprit : il trouve sa source dans le corps, il est une force impulsive qui s'oppose au recommandation de l'esprit, qui tend à le dominer. ("je vois le bien et je l'approuve, pourtant je fais le pire."


/


Si le désir est tout cela alors on peut voir à quel point il est un « désastre », dans les deux sens du terme : il est funeste, source de catastrophe et dans le sens étymologique, où est la trace d'une perte, l'aspiration à retrouver une plénitude.


D'un point de vue moral


Le désir est une puissance amorale qui peut détourner l’homme des fins raisonnables que lui fixe la morale ou qui peut l’entraîner dans des aventures funestes : on attend d'un homme qu'il soit un individu fiable, un citoyen responsable etc. Pas qu'il détruise sa famille ou ses amitiés pour une aventure sans lendemain.



D'un point de vue existentiel


Le désir est une tendance donc aussi un état de tension, ce qui est incompatible avec la perpective d'un contentement durable, véritable qui suppose la sérénité, la tranquillité d’âme.


Mais surtout il nous confronte aux limites de notre condition, à notre finitude : nous n’aurons pas le temps ni la capacité de satisfaire tous nos désirs : Toutes ces femmes que vous n’aurez pas…! Tous ces lieux que vous ne verrez pas ! toutes ces choses que vous ne ferez pas! et mesurez l'infinités de nos frustrations.

De ce point de vue il est l’expression de la misère (au sens pascalien) de la condition humaine.


/


C’est pourquoi l’éthique s’est souvent pensée dans l’horizon d’un dépassement du désir qu'il faut soit surmonter soit abolir.


Platon (-427-348) dans Le Banquet (le désir est un état de séparation, il est donc en fait désir de coïncidence, cad de dépassement du désir). Ainsi le désir est désir du plus désirable des objets, l'état de sagesse. Ce que les hommes cherchent à travers leurs désirs, qui sont comme des tentatives maladroites, c’est la sagesse : la vérité du désir réside dans son dépassement comme sagesse. De même : à travers l’amour érotique des beaux corps (de jeunes hommes bien sûr) c’est à l’amour du beau que nous sacrifions.


Epicure (-342-270) : ce qui est désirable absolument, le désirable en soi, c'est le bonheur comme état d'ataraxie. Nous désirons le bonheur, qui est « ataraxie ». Or le désir est une agitation de l'âme et du corps. Donc ce qu'on désire le plus c'est la cessation de l'état de cet état de manque qu'est de désir. Ce que nous désirons, c’est à cesser enfin de désirer. (du faire à l'être, être enfin sans rien faire)


Celui qui l'a exprimé dans sa forme la plus saisissante la thèse du désir comme manque, c'est Schopenhauer (1788-1860) :


« Tout désir naît d'un manque, d'un état qui ne nous satisfait pas ; donc il est souffrance, tant qu'il n'est pas satisfait. Or, nulle satisfaction n’a de durée ; elle n'est que le point de départ d'un désir nouveau. [...] Déjà, en considérant la nature brute, nous avons reconnu pour son essence un effort continu, sans but, sans repos ; mais chez la bête et chez l'homme, la même vérité éclate bien plus évidemment. Vouloir, s'efforcer, voilà tout leur être ; c'est comme une soif inextinguible. Mais que la volonté vienne à manquer d'objet, qu'une prompte satisfaction vienne lui enlever tout motif de désirer, et les voilà tombés dans un vide épouvantable, dans l'ennui; leur existence leur pèse d'un poids intolérable. La vie donc oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui. »



Si le désir est dans son essence un état de manque, on ne voit pas comment on pourrait soutenir qu’il est à la source de nos raisons de vivre. Mais le manque est-il premier dans le désir?



2. Le désir n’est-il pas plutôt l’appétit de vivre ?


Examinons le point : si le désir est la tendance commandée par le manque d'un objet, alors c'est la conscience de la valeur de l'objet qui fait naître le désir. Est-ce que c'est le cas?


Exemple : Suffit-il que je vous dise que la philosophie est une chose merveilleuse, ou Flaubert un grand écrivain pour que vous vous mettiez à vouloir les lire?


De même : Le corps de l'autre est-il désiré parce qu'il est désirable? Et la sagesse? Le bonheur?


Non : ils ne sont désirables et donc n'ont sens et valeur pour nous que s'ils sont pris dans un mouvement de désir. C'est donc bien l’appétit (l'impulsion, la poussée désirante) qui est premier et qui est à l'origine des buts et de la valeur que nous leur attribuons : le désir ce n'est pas d'abord la conscience d'un manque mais la poussée, la force inconsciente qui nous pousse vers des objets.


Spinoza (1632-1677)


On peut résumer sa conception du désir dans deux énoncés :


a) "Le désir (appétit) est l'essence de l'homme."


b) "Ce n'est pas parce que nous jugeons bonne une chose que nous la désirons, c'est parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne".


 

Mais attention aux malentendus, qui viennent du préjugé favorable associé au mot désir et au sens qu’il a pour Spinoza.


a) On appelle habituellement désir la tendance consciente qui nous pousse vers un certain objet. Mais pour Spinoza le désir est primitivement l’appétit c'est-à-dire l’impulsion primitivement inconsciente qui pousse chaque individu à rechercher ce qui lui est utile suivant sa nature propre : (un carnivore désire de la viande, un herbivore de l’herbe, un petit enfant l’attention de ses parents, un ambitieux le pouvoir, une coquette une jolie parure, tout individu la considération d’autrui etc). Le désir englobe donc l’ensemble des affects (amour, colère, envie, peur, stupéfaction, ressentiment, enthousiasme, l’orgueil, l’admiration, la pitié, la tendresse, l’indignation etc : tous les formes du sentiments ou de l’émotion avec leur intensité variable) cad des manières dont nous exprimons (« réagissons ») à l’influence de la réalité (« l’Homme n’est pas un empire dans un empire »).


b) Spinoza ne fait pas l’éloge du désir ; il ne nous demande pas de céder à toutes nos impulsions. Il se borne à constater que le désir est le principe du comportement humain (essence) et donc de sa compréhension, que les conséquences en soient bonnes ou mauvaise (dépouiller un enfant par désir de posséder son ipod n’est pas bien dirait Spinoza). C’est alors une manière d’affirmer que l’homme n’est pas un pur esprit, mais qu’il a aussi un corps, qu’il en enveloppé par la réalité (il est partie de la nature), et qu’il n’est pas d’abord un être rationnel qui se définit par l’autonomie de la conscience, mais un être dont le soubassement impulsionnel est à l’origine de ce qu’il fait, de ce qu’il pense et de ce qu’il décide (une éthique est forcément une philosophie du désir).


L'essence = c'est ce qu'est une chose fondamentalement. Pour Spinoza l'essence d'un être se connaît à la manière particulière dont il agit ou opère durant le temps de son existence. Or tout être tend naturellement à rechercher ce qui lui est utile pour maintenir et amplifier son existence (tout être tend naturellement à rechercher les moyens de son affirmation) : le nourrisson tend naturellement à rechercher le lait maternel, l'homme la sécurité et le plaisir que lui procure la compagnie de ses semblables etc. S nomme appétit cette impulsion primitive; lorsque cet appétit atteint un certain seuil d'intensité, il devient conscient, c'est ce qu'on nomme le désir, qui est alors la conscience du manque d'un certain objet.



b) Spinoza exprime ici la véritable logique du désir. Le jugement est une opération intellectuelle qui sert la connaissance. Or il ne suffit pas d’apprendre ou de prendre conscience de la valeur d’une chose pour rechercher cette chose, lui accorder de la valeur. Par exemple bonheur est une chose importante, essentielle même, mais dont la perspective laissera indifférent le déprimé (le mélancolique dirait Spinoza). Ce qui montre que les choses ne sont pas désirables en elles-mêmes, elles n’ont pas de valeur pour nous, elles ne nous intéressent pas, avant d’être prises dans une impulsion, un mouvement de désir. Ce qui démontre aussi que le désir n’est pas à l’origine un état de manque, la marque d’une insuffisance de la condition humaine qui, comme tels, devraient être dépassés. Il est à l’origine impulsion, vitalité, force puissance, et il est l’origine de toute évaluation (de toute attribution de valeur).



Remarque finale : Spinoza nous oblige a) à réévaluer l’importance du corps ; b) à considérer d’un regard soupçonneux la conscience (nos désirs, nos projets, ne commencent pas avec la conscience que nous prenons d’eux, ne trouvent pas leur origine dans la conscience). Or c’est parce que nous sommes des êtres conscients que nous mettons en question l’existence, que nous doutons de sa valeur, de sa raison d’être.



Transition : nous savons maintenant d'où l'existence vécue tient son sens : non de la conscience, mais du désir car nos raisons de vivre ne sont pas d'ordre intellectuel mais de l'ordre d'une vitalité qui prend source au sein de ce qui anime, le corps. Dans ce cas, ne faut-il pas discuter la place centrale que nous attribuons spontanément à la conscience, puisque c'est cette faculté qui nous fait mettre en question l'existence? N'est-elle pas la source d'une illusion, plutôt que le moyen d'une connaissance de l’homme et de sa condition?

Par Caute!
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Dimanche 11 janvier 2009

DEVOIR SUR LE PROPOS DE NIETZSCHE DANS SON ŒUVRE VERITE ET MENSONGE AU SENS EXTRA-MORAL


1/ Rendez-compte synthétiquement du propos de Nietzsche dans les passages que nous avons expliqués en utilisant le modèle : problème / thèse / argumentation (veillez à ordonner logiquement les arguments).

2/ Expliquez le dernier paragraphe. L'explication sera brève mais conforme à la méthode de l'explication de texte pour les devoirs de type bac.



SYNTHESE



Nietzsche commence par se poser le problème de l’existence de la vérité. Il y répond en affirmant que la vérité est une illusion puisque la connaissance vient de l’intellect, que cet intellect n’est utile qu’à l’homme, et qu’ainsi l’homme crée l’illusion de la vérité en pensant être le seul à posséder cet intellect, ce qui est faux [on pourrait faire des allusions précises au texte, à la fable en particulier ; on pourrait parler du caractère anthropomorphique et anthropocentrique de la représentation humaine ; que cette illusion de la vérité trouve son paroxysme avec la philosophie]


Cela amène l’auteur à se demander si l’homme a [véritablement] un amour de la vérité et si son comportement en témoigne. Nietzsche affirme le contraire en nous démontrant que l’intellect n’est qu’un moyen de survie, un substitut à la faiblesse de l’homme, et non une faculté de connaissance ; que s’il aimait sincèrement la vérité, il ne rêverait pas [il combattrait ce penchant] ; qu’il ne veut savoir ni ce qu’il est ni qui il est, car il oublie son corps tant il regarde sa conscience [tant il est aveuglé par sa conscience, ce qui l’amène à ignorer cet obscur soubassement qu’est le corps].


Nietzsche en arrive donc à se demander quelle est l’origine de la vérité et quel effet cela produit sur les hommes. Il affirme que la vérité est rendue possible et tient son origine du langage, puisqu’elle correspond à l’origine à l’emploi correct des désignations conventionnelles inventées par les hommes : les mots [il vaudrait mieux parler de l’origine de la croyance dans la vérité, pour éviter l’ambiguïté du propos] Il ajoute que le menteur ne transgresse aucune règle morale [absolue], mais seulement les conventions linguistiques et que l’homme ne condamne le mensonge qu’en fonction des conventions et de sa nuisibilité [incorrection : de son caractère nuisible, de la nuisance etc] à la vie ; et qu’il n’aime que les vérités qui concernent la vie [passage faible : le mensonge n’est condamné qu’en fonction des intérêts de la société et seulement dans cette mesure. Ce n’est donc pas le mensonge en soi qui est condamné ; de même la vérité n’est recherchée et appréciée que si elle fortifie les intérêts vitaux ; elle est rejetée, ou ignorée dans le cas contraire].


Nietzsche en vient donc à se demander si le langage peut être l’expression adéquate de toutes les réalités. Il affirme que l’homme croit atteindre la vérité grâce à sa faculté d’oubli, et ajoute que les mots ne correspondent pas exactement au choses [les mots n’exprime pas adéquatement les choses] ; car le créateur des mots procède métaphoriquement et non logiquement [le langage n’a donc aucune valeur ontologique ; il n’est pas « logos »]. Il s’appuie aussi sur la multiplicité des langues pour démontrer la fausseté des mots. En effet, selon lui, si l’adéquation était possible, nous n’aurions qu’une seule langue, universelle et nécessaire, qui serait la langue de la vérité. Il prend aussi l’exemple [le lien est chronologique, il devrait être logique : Afin d’être bien compris, Nietzsche prend l’exemple...] d’un homme sourd de naissance qui provoquerait le rire en affirmant connaître avec certitude le son à partir des données visuelles des expérience acoustiques de Chaldni dans le sable. Dès lors selon Nietzsche l’homme de la rue comme le philosophe bâtissent sur du sable lorsqu’il croit exprimer la réalité dans son discours.


Cela conduit l’auteur à penser complètement le problème du langage et donc à poser le problème [de la validité] des concepts : les concepts correspondent-ils à la réalité [mieux : les concepts renvoient-ils à un objet à l’extérieur de l’esprit ou bien sont-ils seulement des représentations que l’esprit forme ?] Nietzsche affirme que les concepts falsifient la réalité car selon lui ils viennent des mots en tant que termes généraux ; ils n’ont donc de réalité que verbale, puisque ce sont des généralités alors que le réel n’existe que sous la forme de l’individuel. Il affirme aussi [mieux : De même...] que les concepts moraux trahissent la réalité de l’action. Pour lui l’honnêteté d’une homme n’est pas la cause de son attitude honnête car l’honnêteté est une généralisation (un concept) et non une connaissance de l’essence et de l’origine de l’honnêteté. [En effet] ce concept est issu de la généralisation d’une diversité hétérogène d’actions ; et on ne peut associer ce concept à l’identité d’un homme à titre de qualité essentielle. De ce fait on fausse l’identité de l’homme et la réalité [des motifs] de son action. Dès lors l’auteur affirme que les concepts sont des facteurs d’erreur et d’illusion car pour lui il n’existe aucune réalité générale dans la nature ; nous n’avons donc pas connaissance de l’en soi de la réalité, au point que même l’opposition employée par Nietzsche de l’individuel et du général est dite par lui anthropomorphique.



EXPLICATION DU TEXTE 8 : “Qu'est-ce donc que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d'anthropomorphismes, bref, une somme de relations humaines qui ont été poétiquement et rhétoriquement faussées, transposées, ornées, et qui, après un long usage, semblent à un peuple fermes, canoniales et contraignantes : les vérités sont les illusions dont on a oublié qu'elles le sont, des métaphores qui ont été usées et qui ont perdu leur force sensible, des pièces de monnaie qui ont perdu leur empreinte et qui entrent dès lors en considération, non plus comme pièces de monnaie, mais comme métal . » Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral.”




Nietzsche est un auteur qui jette un regard profondément désillusionné sur la vie et ce qui l’entoure. Dans son oeuvre Vérité et mensonge au sens extra-moral il expose sa théorie en ce qui concerne la vérité. Ici nous nous intéresserons à la réponse finale qu’il donne à son questionnement initial : la vérité existe-t-elle ?

Ainsi, pour Nietzsche, que représente la vérité ? Qu’en est-il vraiment à son sujet ?


L’auteur débute son propos par la phrase « Qu’est-ce donc que la vérité ». Il semble alors reprendre le problème général auquel il a tenté de répondre tout au long du texte, mais la conjonction de coordination « donc » signifie qu’ici le philosophe ne cherche plus à démontrer, il affirme. Nietzsche va donc nous dire ce qu’est réellement la vérité, il va synthétiser ses arguments passés. Dans une [longue] période, Nietzsche nous donne sa [la] définition de la vérité [un peu insuffisant : il en dévoile l’exacte nature ; le « donc » de la question qui ouvre le passage exprime en effet l’intention de faire de bilan de l’analyse critique de la volonté de vérité (plus que de la vérité elle-même) qui a précédé. L’auteur va donc exposer synthétiquement l’essence de ce que nous nommons « vérité »].

Il la caractérise comme « une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d’anthropomorphismes ». L’expression « multitude mouvante » exprime l’idée d’un grand nombre d’images, de choses abstraites [de représentations figurées, d’images] qui changent avec le temps, ne sont pas stables, sont en devenir : les métaphores, les métonymies évoluent avec le temps et continuent de fausser le réel [toutes ces représentations faussent donc la réalité, d’une part en tant qu’elles sont des images -et des images de substitutives, qui expriment dans un autre registre ce qu’on échoue à exprimer directement, adéquatement- ; d’autre part en tant qu’elles se modifient au cours du temps : elles n’ont ni l’exactitude ni la stabilité qu’on suppose à la vérité].

En effet, une métaphore substitue la signification d’un mot par un autre qui se rapporte au premier en vertu d’une analogie, d’une ressemblance implicite ; une métonymie fait de même avec des concepts [le lien étant cette fois de contiguïté] et l’anthropomorphisme est le fait d’attribuer aux objets ou aux animaux des caractères propres à l’homme. On comprend dès lors que Nietzsche ne va pas nous dire ce qu’est la vérité objective, mais ce qu’est la vérité entendue par les hommes. Par sa question « qu’est-ce donc que la vérité » Nietzsche nous laisse présager qu’on va savoir quelle est la nature réelle de ce que les hommes nomment « la vérité » qu’ils entendent par là le savoir absolu ou la représentation adéquate.

La « vérité » est donc selon Nietzsche la condensation de très nombreuses erreurs humaines : erreurs de perceptions, de langage etc. Le mot « Bref » signifie que l’auteur ne souhaite pas s’étendre sur tout ce qui fausse le réel, la liste en serait sans doute trop longue. La vérité est donc « une somme de relations humaines » c’est-à-dire un ensemble de comportements humains qui ont été par ailleurs les sources de la création de la vérité. Nietzsche reprend ici le thème de l’anthropomorphisme de toutes les représentations humaines : nous prenons pour vérité ce qui est à l’origine une expérience sensorielle singulière exprimée dans les formes de notre représentation. Car ces relations on été « poétiquement et rhétoriquement faussées, transposées, ornées » [ici le rôle du langage et de ces métaphores....].

Cette énumération montre que pour l’auteur la vérité n’a aucune valeur car elle s’est trop éloignée du réel à cause des hommes [passage ambigu, où l’idée est mal cernée : cet éloignement n’est pas un accident malheureux, il n’est pas la conséquence du passage du temps, il est l’expression de l’impossibilité de principe d’exprimer adéquatement les choses dans les formes du discours ou de la pensée discursive ; le temps n’aura fait qu’aggraver les choses]. Les « relations humaines » passées se sont perpétuées, les inventions faites il y a fort longtemps nous apparaissent aujourd’hui comme des vérités, et ainsi nous plongeons dans l’illusion. La vérité a été inventée par les hommes [et tout ce que nous tenons pour vrai, absolu, intemporel, sacré] mais les années [les siècles, les millénaires !] ont passé et actuellement nous croyons qu’elle reflète la réalité, parce que nous en avons oublié l’origine.

Ainsi après un « long usage » les créations passées des hommes nous paraissent-elles « fermes, canoniales et contraignantes » ; tout ceci grâce à notre capacité d’oubli [l’insertion de la citation et la référence au texte sont maladroites ; les termes cités doivent être analysés, au moins éclairés, notamment « canoniale » : elles servent de règle de jugement, elles ont l’autorité de l’éternellement vrai ; de même « contraignantes » qui expriment que l’individu est forcé de tenir pour vraies certaines représentations, tant à cause de la société –qui énonce et inculque le sacré- que par le langage lui-même, qui impose son lexique, sa grammaire et ses catégories, imposant au locuteur une certaine représentation du monde]. Aussi comprend-on que Nietzsche en vienne finalement à résumer sa pensée dans l’idée que « les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont ». Par là il tient aussi à nous rappeler le caractère métaphorique de toute nomination, qui, couplée à l’effacement des origines consécutif à l’oubli des temps immémoriaux des premiers expériences signifiantes de l’être humain, produit l’illusion de la permanence et de l’irréfragabilité des « vérités ». Les métaphores initiales ont en effet « été usées », elles ont « perdu leur force sensible » c’est-à-dire cette frappante nouveauté des images fortes qui était la marque de l’expérience sensorielle qui leur a donné naissance et qui seront fixés dans le mot comme support du souvenir (nous disons "amour" ou "haine" : qui sait les émotions extrêmes qui ont présidé initialement à la naissance de ces mots ?). D’où la comparaison que fait Nietzsche en clôture son raisonnement avec les pièces de monnaie : nos vérités sont « des pièces de monnaie dont l’effigie s’est effacée » c’est-à-dire des pièces de monnaie qui a force de circulation, de passer de mains en mains ont perdu l’empreinte initiale de la frappe du marteau –métaphore de la force des expériences marquantes ; si bien qu’ « elles ne valent plus que comme métal » qu'elles n’ont plus la valeur singulière que leur conférait leur empreinte, mais seulement le peu de valeur de la matière première banale qui les compose. Ainsi vont les "vérités", ces généralités lisses, oublieuses du réel sensible qui leur a été un lieu de naissance et qui ne font plus résonner que l’écho toujours plus assourdis des expériences sensorielles et corporelles dont elles proviennent.


Ainsi se trouve donc dévoilée, pense Nietzsche, la nature réelle de ce que nous nommons la vérité : non pas la connaissance de l’en soi des choses, privilège de l’intellect humain et signe de son élection ; mais cet éclat pâlissant des expériences sensorielles et corporelles à travers lesquelles seulement nous saisissons le réel. Enfermé dans la prison de ses images et de ses mots, l’homme discursif, le penseur, le théoricien, bâtit une cathédrale conceptuelle aussi complexe et fascinante qu’elle est illusoire.

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Dimanche 11 janvier 2009

QUELQUES ECLAIRCISSEMENTS SUR LA PENSEE DE NIETZSCHE


N est un penseur matérialiste, un penseur de l'immanence. En matière de science, on pourrait le rattacher à une position nominaliste.


Matérialisme et idéalisme/finalisme

Immanence et transcendance.

Nominalisme et réalisme.


LE CONFLIT DE L’EVOLUTION DES ESPECES ou plus généralement : Y A-T-IL UN ORDRE DANS LA NATURE ?


Mise en scène du problème : un observateur E.T est envoyé sur terre et a pour mission de dresser un rapport sur les faits remarquables. Il prélève comme échantillons : un cristal (un polyèdre), un réveil mécanique, une grenouille : ce sont autant de phénomènes remarquables pour notre E.T car ordonnées, agencées, organisées, finalisées.


La questions qu’on peut se poser en chaque cas : d’où vient cette organisation ? Quelle est son origine ?


Le cristal = les lois de la natures, l'action des forces naturelles, nécessaires mais aveugle : pas d’intention, seulement la nécessité naturelle.


Réveil = artefact; donc l'intelligence et le travail de l'homme.


La grenouille? Cela ressemble au réveil : un organisme, cad une structure organisée complexe, un ensemble de fonction coordonnée ; mais c’est profondément différente : les organes ne sont pas comme les pièces du réveil : il existent non pas seulement l’un par rapport à l’autre dans des relations de causalité, mais l’un pour l’autre dans des relations de finalité. Comme si circulait dans cette organisme une force organisatrice et formatrice et non une simple force motrice. La preuve : la destruction de l’un entraîne la destruction de l’autre (si je détruit le foie de la grenouille, la grenouille meurt ; si je retire le ressort du réveil...). Il semble qu’il soit impossible d’expliquer le fonctionnement de la grenouille comme on explique le fonctionnement du réveil (Kant : impossibilité d'un "Newton du brin d'herbe": pour expliquer même un simple brin d'herbe, on ne peut se référer à l'action mécanique et aveugle des lois de la nature). Il semble qu’il faille penser la grenouille de manière analogique avec le réveil : en lui supposant un créateur... !


Voilà donc notre problème : pour expliquer la grenouille, et tous les êtres vivants, faut-il faire référence à l'action des causes naturelles, qui est aveugle (sans intention), donc au hasard radical, ou bien sommes-nous obligés de postuler l'action d'une intelligence organisatrice qui ordonne la matière ?

Dans le premier cas nous avons une explication immanente de l’apparition et de l’évolution du vivant : c’est la thèse matérialiste, celle la philosophie implicite des évolutionnistes ; dans le second cas, une explication par l’action d’une cause transcendante : c’est la thèse finaliste des créationnistes qu’on peut résumer ainsi : Dieu, La Bible vs Darwin. Mais Dieu = auteur de ce qui est, garant des valeurs : donc tout ce qui est, et non pas seulement le vivant. C’est pourquoi on peut donner à ce conflit la formulation plus générale : Y a-t-il un ordre dans la nature ?


Matérialisme : doctrine pour laquelle il n’existe que des phénomènes matériels qui s’expliquent causalement par l’action nécessaire mais inintentionnelles des lois de la nature.


Finalisme ou téléologie ou doctrine des causes finales : doctrine qui affirme que tout ce qui existe naturellement doit son existence à l’action d’une intelligence organisatrice et doit se comprendre comme le produit d’une intention (tout être à sa raison d’être ; la nature ne fait rien en vain).


Idéalisme (idée) : doctrine qui affirme que la réalité est d’essence intellectuelle et non matérielle. La théorie des Idée de Platon est un idéalisme puisqu’elle affirme que la réalité sensible ne peut exister et se comprendre que par sa relation à la réalité intelligible.


L’Immanence : « immanent à » signifie « lié à » ou « contenu dans » ; une explication est immanente lorsqu’elle cherche la raison d’un phénomène au même niveau que ce phénomène. Dans la perspective de l’immanence, les phénomènes matérielles qu’elles qu’ils soient s’expliquent par des causes matérielles.


Transcendance : transcendant signifie « au-delà de » ; c’est le contraire d’immanent. Une explication est transcendante lorsqu’elle cherche la raison des phénomènes au-delà des phénomènes (ex : expliquer le monde par Dieu).


Créationnistes : ceux qui pensent qu’un acte de création est seul à même d’expliquer l’existence de l’univers, de la nature et des êtres vivants qui la peuplent. Degrés : les plus fanatiques nient l’évolution : Dieu a créé les espèces telles que nous les connaissons. Les plus subtils acceptent l’évolution et l’explique par la théorie du « dessin intelligent », ce qui est la version moderne et “high tech” du finalisme.

 

Evolutionnistes : ceux qui pensent que l’apparition et la modification au cours du temps des êtres vivants sont le résultat de l’action de causes naturelles. Darwin et Lamarck.


Théorie de Lamarck (inventeur de l’évolutionnisme) et de Darwin (évolution par sélection naturelle) ; comme D a eut raison contre L, évolutionnisme = darwinisme et néo-darwinisme (apport de la génétique).


Sont donc en présence une explication immanente du vivant (évolutionnisme) et une explication par l’action d’une transcendance (créationnisme).


NB : Un conflit, parce qu’au USA c’est un débat passionné ; les créationnistes exigent que la création soit enseignée à l’égal de la théorie de l’évolution, donc que la croyance religieuse et la science soient sur ce point mise sur un pied d’égalité. Ou bien revendiquent pour la théorie de l’intelligent design le statut d’une théorie scientifique.



Quelle est la solution à ce conflit et quelle serait la position de N ?


L’explication finaliste est erronée, l’explication créationniste carrément sans fondements rationnels, voire carrément irrationnelle (relève de la foi, voire de l’aveuglement et du fanatisme).


On le montre a) par des arguments scientifiques liés à la connaissance des mécanismes de l’évolution b) par des arguments philosophiques liés à une réflexion sur la notion d’ordre.


Les arguments scientifiques


Evolution = sélection des individus par les variations des conditions naturelles + mutations aléatoires : un ensemble de mécanismes sans but, sans intentions. (sélection et mutation sont les deux mamelles de l’évolution). Fausseté aussi du lamarckisme (théorie de l’évolution par l’adaptation) parce que les caractère acquis ne se transmettent pas à la descendance. Ne confondons pas les conséquences et les causes, ne mettons pas les points d’arrivée au point de départ !

 

D’où la fausseté du finalisme et de sa version comme « intelligent design « : la nécessité aveugle, le hasard « gouvernent » l’évolution des espèces vivantes.


Bref, l'explication du vivant est immanente aux éléments et aux « lois » qui composent la nature, elle doit être recherché dans les facteurs et les conditions naturelles, non à l'extérieure de la nature, dans un principe transcendant.


Mais alors comment expliquer l’apparence d’harmonie des écosystèmes, la parfaite adéquation des espèces à leur milieu, la parfaite complexion des organismes et des organes à leur fonction etc ? Là il faut examiner les arguments philosophiques.


Les arguments philosophiques


Bergson : « le désordre, c’est l’ordre que je ne cherche pas » : le désordre n’est dans les choses, il n’a pas d’existence objective, absolu. C’est seulement par rapport à une intention, à un usage qu’on parlera de désordre. Exemple : une bibliothèque n’est en ordre ou en désordre que relativement à l’usage qu’on souhaite en faire, selon qu’on est un intellectuel ou un amateur de littérature...c’est relativement à l’usage que j’en fais, l’intention qui est la mienne...

Il en va de même de l’ordre : il n’est pas dans les choses, mais dans l’intention humaine, dans le rapport humain aux choses… à nouveau l’anthropomorphisme…


Donc les idées d’ordre ou de désordre appliqués à la nature sont erronées, elles relèvent de l’anthropomorphisme.


SPINOZA, la critique de l’illusion finaliste dans Ethique I appendice : comme les conditions de la vie humaine sont réunies, on les suppose intentionnelles etc.


On renverse l’ordre de la cause et de l’effet ; on voit de l’ordre de l’harmonie par projection et illusion rétrospective :


RETOUR SUR LA NATURE, L’EVOLUTION

L’illusion de harmonie naturelle, ou de la perfection des organismes : la sélection joue comme un tamis : les espèces qui ne s’adaptent pas disparaissent, seules demeurent celles dont les aptitudes leur permettent la survie. Ces aptitudes ne sont pas remarquables antérieurement aux conditions qui les rend nécessaires ou utiles.


Donc l’ozone n’est pas dans l’atmosphère pour que la vie soit possible, mais de sorte que la vie est possible. Il y a de l’ozone, et il y a de la vie, mais personne n’a voulu, personne n’a agencé intentionnellement ces conditions. Cela ne devient remarquable qu’avec la vie, rétrospectivement. De même, l’œil n’est pas fait pour voir, mais de sorte qu’une vue est possible, et cela n’a rien de remarquable, nous le trouvons remarquable que parce que notre perception du monde est essentiellement structurée autour d’elle. Si les chiens pouvaient parler, c’est l’olfaction qui leur paraîtrait remarquable, si c’étaient les chauve-souris, ce serait l’écholocalisation.



ET NIETZSCHE DANS TOUT CA ?


Accord complet sur la philosophie sous-jacente de la théorie de l‘évolution, son matérialisme ; surtout : analogie profonde entre la théorie de l’évolution et la philosophie de Nietzsche. On peut s’aider de la signification philosophique de la théorie de l’évolution pour comprendre l’intuition philosophique de N.


SENS PHILOSOPHIQUE DE LA THEORIE DE L’EVOLUTION : l’évolution ne vise rien et ne vise à rien. L’évolution du vivant n’est pas la réalisation progressive d’un modèle idéal préexistant. Nous ne sommes pas en marche vers un degrés supérieur d’évolution.


Il en va de même pour Nietzsche, en ce qui concerne l’Homme : rien ne nous a voulu, rien ne nous attend, nous n’avons aucune mission idéale et éternelle à accomplir dans laquelle se réaliserait le sens de l’existence. Pas de "table de la loi". Ce qui se résume dans l’idée que l’homme n’a pas d’essence.


L’HOMME N’A PAS D’ESSENCE


1/ L’homo-parentalité n’est pas contre-nature ! Ni criminel ni sacrilège que d'"être homosexuel" (quelle idée que de définir une personne par ses inclinations sexuelles!) et de se vouloir parent avec son partenaire du même sexe. En fait pas de lien naturel (transhistorique) entre parentalité et sexualité... Le père ou ma mère ne sont pas toujours avec les géniteurs biologiques (il suffit pour le comprendre de faire l’histoire de la parentalité, ou de l’étudier ethnologiquement).


Pour qu’elle le soit, il faudrait que le rôle sexuel de l’homme et de la femme soit fixé par la nature, que donc, si on entre dans le détail, l’usage du corps et de ses organes soit fixé par la nature. Et qu’on dise : il est dans la nature de l’homme, dans l’essence de l’homme d’être hétéro-sexuel et de procréer, idem pour la femme etc.


Ce qu’on entend par nature ici : un état initial, un état de base, universel et éternel, et qui servirait de référence, de norme. On se sert de la nature comme d’une autorité qui fixe les normes.


2/ L’essence, à partir de l’exemple de la chaise


Il y a une multiplicité de types de chaises : variation des matériaux, des couleur, des formes etc. Mais il y a tout de même un noyau central fondamental qu’on retrouve d’une chaise à l’autre. Donc le jeu des variations est pris dans des limites, si ces limites sont transgressées, ce n’est plus une chaise. Toutes chaises (universellement) et toutes chaises passées et à venir (éternellement) doit respecter ce schème de base de la chaise. D’où la notion d’essence de la chaise, qui définit ce qu’est la chaise fondamentalement et du même coup les limites que les chaises réelles doivent respecter si elle veulent être des chaises (l’essence exprime l’être et le devoir être d’une chose).


Essence : ce qu’est une chose fondamentalement


Eh bien! pour N l’essence cela n’existe pas. L’essence est une construction intellectuelle, une invention humaine. Il n’y a pas d’essence de l’homme cad une idéalité éternelle qui fixerait une fois pour toute ce que doit être une femme, ce que doit être un homme, et dont la connaissance serait la mission de la philosophie morale. Les normes et les systèmes de valeurs sont construits, inventés par les hommes, historique, et la seule question valables à leur propos c’est se demander ce qu’elles valent et ce qu’elles signifient. Nietzsche voit l’homme comme un être qui invente des valeurs, qui doit inventer ses valeurs. L’homme doit parvenir à se comprendre comme un ensemble de possibilité qu'il s'agit de façonner (les valeurs ne sont pas donnés, les valeurs doivent être posées, inventées, l'homme doit se façonner).



Pas de relativisme non plus chez N, que tout s’équivaut, bien au contraire. Puisque il doit y avoir évaluation, quels sont les critères nietzschéens ?


Le plus bas degré de réalisation de l’humain : être membre du troupeau. Valeurs de la sécurité, du conformisme, négation de soi, de sa singularité


Le plus haut degré de la réalisation de l’humain : inventer et affirmer sa singularité. Prendre le risque d’être soi, assumer ses possibles.


Le troupeau est un danger mortel pour l'homme libre, pour le créateur, pour celui qui affirme sa singularité (c’est ainsi qu’il faut comprendre la phrase “...toujours protéger les forts des faibles.”).



TEXTES 6 ET 7

 

« Pensons encore à la formation des concepts » : encore : poursuite de la critique de la croyance dans la vérité. Donc : la compréhension de « la formation des concepts » doit nous convaincre définitivement de l’illusion de la vérité.


a) Qu’est-ce qu’un concept ?

b) Quel problème pose la formation du concept ?


Pour comprendre : soit un kilo de pommes, ou des pommes, des poires et des oranges : des fruits. Qu’est-ce que c’est : immédiatement : des pommes, ou des fruits. Nous savons ce que c’est : des pommes, des fruits, et nous savons ce que c’est que savoir : savoir c’est identifier ou reconnaître un objet, cad rapporter une perception à un concept : je vois l’objet, immédiatement en tant que l’objet qu’il est. Connaître, c’est reconnaître, ramener au même (idem, identification).


Un concept : idée générale abstraite qui englobe toute une classe d’objets. Exemple : dans le concept d’arbre, il y a tous les arbres possibles. Par extension : c’est la définition exacte de la chose, qui retient ce qu’il y a d’essentiel, de fondamental en elle.


Mais : A quelles conditions l’identification des objets/ leur reconnaissance dans la représentation conceptuelle, est-elle possible ? Quelle est la conséquence de notre ancestrales habitude de parler des choses, cad d’employer des concepts ?


Prenons l’hypothèse d’une perception parfaite : dans cette hypothèse aucune identification des objets comme relevant d’un concept commun n’est possible : dans un tel cas, ce sont les différences qui prennent le pas sur les points communs.


Enoncés : « la pomme est un fruit savoureux excellent pour la santé » : quel pomme ? Produite dans quelles conditions ?


« La pomme idéale c’est celle qui est lisse, qui se conserve longtemps et dont le goût plaît à tous » : aucune pomme ne répond / ne peut répondre à cette définition : elle n’est jamais parfaitement lisse, elle pourrait durer plus longtemps, il y a toujours quelqu’un à qui elle ne plaît pas : bref, voilà le réel frappé d’insuffisance !


D’OU UN DOUBLE PROBLEME


1/ La falsification de la réalité : La condition de l’identification, qui nous donne le sentiment de la connaissance, c’est l’approximation de la perception : la perception est schématique, simplificatrice. Or simplifier, c’est falsifier.


2/ Le renversement de la réalité : à force d’employer des concepts, cad des mots, à force de parler des choses, de considérer les choses à travers nos actes de langages, nos représentations, nous finissons par croire qu’il y a plus de réalité dans les concepts que dans les choses qu’ils sont censées représenter ! Nous finissons par croire à l’existence d’une réalité idéale, d’une pomme idéale, qu’aucune pomme réelle ne parvient à incarner (le concept, au lieu de dévoiler la réalité, finit par occulter la réalité : on finit par vivre dans un monde d’abstraction).


PLAN DETAILLE DES TEXTES 6 ET 7


On peut donner à ce passage le titre suivant : les concepts ne correspondent à rien dans la réalité (ou : les concepts n’ont pas d’objets réels)


I/ Les concepts falsifient la réalité : ils la simplifient et ils créent l’illusion d’une réalité idéale supérieure à la réalité empirique.


Les concepts viennent des mots en tant que termes généraux applicables à des expériences similaires mais non identiques. On comprend par là que les concepts ne sont que des mots, qu’ils n’ont de réalité que verbale.

Les concepts falsifient la réalité car ce sont des généralités alors que le réel n'existe que sous la forme de l'individuel : le concept n'est possible que par occultation volontaire de la singularité de chaque chose.

Enfin l’emploi des concepts amène à croire qu’il existe un modèle parfait de chaque chose qui détermine a priori l’existence de la réalité empirique : l’Idée de la feuille (c’est une réfutation de Platon, de la théorie des Idées, et à travers elle de toute la philosophie Idéaliste)


II/ Les concepts moraux trahissent la réalité de l’action


On ne peut pas dire que l’honnêteté d’un homme est la cause de son attitude honnête.

Car l’honnêteté n’est qu’un concept qui provient de la généralisation d’actes différents (on peut être honnête par peur, par éducation, par intérêt etc.) et non d’une connaissance de l’essence de l’honnêteté.

Ce concept est ensuite intégrée à l’identité de l’individu à titre de qualité stable, de propriété permanente de son caractère qui expliquerait ses actes : on invente une causalité psychologique qui falsifie le processus réel de l’action et la conception de l’identité des sujets.


III/ Les concepts ne nous font pas connaître la réalité, ce sont au contraires des facteurs d’erreur et d’illusion.


Il n’existe aucune réalité générale dans la nature (la réalité) qui correspondrait aux concepts que forment la science et la philosophie (c’est une position nominaliste).

Nous n’avons aucune connaissance de l’en soi de la réalité, qui reste absolument inconnaissable (X).

En effet l’opposition du général et de l’individuel est anthropomorphique.



*



Le nominalisme : c’est la doctrine qui affirme que les concepts sont des constructions intellectuelles ayant une fonction utilitaire, pragmatique qui n’existent que dans l’esprit qui les forme. L’Homme, par exemple, n’existe pas ; il n’existe que des hommes singuliers, des individus.


Deux penseurs nominalistes :


Hobbes: “Il n’y a rien d’universel dans le monde en dehors des dénominations car les choses nommées sont toutes individuelles et singulières.”


Spinoza: “En ce qui concerne le bien et le mal, ils ne désignent rien de positif dans les choses considérées en soi et ne sont rien d’autres que des manières de penser ou notions que nous formons de ce que nous comparons les choses entres elles.”

Par Caute!
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Dimanche 11 janvier 2009

Explication rédigée du texte 2 [Le mythe de l’amour humain pour la vérité]



1° exemple d’introduction : Dans ce texte Nietzsche examine le problème suivant : l’homme a-t-il en lui et naturellement un amour pour la vérité ?

Cette notion d’amour de la vérité est un lieu commun de l’éducation et de la philosophie : on éduque les enfants à dire la vérité et le philosophe est présenté par Platon comme l’ « amant de la vérité », celui qui l’aime par dessus- tout. C’est dire si la vérité, connaissance de ce qui est, est aussi une valeur morale essentielle.

Toutefois l’homme veut-il vraiment la vérité, quelle qu’elle soit et en toutes circonstances ? L’observation de son comportement atteste-t-il d’un attrait sincère et désintéressée pour la vérité ?


2° exemple d’introduction : Certains prétendent que l’homme possède en lui une insatiable curiosité qui le porte à vouloir tout savoir, comme s’il possédait un amour inné de la vérité. Platon déjà peignait le philosophe –modèle d’humanité- sous les traits d'un dieu Eros dont l’ardeur ne s’éteignait qu’avec la possession de la vérité. Mais l’homme veut-il vraiment la vérité ? L’aime-t-il sincèrement, d’un amour pur et désintéressé, ou bien s’agit-il là d’un mythe qui ne résiste à l’examen impartial de la « configuration » humaine? C'est le problème qu’examine Nietzsche dans ce texte, et pour le résoudre il nous invite à observer la manière dont l’homme traite la vérité tant dans ses rapports avec ses semblables que dans ses rapports avec les choses ou à lui-même.



Pour Nietzsche en effet l’observation du comportement humain contredit tout idée d’amour de la vérité. Car si l’intellect de chaque individu -que nous définirions comme faculté de connaître si Nietzsche ne nous avait appris à y voir une faculté d’assimilation du réel- qu’il soit humain ou animal, s’emploie essentiellement « dans le travestissement », c’est-à-dire dans l’art de se faire passer pour autre ou pour un autre, donc dans un art de tromper l’autre, c’est avec l’homme dit Nietzsche que cet art est porté à « son sommet » : l’homme est donc pour l’auteur un maître trompeur, et en cela il ne fait qu’obéir à une loi qui s’impose à tout individu au sein de la nature : se conserver, survivre. Nietzsche a en effet considéré l’intellect « en tant que moyen de conservation » et comme « moyen par lequel se maintiennent les individus les plus faibles » c’est-à-dire qu’il s’est d’abord placé dans la perspective originelle de la lutte pour vie des individus au sein de la nature : n’ayant pas « la mâchoire affilée des bêtes de proies » les individus les plus « faibles » -les hommes par exemple- ne survivent que grâce aux subterfuges de l’intellect. Ce qui montre déjà combien la notion d’un amour désintéressé de la vérité est illusoire puisque l’intellect est à l’origine un substitut à la faiblesse naturelle de l’homme et, comme tel, un instrument de tromperie au service de la vie plutôt qu’une faculté de connaissance au service de la vérité.


Mais c’est dans ses rapports avec autrui que l’homme donne la pleine mesure de ses talents d'illusionniste : « illusion, flagornerie, mensonge et tromperie, commérage, parade, éclat d’emprunt, masques, conventions hypocrites, comédie donnée aux autres et à soi-même… ». Avec cette énumération d’attitudes effectivement très communes, Nietzsche entend résumer le comportement humain dans sa totalité, puisqu’il les fait dériver d’un principe unique, la « vanité », cette tendance à s’accorder une valeur personnelle démesurée, que l’auteur dit être la « règle et la loi » du comportement des hommes. Le comportement humain se borne donc soit à servir ses intérêts (par la « flagornerie » par exemple–cette forme odieusement obséquieuse de la flatterie, et qui est si commune dans les rapports hiérarchiques, ou par « mensonge et tromperie ») ; soit à se gonfler d’importance et à chercher à en imposer à autrui (« parade, éclat d’emprunt ») ; soit à chercher à lui donner le change ou à lui imposer le spectacle de sa frivolité (« comédie donnée aux autres et à soi-même »). Rien de désintéressé et de sincère, aucune franchise, aucune véracité ne paraît donc exister chez l’homme pour l’auteur, mais seulement la poursuite de l’intérêt et la volonté de dominer. Ces formes générales du comportement essentiellement mensonger de l’homme confronté à autrui, sont donc comme la continuation en société de la lutte pour l’existence qui a cours dans la nature -comme si la nature animale de l’homme, ses instincts principaux, perdurait dans la civilisation.


Eut égard à cela on ne peut que conclure avec Nietzsche que rien n"est plus inconcevable que la naissance parmi les hommes d'un pur et noble instinct de vérité" : d’une attitude désintéressé envers la connaissance –celle que revendique le savant ou le philosophe-, et qui serait consubstantielle à la nature humaine, à la façon d’un « instinct ». D’une part parce que l’intellect ne sert pas à la recherche de la vérité ; d’autre part parce que dans ses rapports sociaux l’homme poursuit obscurément cette lutte pour l’existence qui a débuté avec son apparition sur terre.


Mais si les rapports sociaux sont marqués par la fausseté peut-être en va-t-il tout autrement des rapports avec les choses ? Est-ce que de ce point de vue au moins l’homme témoigne de la noblesse de ses sentiments envers la vérité ?


En aucune façon, si on doit se fier à la description que fait Nietzsche du monde dans lequel l’homme évolue, qu’il tient pour le seul monde réel : l’homme y apparaît comme une sorte de somnambule égaré errant au sein d’une réalité rêvée et non connue, profondément fantasmatique : « ils sont profondément immergés dans des illusions et des images de rêve ». Pour se justifier, l’auteur insiste sur la superficialité de la perception humaine (« leur œil ne fait que glisser vaguement à la surface des choses ») et son caractère interprétatif de la réalité : l’œil humain « voit des « formes » terme que l’auteur met entre guillemets pour justement exprimer qu’il n’y a pas de forme dans la réalité, que les dites « formes » sont des inventions visuelles. Car la source de nos représentations, la « sensation », ne nous met pas en relation avec la réalité même des choses, ce qu’on pourrait nommer « vérité », mais avec des excitations qui forment la trame d’une partition interprétative de la réalité (« pianoter à l’aveuglette sur le dos des choses »). Car pour Nietzsche la sensation n’est pas constituée par une impression au travers de laquelle la réalité laisserait sa marque en nous, à la façon d’une empreinte, mais par une « excitation », ce qui implique les réactions interprétatives du corps. C’est pourquoi Nietzsche est en droit de qualifier le monde de l’homme à la manière d’un tissu d’illusions dans lequel serait enveloppé.


D’autre part Nietzsche souligne, dans une remarque un peu déroutante et ironique, que « sa vie durant l’homme se prête » à ce qu’il qualifie de « mensonge du rêve », « sans que jamais sa sensibilité morale ait tenté de s’y opposer. » Mais dans quelle intention qualifie-t-il le rêve de « mensonge », c’est-à-dire de faute morale ? Et pourquoi convoque-t-il la « sensibilité morale » de l’homme, c’est-à-dire son sens du bien et du mal ? Sans doute pour suggérer la chose suivante : si l’homme était sincèrement épris de la vérité, si les valeurs éthiques liées à la vérité -sincérité, franchise, véracité- lui importaient réellement, il ne supporterait pas sans réagir cette falsification du réel auquel il procède quotidiennement pendant sa vie nocturne et durant une vie entière. D’où l’ironie de sa remarque au sujet des hommes qui aurait « à force de volonté » supprimé le « ronflement », ce qui est un défaut infiniment bénin par rapport au mensonge.


Ainsi, pas plus que dans ses rapports à autrui l’homme ne témoigne dans ses rapports avec les choses d’amour pour la vérité. Mais il y a pire pour Nietzsche dans la mesure où l’indifférence humaine à la vérité ou son enfermement dans l’illusion n’affecte pas que ses rapports aux choses et aux autre, mais le touche au plus près. Car pour Nietzsche, l’homme ne veut ni savoir ce qu’il est, ni savoir qui il est véritablement.


Nietzsche met en effet en doute aussi bien la capacité que le courage de l’homme à se connaître lui-même : non seulement il déplore son ignorance à l’égard de soi, renversant au passage l’injonction socratique de « se connaître soi-même » : « Hélas ! L’homme, au fond, que sait-il de lui-même », mais il suggère aussi que l’homme ne tient guère à une transparence totale à l’égard de soi, qu’il ne souhaite pas se voir sans détour et sans fard « comme exposé dans la lumière d’une vitrine ». L’homme agirait donc comme quelqu’un qui répugnerait ou redouterait d’apprendre une vérité dérangeante.

Qu’y a-t-il en effet de plus immédiatement proche de soi que la conscience et le corps ? Ce corps devrait être notre premier objet de connaissance, le plus et le mieux connue de nous. De même le rapport qu’entretiennent notre conscience et notre corps. Or précisément nous dit Nietzsche la nature enferme l’homme « dans la fascination d’une conscience superbe et fantasmagorique », ce qui est une manière imagée de dire que l’homme est aveuglé par l’évidence de la présence de sa conscience au point d’occulter la réalité du corps et l’influence qu’il exerce sur elle. L’homme s’identifie orgueilleusement à la conscience qu’il a de lui-même ce qui l’entraîne « bien loin des replis de ses entrailles, du fleuve rapide de son sang, du frémissement compliqué de ses fibres », à un mépris et à une méprise sur le corps. Précisément : à ignorer l’importance des états physiologiques du corps (les « entrailles », le « sang » et les « fibres », pensons aux fibres nerveuse) sur les états de conscience. Et au travers de l’ignorance du corps, c’est plus généralement à une ignorance de sa propre nature, essentiellement et intemporellement animale que l’homme est condamné. Car ce « bas » vers lequel l’homme répugne à lancer son regard, que représente-t-il sinon les pulsions vitales qui animent tout animal dans la nature, la pulsion sexuelle et la pulsion de conservation de soi qui a été évoquée au début du texte. Ainsi derrière chaque sentiment, comportement et état de conscience Nietzsche nous invite à démasquer le jeu des instincts qui constitue pour lui le substrat (« repose ») animal de nos comportements : « cruauté » - plaisir éprouvé à infliger une souffrance, « convoitise » c’est-à-dire désir de posséder ce que l’autre possède, « inassouvissement » -cette frustration qui accompagne l’infinité du désir, « désir de meurtre », autant de conduites inquiétante sublimées et masquées par le raffinement des comportements de l’homme civilisé mais qui restent toujours opérantes, toujours actives, prêt à resurgir comme le suggère l’image de l’équilibre précaire d’un homme chevauchant un tigre (« se tenant en équilibre dans des rêves pour ainsi dire comme sur le dos d’un tigre »). Si Nietzsche a raison on comprend que l’homme préfère tout ignorer de sa véritable nature. Quoi qu’il en soit, si l’humaine « configuration » c’est-à-dire la façon dont l’homme est constitué et s’est constitué est telle que l’a décrite l’auteur, alors on ne peut que partager son total scepticisme quant à l’idée d’un penchant naturel et, comme une conduite instinctive, irrépressible, pour la vérité : « D’où diable viendrait donc, dans cette configuration, l’instinct de vérité. »


Nous savons donc maintenant que pour Nietzsche l’idée d’un amour humain pour la vérité, inscrite dans sa nature et qui lui serait consubstantiel est totalement contredite par l’observation de la conduite des hommes. Rien dans celle-ci, qu’on l’examine dans la manière dont ils se traitent ou traitent les choses ou se traitent entre semblables, ne témoigne d’un quelconque attachement viscéral à la vérité. Dès lors on comprend que ce lieu commun de la tradition philosophique a pour Nietzsche la consistance d’un simple mythe.



Texte 3 : « Dans la mesure où ……..nuisibles et destructrice. »


Texte à lire en ayant à l'esprit l'enquête généalogique menée par Nietzszche : comment s'est constituée la croyance dans la vérité, comment le concept de vérité s'est-il consitué, comment a-t-il pris une telle importance dans la vie de l'homme etc : genèse de la vérité, sous tous ses aspects (connaissance et morale : la vérité comme connaissance et comme devoir : la véracité).



Plan analytique du texte 3


I/ « Dans la mesure… pour la première fois. » : La vérité a son origine dans la vie sociale et dans ce qui en est la condition : un langage afin d'assurer la possibilité et l'efficacité de la communication. Ainsi, l'origine, la vérité correspond seulement à l'emploi correct des désignations conventionnelles des choses, à l’emploi correct des mots. La vérité n'est donc pas un concept issu du monde de la connaissance; c'est un concept utilitaire, d'origine social, grégaire.


II/ "Le menteur utilise... l'excluera" : C'est pourquoi la faute du menteur ne consiste pas dans le mensonge lui-même, mais dans le préjudice qu'il peut causer à la société. Le menteur ne transgresse donc aucune règle morale, il ne pêche pas contre la vérité, mais seulement contre les conventions linguistiques et les valeurs établies par le groupe.


III/ "Ici les hommes.... hostilement disposé." : On voit donc que les hommes ne condamnent le mensonge et n'apprécient la vérité qu'en fonction leurs intérêts vitaux; ils n'ont aucune haine du mensonge comme tel, mais seulement des mensonges nuisibles à la vie; ni aucun amour de la vérité comme telle, mais seulement des vérités qui conservent et fortifient la vie.




Texte 4 et 5 : Le langage n'a rien de logique et d'ontologique, il est d’essence métaphorique.


Logique : qui se déduit de l'essence des choses.

Ontologique : qui exprime l'être des choses, la réalité en soi des choses.

Métaphorique : voir le texte...



EXPLICATION REDIGEE DES TEXTES 4 ET 5


Le concept de vérité se définit depuis Saint Thomas d’Aquin adéquatio rei et intellectus, adéquation des choses (rei) et de l’intellect, l’adéquation signifiant l’exacte correspondance -la coïncidence- de ces deux ordres, le réel et l’esprit. Mais comment ces deux ordres, si différents et dissemblables -les choses d’un coté, avec leur matérialité, la représentation de l’autre, qui est un produit de l’esprit-, peuvent-ils être en correspondance ? C’est précisément ce problème qu’examine Nietzsche dans ce texte (« le langage est-il l’expression adéquate de toutes les réalités ? ») et il le fait au niveau le plus élémentaire, celui de la nature de ces « conventions du langage », les mots : Que sont les mots, ce qui dans la perspective généalogique qui est celle de Nietzsche revient à demander : d’où viennent-ils ? Quelle fut leur genèse ? Sont-ils des « témoignages de la connaissance », du « sens de la vérité », c’est-à-dire l’expression d’une représentation des choses telles qu’elles sont en elles-mêmes ? Ou bien tout autre chose ? Finalement : que vaut, en matière de connaissance, cet instrument sans lequel la vérité ne saurait avoir lieu, le langage ?


Avant de chercher réponse à ces questions, Nietzsche expose une thèse sur ce qui conditionne la croyance en la vérité et sur les mésaventures qui attendent celui qui veut la vérité : Si l’homme peut « parvenir à croire » en l’existence de la vérité comme connaissance de l’en soi des choses (« une vérité au degré que nous venons d’indiquer », c’est en dire en fait dans les passages précédents), c’est, dit-il, grâce à sa « capacité d’oubli ». L’oubli, qui est d’abord l’effacement des souvenirs de la mémoire, principalement sous l’effet du temps, est donc la condition de cette illusion, voire de ce tour de force (« parvenir à croire ») qu’est la croyance dans la vérité. Etrangement l’auteur ne déplore pas cette tendance à l’oubli, puisqu’il la nomme « une capacité », donc un pouvoir dont l’homme dispose et dont on peut supposer l’utilité. Notons aussi que ce qui s’oublie le mieux, par nécessité, c’est le plus ancien, ce sont les origines surtout lorsqu’elles sont lointaines, ancestrales, immémoriales. La croyance dans la vérité serait alors le produit de l’oubli des origines, oubli des conditions qui ont présidé et qui président encore à la constitution de cette croyance. C’est même l’oubli doublé de son oubli, qui serait constitutif de l’illusion de la vérité. Voilà pourquoi celui « qui ne veut pas se contenter de la vérité dans la forme de la tautologie » « échangera éternellement des illusions contre des vérités » : une tautologie est une proposition purement formelle, sans contenu, parce qu’elle énonce la même idée sous deux formes différentes : "il est interdit de marcher sur les pelouses parce que cela n’est pas autorisé" voilà l'exemple d'une tautologie typique de l’autoritarisme administratif. Nous n’apprenons donc rien avec la tautologie : Flatus vocis : ce ne sont que des mots, du vent. Ainsi, à bien comprendre Nietzsche, seule est possible la vérité dans la forme de la tautologie, c’est-à-dire dans un discours qui ne fait que se répéter, un discours autistique pourrions-nous dire, et qui n’atteint jamais transitivement la réalité. C’est pourquoi l’homme qui veut la vérité est condamné à l’illusion, et cela « éternellement » : pas plus aujourd’hui qu’un jour lointain la vérité n'existera parce que la vérité est impossible en principe.


Mais sur quoi l’auteur fonde-t-il une affirmation aussi lourde de conséquences ?


Sur une analyse de la nature du mot («  qu’est-ce qu’un mot ? »), de l’élément principal, avec les règles grammaticales, des langues naturelles. Elle montre qu’un mot est sans rapport logique ou naturel à la chose qu’il désigne, que le rapport est purement métaphorique.

En effet le mot n’est pas pour Nietzsche une suite de sons servant à désigner une chose, comme on pourrait s’y attendre, mais « la représentation sonore d’une excitation nerveuse ». Une représentation sonore correspond à une idée ou image (« représentation ») acoustique (« sonore »). Ceci reste classique. Mais le mot n’est pas image acoustique de la chose, mais de l’« excitation nerveuse » qu’elle procure au corps, donc de la manière dont le corps, dans ce qu’il a de plus matériel, réagit, ou, mieux, interprète la chose extérieure. On pourrait aussi dire que le mot est l’image acoustique de la sensation, prise comme faculté par laquelle le sujet est mis en relation avec les objets, est informé de leur existence et de leur nature ; à condition toutefois de voir dans la sensation le résultat d’un processus physiologique et fondamentalement corporel : car l’excitation nerveuse implique les organes de la perception et le système nerveux, l’action obscure du corps, l’esprit n’ayant accès d qu’au produit final, la clarté illusoire de la représentation. Nietzsche place donc son analyse du mot dans une perspective matérialiste; il s’efforce de décire la genèse empirique du mot, non l’acte de désignation qui suppose ce que justement Nietzsche met en question, l’adéquation.


Car Nietzsche affirme que déduire (« conclure de là ») une correspondance quelconque entre l’excitation nerveuse et la « cause extérieure à nous », c’est-à-dire une correspondance du mot et de la chose, est « une application fausse et illégitime du principe de raison ».


Le principe de raison, tel qu’énoncé par Leibniz, pose que rien n’est sans raison, que tout être à sa raison d’être. Mais Nietzsche parle d’une cause, c’est donc à l’application du principe de raison aux choses, aux phénomènes matériels qu’il pense. Dans ce cas c’est le principe de causalité, équivalent du principe de raison sur le plan des phénomènes matériels qui doit être pris en compte : rien n’est sans cause, ce qui veut dire qu'un phénomène quelconque est toujours l’effet d’une cause, l’effet étant implicitement conçu comme une expression de la cause, ou si on veut un « reflet » de la cause. C’est précisément ce que l’auteur conteste formellement, en suggérant qu’en raisonnant ainsi nous avons plaqué un schéma logique propre au fonctionnement de la pensée humaine (le principe de raison, le principe de causalité) sur la réalité extérieure, que donc nous avons supposé implicitement que la réalité fut en elle-même gouvernée par une logique, par le fameux « principe de raison ». Mais il n’y a selon l'auteur aucune commune mesure entre le mot et la chose et aucun discours, même le plus élémentaire, ne peut revendiquer pour soi l’objectivité du vrai.

Pour rendre parfaitement clair son propos Nietzsche prend un exemple très simple : nous n’avons pas le « droit » de dire « la pierre est dure » en supposant l’objectivité de notre attribution de la dureté à la pierre, car, dit-il, nous n’avons aucune connaissance objective de la dureté, nous ne savons rien d’une dureté en soi : la dureté ne saurait nous être connu  « autrement et pas seulement comme une excitation toute subjective ». Bref notre seule représentation possible de la dureté tient sa source du corps ; nous nommons dureté l’expérience corporelle variable, et en tout cas humaine, de la résistance que nous opposent les matériaux ; cette résistance est corrélative de la vigueur, de la force du corps humain ; elle n’est donc rien d’objectif dans les choses, seulement un produit de notre représentation qui met en forme l’excitation corporelle.

Nietzsche a donc parfaitement raison de dénoncer l’immense légèreté avec laquelle l’homme en use en matière de vérité : « comment aurions le droit, si la vérité avait été seule déterminante dans la genèse du langage et le point de vue de la certitude dans les désignations... ». En effet si, lors de la création des mots nous prenions pour principe la connaissance de la réalité et l'absence de doute, alors nous nous interdirions de dire « la pierre est dure » en supposant l’objectivité et la transitivité de notre déclaration. Nous adoucirions, nuancerions, la valeur du verbe « être », nous renoncerions à l’autorité qui investit tous les discours.

D’autres faits, plus facilement concevables, dénoncent aussi cette légèreté du langage, en particulier l’arbitraire et la partialité des langues naturelles.

Rappelons d'abord que le langage est la faculté, proprement humaine, d’utiliser des signes pour communiquer et penser ; on pourrait parler aussi de faculté symbolique. Quant à la langue, on parle ici de l’idiome, non de l’organe, par exemple la langue française, c’est un ensemble de termes et de règles grammaticales qui forme le code obligé de la communication dans cette langue.

Or chacun peut aisément constater que les catégories dans lesquelles les langues classent les objets ne coïncident pas : il est effectivement arbitraire de désigner l’arbre comme masculin et la plante comme féminine ; il est effectivement partial de retenir comme propriété essentielle définissant un être telle particularité, qui plus est pour agir ensuite, à propos d’un être analogue, suivant une règle différente, comme Nietzsche le dénonce à propos du serpent et du ver. Tout cela montre abondamment à quel point les mots ne procèdent d’aucune démarche rigoureuse, démarche dans laquelle ils seraient conçus sous l’autorité du « canon de la certitude » c’est-à-dire que seul ce qui serait connu sans doute possible figurerait dans le mot.


La comparaison des langues, le constat de leur multiplicité démontrent aussi très clairement la fausseté des mots et l’impossibilité de l’adéquation ; car, suggère l’auteur, si l’adéquation était possible, et si les mots avait été créés pour exprimer la vérité, nous n’aurions qu’une seule langue, universelle et nécessaire, qui serait la langue de la vérité.

Or, dit Nietzsche en adoptant maintenant le point de vue de « celui qui façonne la langue », qui crée les mots, l’atteinte de la « chose en soi », de la réalité telle qu’elle existe indépendamment de nous, dans l’absolu, est non seulement impossible mais aussi d’un intérêt contestable (« elle ne vaut pas les efforts qu’elle exigerait »). Ce dernier point est surprenant, mais peut se comprendre à travers l’idée que la connaissance de la chose en soi correspondrait à la "vérité pure" et surtout « sans conséquence » : à quoi bon en effet une vérité qui n’aurait aucune utilité, c’est-à-dire aucune utilité vitale pour l’homme ? Sur ce point toutefois l’auteur n’insiste pas ; il se propose surtout de nous faire comprendre pourquoi la chose en soi est insaisissable même pour celui qui, nommant, est au plus près de la réalité, le créateur de langage. Ce qui l'amène à décrire ce que fait le créateur de mot, et les limites strictes dans lesquelles il peut exercer son action.

Car le créateur des mots « désigne seulement les relations des choses aux homme" et il "s’aide pour leur expression des métaphores les plus hardies ".

Nietzsche énonce là deux limites qui interdisent, même au créateur de mot, d'atteindre l’expression de la chose en soi : d’une part l’anthropomorphisme de la perception (« les relations des choses aux hommes »), d’autre part le caractère métaphorique de la nomination.

Une métaphore est une image par laquelle on représente une chose par une autre en vertu d'un lien analogique plus ou moins fort. Notons qu’étymologiquement, le terme signifie « transposition », c’est-à-dire passage d’un lieu en un autre lieu.

C’est sur ce dernier que l’auteur insiste particulièrement, puisqu’il décrit méticuleusement les étapes du processus de métaphorisation -donc de transposition- qui conduit au mot : « Transposer d'abord une excitation nerveuse en une image ! Première métaphore. L'image à nouveau transformée en un son articulé! Deuxième métaphore. »

Le mot est donc le résultat d’une double métaphorisation qui éloigne définitivement la possibilité de connaître la réalité telle qu’elle est. Car chaque lieu de transposition est sans commune mesure avec le précédent : « chaque fois, saut complet d’une sphère dans une sphère tout autre et nouvelle » : il s’agit d’un "saut", non d’un passage, qui lui pourrait conserver les caractéristiques initiales de la chose; et de saut dans une "sphère", c’est-à-dire dans une totalité close et suffisante, sans lien avec l’extérieur : d’un saut qui va de l’obscurité de la sensation corporelle, au cœur des terminaisons nerveuses qui rendent possible une sensation, à la fausse clarté d'une réprésentation et enfin à sa métamorphose phonétique. Par là le mot apparaît comme l’expression dans les formes de la représentation humaine de la façon dont le corps humain interprète ce qui l'affecte : le divorce du mot et de la chose ne saurait être plus complet et irrémédiable!

Pour se faire bien entendre, Nietzsche nous propose un exemple qui lève toute ambiguïté : imaginons nous dit-il un homme sourd de naissance qui observerait « les figures acoustiques de Chaldni dans le sable », à savoir les figures produites par les vibrations des cordes d’une harpe sur une mince couche de sable. Si cet homme se prévalait de connaître avec certitude ce qu’est le son pour ceux qui entendent à partir de son observation visuelle des figures de Chaldni, il provoquerait le rire.

Or chacun d’entre nous est comparable à cet homme sourd pour Nietzsche, puisque, nous rappelle-t-il, nous croyons vraiment atteindre les choses lorsque nous parlons d’elles, en particulier lorsque notre expression nous satisfait ; alors que « nous ne possédons que des métaphores des choses qui ne correspondent pas du tout aux entités originelles» : nous combinons des images qui résultent d’un processus corporelle d’interprétation, de mécanismes dont l’homme n’a pas conscience parce qu’ils sont inhérents à son acte de percevoir et de concevoir.

Comme nous sommes loin de connaître la réalité, que nous pouvons seulement concevoir de manière indéterminée, comme « X » –inconnu, qui plus est « énigmatique », « de la chose en soi ». Car ce donné initial (le X), cette matière de nos représentations dans la terminologie de Kant, est « prise une fois comme excitation nerveuse » (dans l’obscurité de l’interprétation nerveuse par les organes de la perception sensorielle); ensuite comme image (comme représentation dans l’esprit, donc suivant ses moyens et ses formes, re-présentation donc, autant dire re-création de l’interprétation sensorielle de la chose) ; « enfin comme son articulé » (comme suite des phonèmes associés à l’image mentale de la sensation de la chose : enfin le mot paraît, et il n’a plus rien à nous dire, plus rien à voir avec la chose, si toutefois cette chose absolu « en dehors de nous » a une existence, ce que Nietzsche n’exclut pas dans ses propos).

Mais quoi qu’il en soit de l’existence de la chose en soi -après tout l’homme n’a accès qu’aux produits de ses interprétations et que cela constituela seule "réalités" pour lui-, « ce n’est en tout cas pas logiquement que procède la naissance du langage » : les mots ne naissent pas d'une déduction de la connaissance des choses, ilne sont pas déduits de l'essence des choses; par voie de conséquence, le langage n’a aucune portée ontologique : il ne peut rien nous apprendre sur l’être des choses, sur la réalité.

C’est donc à la base que se trouve minée l’entreprise de connaissance du philosophe ou de l’homme de science. Ceux-ci s’efforcent de penser le réel, de l’enfermer dans le jeu souvent subtil de leurs constructions théoriques, mais ils travaillent à partir d’un matériau dont ils ignorent l’origine contestable et la nature.

Par là se trouve réfutée la compréhension antique du langage comme logos qui est à l’origine de l’espoir philosophique de Socrate et de Platon. Car même si il y avait une logique du réel, s'il existait un ordre transcendant du monde -ce qu’implique l’idée de logos-, nous n’en pourrions rien savoir puisque le réel ne nous est « connu » que dans l’interprétation.



Dès lors nous savons maintenant pourquoi la vérité en tant qu’expression de la réalité même des choses est impossible. C’est que, homme de la rue, savant ou philosophe, tous nous usons des mots de la langue pour dire ce qui est, en méconnaissant l’absence d’adéquation des mots aux choses. Ceux-ci ne sont que des métaphores lointaines des choses qui les ont suscité, si bien qu’avec un tel matériau de base toute construction théorique se bâtit sur du sable : ce n'est donc pas demain ni même un jour, pour Nietzsche, que se construira le temple de la connaissance.




Matérialisme et immanence


Matérialisme : madera, le bois de charpente; rien n’existe qui ne soit tangible (corporel, matériel), et donc perceptible ; d’où : l’immatériel n’existe pas, n’est qu’un produit de l’imagination ou de la superstition : tous les phénomènes existant sont des phénomènes naturels, et non surnaturels : ils résultent du jeu causal entre les éléments matériels : d’où l’idée d’immanence : l’idée de vérité pour Nietzsche est le produit immanent de la faculté de langage, et non le produit d’une cause transcendante. L’idée de vérité est un effet du langage, un effet de langage.



Immanent : contenu dans. Transcendant : au-delà de. Exemple : évolutionnistes et créationnistes = explication immanente contre explication par l’action d’une cause transcendante, Dieu.

 




DOCUMENT EN RELATION A LA CONCEPTION NIETZSCHENNE DU LANGAGE : LANGUE ET REALITE



« Cette notion de langue-répertoire se fonde sur l’idée simpliste que le monde tout entier s’ordonne, antérieurement à la vision qu’en ont les hommes, en catégories d’objets par­faitement distinctes, chacune recevant nécessairement une désignation dans chaque langue; ceci, qui est vrai, jusqu’à un certain point, lorsqu’il s’agit par exemple d’espèces d’êtres vivants, ne l’est plus dans d’autres domaines: nous pouvons considérer comme natu­relle la différence entre l’eau qui coule et celle qui ne coule pas; mais, à l’intérieur de ces deux catégories, qui n’aperçoit ce qu’il y a d’arbitraire dans la subdivision en océans, mers, lacs, étangs, en fleuves, rivières, ruisseaux, torrents? La communauté de civilisation fait sans doute que, pour les Occidentaux, la mer Morte est une mer et le Grand Lac Salé un lac, mais n’empêche pas que les Français soient seuls à distinguer entre le fleuve, qui se jette dans la mer et la rivière, qui se jette dans un autre cours d’eau. Dans un autre domaine, le Français désigne au moyen d’un même terme bois un lieu planté d’arbres, la matière bois en général, le bois de charpente et le bois à brûler, sans parler d’emplois plus spéciaux du type bois de cerf; le danois a un mot troe, qui désigne l’arbre et la matière en bois en géné­ral, et, en concurrence avec tommer, le bois de charpente; mais il n’utilise pas ce mot pour un lieu planté d’arbres, qui se dit skov, ni pour le bois de chauffage, qui se dit broende. Pour les principaux sens du mot français bois, l’espagnol distingue entre bosque, madera, leña, l’italien entre bosco, legno, legna, legname, l’allemand entre Wald, Gehölz, Holz, le russe entre les, dérevo, drova, chacun de ces mots étant susceptible de s’appliquer à des choses que le Français désignerait autrement que par « bois » : l’allemand wald est le plus sou­vent une « forêt »; le russe dérevo est, comme le danois troe, le correspondant normal du français arbre. Dans le spectre solaire, un Français, d’accord en cela avec la plupart des Occidentaux, distinguera entre du violet, du bleu, du vert, du jaune, de l’orangé et rouge. Mais ces distinctions ne se trouvent pas dans le spectre lui-même où il n’y a qu’un continu du violet au rouge. Ce continu est diversement articulé selon les langues. Sans sortir d’Europe, on note qu’en breton et en gallois un seul mot glas s’applique à une portion du spectre qui recouvre à peu près les zones françaises du bleu et du vert. Il est fréquent de voir ce que nous nommons vert partagé entre deux unités qui recouvrent l’une une partie de ce que nous désignons comme bleu, l’autre l’essentiel de notre jaune. Certaines langues se contentent de deux couleurs de base correspondant grossièrement aux deux moitiés du spectre. Tout ceci vaut, au même titre, pour des aspects plus abstraits de l’expérience humaine. On sait que des mots comme l’anglais wistful, l’allemand gemütlich, russe cinéva, ne corres­pondent en français à rien de précis. Mais même des mots comme prendre, take, nehmen, brat’ qu’on considère comme équivalents ne s’emploient pas toujours dans les mêmes circonstances ou, en d’autres termes, ne recouvrent pas exactement le même domaine sémantique. En fait, à chaque langue correspond une organisation parti­culière des données de l’expérience. Apprendre une autre langue, ce n’est pas mettre de nouvelles étiquettes sur des objets connus, mais s’habituer à analyser autrement ce qui fait l’objet de communications linguistiques


André MARTINET, Éléments de linguistique générale

Par Caute!
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Dimanche 11 janvier 2009

INTRODUCTION AU COURS 2009



Exergue « L'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation de la vie, non de la mort. » Spinoza (1632-1677), Ethique, IV, prop 69



1. Qu'est-ce que philosopher?

2. Quels sont les principaux problèmes philosophiques?

3. Comment acquiert-on un savoir authentiquement philosophique?



1. Quest-ce que philosopher?



Faire de la philosophie (philosopher) / non étudier la philosophie :


Etudier la philosophie : apprendre les doctrines des philosophes, leur vie etc : ce qui revient à faire de l'histoire des idées, l’histoire de la philosophie; ainsi, on devient savant en matière de philosophie, mais non sage, ce qui est le but avoué de la philosophie qui est étymologiquement : amour de la sagesse. Amour/désir : ce qui nous tient le plus à cœur, désir : ce à quoi nous tendons ; Sagesse : idéal de comportement et savoir absolu. L’état de sagesse se confond avec le bonheur pour la morale antique



Différence entre savant et philosophe, sagesse et science : l'existence du philosophe est impliquée par ce qu'il sait, pas celle de l’homme de science; l'homme de science veut étendre sa connaissance, il veut la connaissance pour la connaissance (du moins le croit-il), tandis le savoir philosophique est de nature telle et a pour but de transformer l’existence du philosophe, de la rendre meilleure, excellente. On voit par là que la science est une connaissance théorique désintéressée (je vous prie de ne pas confondre science et technique), tandis que la philosophie est une connaissance “pratique” (praxis) au sens d’Aristote (-384 / -322) : elle a pour fin la perfection de l’agent (celui qui agit), non de l’objet : lorsqu’un potier fait un vase, il cherche à faire un bon vase, voire le meilleur vase; dans cette action il recherche la perfection de l’objet, non de lui-même; c’est très différent du savoir “pratique ou éthique, cad philosophique : celui qui conçoit la nécessité en toute chose ne sera plus affecté par les événements (réflexion du psychanlyste Jacques Lacan, apprenant le suicide de l’un de ses patients : “que voulez-vous qu’il fît d’autre?” Impassibilité du sage accompli devant le spectacle de la commune bêtise des êtres humains).

Bref : le philosophe ne sépare pas la vie et la pensée. Le souci de soi, le souci de son existence et de ce qui est au principe de son mode d’existence est central chez le philosophe (voyez Epicure, A Ménécée, p. 422-425 de votre manuel).


D'où la formule de Socrate (-470/-399) : « la philosophie est un savoir qui s'inscrit dans l'âme » : cad, déjà,


“Dans l'âme” : non dans la seule intelligence ou la seule mémoire. L’âme? : « en son âme et conscience » : au plus profond de soi ; dans son âme = en soi, au plus profond de soi . Âme : animus : animé : le principe du mouvement d'un être (sur le modèle des êtres naturels, une plante par exemple). Donc l'âme : ce qui nous meut, ce qui nous fait être qui et ce que nous sommes, le principe (ce qui dirige) de notre attitude générale, de notre existence. Exemple : si on bat un chien, si on maltraite un enfant, si on prend l'habitude d'être brutal etc on inscrit “en soi” (= dans son âme dirait les anciens) un certains nombre de tendance.



Faire de la philosophie c’est donc vouloir inscrire en soi les principe du mode d’existence le plus parfait. Cela suppose de répondre aux problèmes que l'homme se pose du fait qu'il est un être pensant, doué de conscience et de raison (on pourrait dire aussi : inscrire en soi la vérité du bien de façon à vivre excellemment).



2. Quels sont les principaux problèmes philosophiques? (« le poisson qui est dans la mer ne sait pas que c’est la mer ».)


Pour les énoncer de façon ordonnée et systématique on va partir de la conscience.


LA CONSCIENCE


“être conscient”, “prendre conscience”, “être un être conscient”; “avoir bonne ou mauvaise conscience” etc : dans tous ces cas revient l’idée d’un savoir (cum-scientia) : “prendre conscience” d’une chose, d’une réalité : savoir que cette chose existe, en saisir et en mesurer l’existence et l'importance, la valeur.


On peut aussi être plus direct, plus centré sur l’immédiatété de l’expérience que nous avons de nous en tant qu’être conscient : “Être conscient de quelque chose” : savoir qu’il y a cette chose, savoir qu’elle existe. “Être conscient de soi” : savoir qu'on existe etc : cum-scientia : accompagné de connaissance. “Être un être conscient” ou “exister en tant qu'être conscient”, c'est se savoir être : l'homme sait qu'il existe, sait qu'il y a de l'être, sait qu'il a à être... Ceci contrairement au poisson qui pour le poète, “vit dans la mer sans savoir que c’est la mer.


Lorsqu’on est conscient on sait, non pas comme on sait que 2 et 2 font 4, mais de façon immédiate, vivante, incarnée; on le sait intuitivement.


Intuition : connaissance directe, immédiate, par opposition à déduction : opération intellectuelle qui consiste à poser la conséquence; donc : connaissance indirecte, qui passe par le raisonnement. (Induction : opération intellectuelle qui consiste à énoncer une lois générales à partir de l’observation de quelques cas concrets)


Ainsi toute prise de conscience est un saisissement, et pour certaines prise de conscience, un saisissement de tout notre être (la conscience de notre finitude, de la mortalité, du néant).


Si on veut une définition un peu scolaire de la conscience on pourra dire : c'est la faculté qui permet à l’homme d’avoir l’intuition de son existence et, grâce à cela, la capacité à réfléchir sur toute choses, en particulier sur sa condition et sur sa conduite. La conscience nous rend capable de nous interrroger dans le but de connaître la réalité ou de porter jugement moral sur nos actions et sur celles d'autrui (est-ce bien ou mal, juste ou injuste). C'est pourquoi, dans ce dernier cas, on parle aussi de conscience morale, que Rousseau (1712-1778) définit comme une science innée du bien et du mal.



Le questionnement de la conscience


La première, la plus insistante et poignante des questions : L'existence a-t-elle un sens? Mon existence, mais aussi celle de toute chose (pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que rien ? (Leibniz 1646 / 1716). C’est l’objet de l’interrogation métaphysique, qu’on peut dire aussi existentielle.



En secpond lieu : Comment doit-on vivre? Comment doit-on se comporter? Que faut-il rechercher en priorité dans la vie ? Quelles valeurs faut-il privilégier? Quelle est parmi les valeurs la valeur suprême? Qu’est-ce que la vie bonne en soi? : ce sont autant de formulations possibles pour l’interrogation morale ou éthique.



Enfin, puisque l’homme vit en société, la question du mode d’existence le meilleur ne peut pas se séparer que la question de la société la meilleure : Quelle est la meilleure forme/la forme idéale de l'organisation de la société? Qu’est-ce que la Cité bonne en soi? Qu'est-ce qui est juste et injuste absolument? Ce sont des aspects essentiels de l’interrogation politique.


Ainsi le programme central de la philosophie consiste à répondre à des question d'ordre métaphysique, éthique et politique que l’homme est amené à se poser en tant qu’il est un être pensant.



3. Comment acquiert-on un savoir authentiquement philosophique? [= Comment inscrire "dans son âme" le savoir philosophique? = Qu’est-ce que penser en philosophiquement?]


La réponse est en apparence très simple : il suffit de penser, au sens que prend cette activité en philosophie (penser = réfléchir, méditer).


Cette activité de la pensée à sa source dans une prise de conscience et elle trouve son développement dans une réflexion d’allure démonstrative.


En effet il n’y a pas d’acte de pensée sans motif et mobile, cad sans prise de conscience d’un problème et désir de lui trouver solution. Aristote parle d’un “étonnement”, l’étonnement qu’il y ait de l’être par exemple. Bien des choses nous font penser, nous étonnent, nous stupéfient : la mort, l'historicité, l'altérité, la beauté, l’existence d’autrui et l’impossibilité de le comprendre entièrement etc.


Mais une fois que le problème nous habite, quelle doit être la démarche?


Le modèle : une démonstration de mathématique (mathémata : les choses qui sont "bien connues" i.e (= c’est-à-dire) tel qu’il faut faire pour connaître (ainsi “bien connaître” c’est connaître « mathématiquement ».)


RACINE DE 2 N'EST PAS UN NOMBRE RATIONNEL


Définition de la racine carré d’un nombre : la valeur qui élevée au carré donne ce nombre);

Du carré d’un nombre : la valeur que prend un nombre lorsqu’il est multiplié par lui-même.

Du nombre rationnel : une quantité qui ne peut s’écrire autrement que sous la forme d’une fraction composée de nombre entier : 1/3 par exmple.


Racine carré de 2 est-il un nombre rationnel ? Comment être sûr de notre réponse?

Par la démonstration : un enchaînement de propositions qui se déduisent logiquement les unes des autres à partir de points de départ (les prémisses) jusqu' à une conclusion objectivement nécessaire.


On va démontrer par l’absurde (les conséquences de la supposition de départ sont contradictoires) que racine carrée de 2 n’est pas un nombre rationnel.


Si racine de 2 était un nombre rationnel, alors il pourrait s’écrire sous la forme p/q;

nous aurions alors (p/q)² = 2; donc p² = 2q² et nous saurions alors que p est un nombre pair; deux fois un nombre entier quelconque (on choisit de l’appeler n) élèvé au carré. Calculons maintenant le signe de q



Je vous fais remarquer que par la démonstration nous faisons l’expérience intellectuelle de la nécessité objective du vrai; nous passons de l’incertitude de la supposition à la certitude du savoir.



Mais est-ce possible pour les "choses humaines".



La conscience nous oblige donc à nous poser un ensemble de questions. Mais toutes ces questions sont enveloppées dans une première et fondamentale problème : Est-ce que la vérité existe? Ce sera l’objet de notre premier cours.


*


Y A-T-IL UNE VERITE ?



1. Le concept de vérité

2. Sens de la question et problème.

3. Explication du texte de Nietzsche


1. Le concept de vérité


Se prend en deux sens


a) 1° sens :


Penser ou dire vrai = penser ou dire les choses telles qu’elles sont ; donc :


La pensée (le jugement), le discours(=)la réalité



La vérité (son concept, idée abstraite) est donc la propriété d’une pensée ou d’un discours qui représente exactement la réalité. Elle consiste dans la conformité ou l’adéquation entre pensée/discours et réalité.



Réalité et vérité : la réalité = ce qui est ; la vérité : la représentation exacte de ce qui est : La vérité n'est pas dans les choses mais dans ce qu'on dit ou pense; elle n'est pas une propriété des choses, mais une caractéristique du jugement, de la représentation. D’où, je vous demande de le remarquer, le rôle du langage, le rôle des mots. Pas de penser, a fortiori de discours, sans langage.


Du point de vue de ce 1° sens, trois choses s’opposent à la vérité : mensonge, erreur et illusion.


b) 2° sens


« Depuis que les hommes pensent, ils sont en quête de la vérité etc. Ici la vérité signifie le savoir, le savoir absolu. Relatif (qui tient son existence et sa valeur de sa relation à autre chose). Absolu : le contraire, donc : ce qui existe en soi et par soi. Savoir absolu ? Le sens de l’existence, la Cité idéale.


En ce sens, vérité (savoir) est opposable à opinion


L’opinion : sens courant : avis personnel, jugement subjectif; sens antique (doxa) : ce qui est admis, cru sans preuve, sans réflexion = pré-jugé.


Donc l’opinion est une croyance, ce qui est opposable à un savoir (aucune opinion n’est un savoir)


Une opinion est une affirmation incertaine qui est vraisemblable mais non pas vrai. En ce sens elle est une simple croyance. La croyance est toujours une lacune du savoir car si on sait quelque chose on n'a plus besoin de le croire.


Opinion : Platon : « un intermédiaire entre savoir et ignorance ». Danger de l’opinion : y tenir comme à un savoir.


Être philosophe, intellectuellement parlant : faire preuve d’esprit critique, à l’image de Socrate, « qui sait qu’il ne sait rien. »


2. Sens de la question et problème

“Demander si il y a une vérité c’est tout simplement demander si la vérité existe. C’est une question paradoxale et qui paraîtra même sans objet si la vérité est prise comme propriété d’un énoncé qui est en accord avec la réalité : car alors il suffit de dire que racine de 2 n’est pas un nombre rationnel ou que l’eau bout à 100°, pour prouver que la vérité existe ; et puis surtout, si on pose la question, c’est qu’on lui suppose une réponse, et donc l’existence de la vérité à son sujet.


La question n’a donc de sens que si on prend le mot de vérité au sens de savoir absolu, cad comme connaissance des choses telles qu’elles sont en elles-mêmes. Il s’agit alors d’une question d’autant plus légitime que personne à ce jour n’a aboutit dans une telle recherche alors qu’elle est aussi vieille que la philosophie.


C’est pourquoi nous devons examiner si une telle forme de la vérité est possible, étant entendu que cela suppose l’existence d’une réalité en soi qui puisse s’exprimer dans les formes de la représentation humaine. Or précisément : est-ce qu’il existe une réalité en soi accessible à l’esprit humain ? Est-ce que le langage permet de dire ce que sont les choses en elles-mêmes ?



Explication du texte de Nietzsche


Nietzsche : « Il faut toujours protéger les forts des faibles. » « La tâche de la philosophie c’est de nuire à la bêtise. »



ELEMENTS POUR L'EXPLICATION DE TEXTE


La méthode : Explication de texte et non commentaire de texte. Expliquer : rendre compte du sens du texte. Le sens du texte qui comprend : ce que dit l’auteur, pourquoi il le dit, les implications de ce qu’il dit. Et comme c’est un texte de philosophie, cad un texte argumenté, un raisonnement, il faut que l’explication soit conduite en respectant l’ordre logique du texte.


La règle d’or : la compréhension du texte doit émaner de l’examen du texte, de ses termes : on ne doit pas chercher en dehors du texte le sens et les raisons du texte mais à partir de l’examen de son contenu, de ses termes : ex-pli-quer.




Texte 1 : "Il y eut un jour... son action et sa pensée"[la fable de la vérité]



C'est le texte par lequel débute l'oeuvre de Nietzche; il doit nous permettre d'en comprendre l'objet. Je vous en donne là l’explication rédigée



L’Homme a une attitude profondément ambivalente à l’égard de la vérité : il la désire, mais ne le trouve pas ; il doute de son existence, mais ne renonce pas à la chercher.

Comment expliquer cette attitude et qu’en est-il finalement de l’existence de la vérité ? La vérité a-t-elle une réalité, ou bien est-elle un mirage que les hommes poursuivent illusoirement ? Dans cette dernière hypothèse, qu’est-ce qui pousse les hommes à croire de manière si tenace à l’existence de la vérité ?

C’est ce problème que Nietzsche s’attache à élucider dans ce texte et pour lui cela ne fait pas de doute : la vérité est une illusion, et sa recherche une farce grotesque qui atteint son sommet avec la philosophie !

Mais qu’est-ce qui autorise Nietzsche à tenir de tels propos ? Quelles en sont les conséquences pour l’exercice de la philosophie?



La position de l’auteur est d’abord exposée d’une manière tout à fait originale, au travers d’une fable : « il y eut une fois... ».


Cette fable raconte un événement, « l’invention de la connaissance », que l’auteur s’amuse à tourner en dérision en le présentant sous un jour comique, voire carrément grotesque.


D'abord un cela se passe en un temps indéterminé (« une fois »), et dans un lieu incertain et sans gloire ("un recoin éloigné de l'univers", « un astre » -qui sait lequel ?), lieu quelconque et relégué dans l’ombre, perdu au sein de l’immensité des « innombrables systèmes solaires scintillant ». En outre cet événement a pour protagonistes des êtres mal identifiés dont on sait seulement qu’ils sont "des animaux intelligents"). Et leur seul titre de gloire qui soit rapporté, « l’invention de la connaissance », est ramené par ce terme « d’invention » à un acte arbitraire et de pure fantaisie.


Ensuite c’est un événement dont l’auteur se plaît à souligner la fugacité et, à travers cela, l’insignifiance : il dure une simple « minute » en regard de « l’histoire universelle », c’est-à-dire des durées qui ont cours dans la nature, terme qui désigne ici l’univers. Ainsi, loin de connaître la gloire et la reconnaissance éternelles auxquelles ils pensaient pouvoir prétendre pour leur invention, les animaux intelligents connaissent une fin rapide et brutale qui témoigne de l’absence d’égard avec lequel la nature les traite : il aura suffit en effet que celle-ci « respira encore un peu –que passent quelques millénaires, ce qui ne demande aucun effort particulier à la nature- pour que « l’astre se figea dans la glace » et que « les animaux intelligent durent mourir » sans laisser de trace : qui peut ignorer en effet que toute vie sur terre disparaîtra avec la destruction du système solaire, et qu’en tout état de cause, rien ne saurait prétendre à l’éternité dans un univers lui-même soumis au temps. Dès lors, quelle dérision que cette fin brutale et sans cérémonie pour les êtres fiers et orgueilleux qui ont cru posséder la connaissance !


On le voit, l'auteur fait tout pour souligner le caractère insignifiant, totalement anodin, dérisoire et finalement grotesque de l’événement, afin d'en faire justement un "non-événement", un modeste fait divers à l'échelle du cosmos.



Une fable, qu'on pourrait nommer fable de la connaissance ou fable de la vérité, débute le propos de Nietzsche. Or, comme on sait, toute fable a sa morale qui en expose clairement le sens. Quelle est donc l'intention de Nietzsche et surtout comment se justifie-t-il ?




Une « fable de ce genre, quelqu'un pourrait l'inventer, mais cette illustration resterait bien au-dessous du fantôme misérable, éphémère, insensé et fortuit que l’intellect humain figure au sein de la nature. » Maintenant l'intention de l'auteur se trouve parfaitement claire : la fable met en scène sous une forme satirique une critique radicale de la valeur de « l'intellect humain », puisque celui-ci est assimilé à une chose inconsistante et insignifiante, une réalité spectrale (« un fantôme misérable, éphémère, insensé et fortuit »). Et comme l'intellect désigne très précisément la faculté qui est censé permettre à l'esprit humain d'entrer en contact avec la réalité des choses, c'est donc l'idée même de connaissance, avec toutes la valeur intellectuelle et éthique qui est associée à son projet, qui est complètement rejetée par Nietzsche.


Au-delà des termes employés, c’est aussi ce que montre le procédé hyperbolique employé par l’auteur, la fable étant dite une illustration « bien en-dessous » de la réalité. On ne saurait mieux dire l'inanité de l’intellect et, par voie de conséquence, l’imposture vaniteuse des êtres humains. Car, comme le rappelle Nietzsche, l’existence de intellect humain est totalement «fortuit » : il est sans nécessité aucune et ne doit son existence qu’à la réunion hasardeuses de circonstances totalement contingentes et aveugles; et c’est pourquoi son existence comme sa disparition sont indifférentes, sans conséquence aucune pour l’univers : "des éternité durant il n'a pas existé; et lorsque c'en sera fini de lui, il ne se sera rien passé de plus".


Toutefois on ne peut pas se contenter de critiquer quelque chose, même avec un grand talent littéraire; il faut justifier et fonder en raison sa critique. Qu'est-ce qui autorise Nietzsche à proclamer la nullité de l'intellect humain?



Deux choses principalement :


D’une part le fait qu'il n’a de valeur que pour l’homme puisqu'il "ne remplit aucune mission au-delà de l'humaine vie" qu'"il n’est qu’humain ». Ce qui signifie qu’il n’a d’utilité et de sens qu’en regard de l’homme et de ses besoins.

D’autre part son extrême banalité, puisque un être aussi modeste que la mouche, ou tout autre, si « minuscule » et « abject » soit-il, possède un intellect qui lui procure la même utilité, la même émotion, et finalement la même illusion. Car, comme le remarque finement Nietzsche, « si nous pouvions comprendre la mouche", c'est-à-dire aussi se mettre à sa place et sentir comme elle sent, si nous pouvions être en empathie avec la mouche, alors « nous saurions qu’elle aussi nage à travers l’air avec ce pathos et ressent en soi le centre volant de ce monde. » En fait, il n’y a pas d’être qui ne ressente l’ivresse propre à l’acte de « connaissance ». C’est pourquoi l’émotion qui étreint l’homme à l’évocation de ses capacités est parfaitement ridicule.


Mais au-delà de sa fonction satirique, la comparaison de l’homme avec la mouche exprime un argument décisif : comme la mouche -et pas plus qu’elle-, l’homme se croit seul à posséder dans son intellect le « pivot du monde », c’est-à-dire le principe garantissant la compréhension du réel; comme la mouche et pas plus qu’elle, l’homme se croit « au centre des choses », c’est-à-dire a le sentiment que ses représentations expriment l’essence des choses. Qu’est-ce à dire, sinon que l'homme prend pour connaissance de la réalité ce qui n’en est que l'expression anthropocentrique et anthropomorphique; qu’il conçoit et perçoit non la réalité mais son expression –mieux, son interprétation- dans les formes de la représentations humaine.


On comprend alors les raisons profondes de la critique de Nietzsche : la connaissance est une illusion enivrante –car qui ne serait gonflé d’orgueil à se croire le dépositaires du savoir ?- résultant de la puissance de cette force d'interprétation et d’assimilation du monde qu’est l’intellect.


Et maintenant que la nature exacte de la connaissance et de ses effets sur l’homme est dévoilée, Nietzsche peut donner libre cours à son ironie : il parle d’ivresse et de délire (« bouffée de cette force du connaître »), il suggère la mégalomanie et la bouffonnerie liées à l’illusion du savoir par allusion à La Fontaine, l’expression "gonfler comme une outre" nous rappelant la fable de la grenouille voulant se faire aussi grosse que le bœuf... Sauf que la grenouille pourrait prendre ici un visage inattendu.


Car quelles sont les conséquences de cette compréhension nietzschéenne de la nature de l'intellect et de la connaissance humaine?



« Et de même que tout portefaix aspire à son admirateur, de même l’homme le plus fier, le philosophe, croit-il avoir de tous côtés les yeux de l’univers braqués comme des télescopes sur son action et sa pensée. » A ce moment du texte on a le sentiment que la critique de Nietzsche rencontre précisément sa cible : le philosophe et la philosophie, du moins une certaine philosophie puisque Nietzsche lui-même est philosophe. Car si le philosophe est classiquement par excellence l'homme de la vérité et si toute connaissance est illusoire parce que fondée sur les illusions que l’intellect produit, alors, fatalement, le plus trompé et le plus ridicule des hommes, c'est le philosophe, c’est l’homme qui a, chevillé au corps et dans son âme, « l’amour de la sagesse »! Ce qui est, pour le moins, un étonnant renversement de la représentation habituelle du philosophe!




Nous savons donc maintenant que pour Nietzsche la vérité est une illusion qui trouve avec la philosophie un sommet, en tant qu'elle se veut à l’origine la plus haute des Sciences; et que toute prétention à la connaissance absolue est au fond bouffonne. Son propos a en effet développé sous une forme satirique une critique radicale de ce que nous nommons depuis ce penseur la volonté de vérité, volonté qui est pourtant au cœur de l'entreprise philosophique originelle qui est quête de ce qui est bon et vrai dans l'absolu. C'est pourquoi nous devons connaître les raisons détaillées de la position de Nietzsche afin de pouvoir penser ses conséquences pour les questions qui forment le contenu principal de l’interrogation philosophique.




REFLEXION SUR LE TEXTE 1 :


Quel lien entre la position de Nietzsche et la "question de l'existence" / de la “raison d'être de l'être”?


Le sentiment de la contingence radicale de l’existence des choses, ou de son existence. Rien n'explique rien, rien ne justifie rien. Le nihilisme. N = Prophète du nihilisme et de sa problématique. Les deux sens du nihilisme. Nihil : rien en latin. Sous entendu : il n'y a rien "au ciel", il n'y a pas de Dieu, pas d'absolu, et donc pas de signification transcendante de l'existence.


D'où le rapprochement avec Héraclite : Tout s’écoule. On ne se baigne jamais deux fois dans les eaux du même fleuve.) Impermanence, devenir.


Deux formes de nihilisme, cad deux façon de comprendre la proclamation de Dostoïevsky qui résume toute la problèmatique éthique de la modernité : "Si Dieu est mort, tout est permis" : a) une attitude négative, destructrice : rien ne compte, rien n'a de valeur, rien en mérite d’être; b) une position philosophique qui pense l'éthique en dehors de toute référence à une transcendance (Dieu, l'absolu); la problématique du nihilisme : qu'est-ce que le bien, le mal, le souhaitable etc en l'absence de tout garant de la vérité des valeurs.




Transition : la perspective (la méthode) généalogique : Nietzsche entend retracer l’histoire de la constitution de cette illusion, afin d’en comprendre le sens. (L’homme est un animal, sans privilège métaphysique ; aucune de ses facultés ne fait de lui « un être à part », une exception au sein de l’être). Il faut donc comprendre comment les homme en sont venus à croire en la vérité.



Première étape de cette généalogie… le texte 2



Texte 2 : « L’intellect…….l’instinct de vérité. »[L’homme n’a pas d’amour instinctif pour la vérité]


Analyse finalisée par la rédaction d'un introduction, ayant pour but de réunir les éléments nécessaires.


Texte un peu obscur tant qu'on n'a pas compris quelle est l'intention de N et quelle est la perspective de son analyse (son angle d'ananlyse).



1. Plan :


1/ "L'intellect.... pur et noble instinct de vérité." : L'homme est un maitre dans l'art de tromper

2/ "Ils sont profondément... Le ronflement." : L'homme vit dans un monde d'illusion

3/ "Hélas!... l'instinct de vérité." : L'homme ne veut savoir ni ce qu'il est ni qui il est vraiment.


Donc si on se résume : un texte dans lequel N affirme que l'Homme a) est un maitre es tromperie, b) vit dans un monde d'illusions et c) ne veut rien savoir de lui. Ce sont les pièces d'un raisonnement. Au service de quelle thèse?


2. "Presque rien n'est plus inconcevable que la naissance parmi les hommes d'un pur et noble instinct de vérité." "D'où diable viendrait donc, dans cette configuration, l'instinct de vérité."


Thèse : l'homme n'a nullement, comme le prétend la tradition morale, de désir de la vérité de goût pour la vérité etc. Il s'agit pour N de démystifier, de détruire une mythologie qui est née avec la philosophie. Même le philosophe porte un masque...


3. Perspective : l'homme est considéré à l'origine, et comme un animal (cf. le début). La perspective et la méthode de N sont généalogiques! Il s'agit de reconstituer la genèse du mythe de la vérité et son enracinement dans l'homme: comment s'est constituée cette croyance, d'où vient-elle, quelle est son origine (origine empirique, l'homme n'étant pas une créature de Dieu, mais un être de hasard, et d'abord et avant tout un animal).


4. Titre : L'homme n'a pas l'amour de la vérité.



REDIGER UNE INTRODUCTION POUR UNE EXPLICATION DE TEXTE EN PHILOSOPHIE


Rappel du schéma et de la fonction de l’introduction de l’explication de texte en philosophie :


Elle peut débuter par une généralité qui annonce le thème central du texte.

Elle doit mentionner le texte et l’auteur (il s’agit d’expliquer un texte, en l’occurrence un texte de Nietzsche). Elle peut énoncer la thèse de l’auteur si la rédaction (le style, le mouvement du paragraphe) l’impose.

Elle a pour fonction essentielle et quasi-unique la construction du problème (ensemble de questions) qui permettra l’explication réfléchie du texte. Il s’agira alors, par l’ex-pli-cation du texte, de trouver réponse à nos questions.

Idéalement, ce problème épousera le plan du texte, chaque question ou élément d’interrogation ayant l’habileté d’anticiper sur la partie de texte visée.





 

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Dimanche 4 janvier 2009


1. L’inconscient n’est pas une partie du cerveau!


Il faut bien distinguer le cérébral et le psychique, le niveau des fonctions neurologiques du cerveau et celui de la pensée. Lorsque Freud distingue des "lieux" psychiques qu’il nomme des instances et dont il décrit le fonctionnement dans ses topiques, ces “lieux” sont la représentation figurée de processus et non des zones « dans » la pensée, qui n’est pas quelque chose de matériellement divisible.


Les topiques ont pour but de permettre la représentation du fonctionnement de la pensée (que Freud appelle fonctionnement psychique) à l’aide d’un modèle simple (la représentation spatiale) de façon à en faciliter la compréhension.


Première topique : ICS // (PC / CS)


ICS : l’inconscient, lieu des pulsions et des tendances refoulées.

PC ou pré-conscient : ce qui n’est pas actuellement présent à ma conscience mais qui peut le devenir (certains souvenirs par exemple, les gestes qu’on accomplit mécaniquement).

CS : le conscient (je), ce que je pense, ce que je perçois actuellement.


L’ensemble (PC / CS) constitue ce que le sujet identifie comme son être, son Moi.

// : c’est la « barrière » de la censure, qui représente l’activité du refoulement qui divise le psychisme humain.


Refoulement : force qui tend à s’opposer au devenir conscient de certaines tendances.



2. L’inconscient n’est pas « le vrai moi »!


Même pour Freud, il n’y a qu’un Moi, l’être que j’ai conscience d’être. Ce que Freud ajoute c’est que le Moi ignore les tendances inconscientes qui le constituent. Ainsi les pensées conscientes sont conçues par Freud comme un point d’équilibre entre des forces psychiques diverses et contradictoire :


a) les pulsions, source interne de l’excitation et de l’énergie psychique;

b) la censure, qui représente des interdits, les exigences intériorisées de la Loi ;

c) le rapport à la réalité.



D’où la seconde topique :


SURMOI

CA MOI

RÉALITÉ


Surmoi : instance qui représente l’intériorisation des interdits, les exigences civilisationnelles, sociales et familiales.


Ça : les pulsions refoulées.


La réalité : le monde réel, à quoi on doit s’adapter, dont on doit tenir compte.


Moi : l’instance de la conscience de soi qui, à son insu, emploie l’essentiel de son énergie à tenter de concilier les exigences contradictoires du Ca, du Surmoi et de la Réalité.


Principe de plaisir : recherche exclusive et pressante de la satisfaction selon lequel agit le Ca.


Principe de réalité : nécessité de l’adaptation des exigences de satisfactions à l’ensemble des conditions réelles d’existence d’un sujet particulier.

Les deux principes s'harmonisent rarement dans la vie. D’où d'inévitables frustrations et le caractère pathétique d'affirmation du type : «moi, je fais ce que je veux» (on fait toujours "comme on peut", chacun sait cela).


Commentaire de Freud sur la seconde topique : «Le moi ainsi pressé par le ça, opprimé par le surmoi, repoussé par la réalité, lutte pour accomplir sa tâche, rétablir l’harmonie entre les diverses forces et influences qui agissent en et sur lui : nous comprenons ainsi pourquoi nous sommes souvent forcés de nous écrier : «Ah, la vie n’est pas facile.»


3. Freud affirme l’existence d’un inconscient psychique


C’est-à-dire d’une activité de pensée qui n’est pas accompagnée de conscience, qui est ignorée du sujet conscient. Il ne faut donc pas confondre l’inconscient avec les automatismes corporels dont Descartes donnait déjà des exemples («il arrive que nous marchions ou que ne mangeions sans penser en aucune façon à ce que nous faisons»). C’est précisément cela le « scandale » de l’affirmation freudienne : la pensée en nous ne se borne pas à l'activité psychique consciente; plus encore, les pensées conscientes sont le produit de tendances inconscientes : «le Moi n’est pas maître dans sa propre maison» (quand je veux, « ça » veut).



4. Le principe de la démarche psychanalytique et le problème de la preuve de l’inconscient


Mais comment affirmer l’existence de ce qui par définition échappe à la conscience? Comment admettre un tel démenti de l’expérience vécue de la conscience de soi? Cette aporie nous renvoie à la leçon cartésienne qui identifie pensée et conscience : «Par le nom de pensée j’entends tout ce qui est tellement en nous que nous en sommes immédiatement connaissant». Dans cette perspective, un inconscient psychique est inconcevable: tout ce qui n’est pas pensée (res cogitans) est corps (res extensa) ou a sa cause dans le corps et dans ce qui affecte le corps. Dans cette analyse, l’angoisse, par exemple, est une passion au sens du XVII°: une tendance de l’âme ayant son origine dans le corps et qui n’appartient pas au Moi, à l’âme.


Le principe constant de recherche de Freud est que «tous les faits psychiques (= toutes les productions mentales et tous les comportements) ont un sens». Il suffit que l’interprétation montre qu’un phénomène que le sujet juge en toute bonne foi insignifiant ou a-signifiant peut se comprendre comme une intention ou une tendance douée de sens pour prouver qu'il existe des processus de pensée inconscients. La réussite de l’interprétation (d'un rêve par exemple) montre donc que la conscience n’est pas l’origine de tout ce qui a sens pour le sujet, ni le foyer unique de l’intention : il y a une activité intentionnelle inconsciente, une causalité inconsciente et ce qui a sens pour le sujet est plus vaste que ce dont il a conscience. Donc le sujet s’ignore, il est dans un état d’aveuglement sur soi. L’herméneutique (la démarche d’interprétation) freudienne est une démystification des illusions du Moi.


5. Exemples


Les actes manqués, catégorie dont font partie les lapsus : ce sont les maladresses de comportement ou les erreurs de langage : si des actes sont manqués du point de vue de l’intention consciente, ce sont bien souvent des actes réussis du point de vue de l’inconscient : c’est le cas lorsque le lapsus est porteur d’un sens, ou lorsqu’une maladresse réalise un désir dont l’expression est interdite et qui doit être refoulé (d’où le thème freudien du retour du refoulé).


Les symptômes : ce sont pour Freud des commémorations du traumatisme qui en est l’origine.


Les oublis : ils témoignent de l’activité du refoulement, en tant qu’il a partie liée avec les intérêts du Moi. Le refoulement agit comme une force qui s’efforce d’éviter tout déplaisir à la partie consciente du psychisme. Les oublis des noms de personnes familières sont très caractéristiques de l’activité inconsciente. Comment rendre compte de ce type d’oubli? Freud propose de cesser de considérer l’oubli comme une déficience de la faculté de remémoration, et d’y voir reconnaître l’activité d’une force (le refoulement) qui empêche le ressouvenir: si je ne me souviens pas, c’est que «je» ne veux pas me souvenir.


Les rêves : Freud distingue le contenu manifeste (le rêve tel qu’il se présente au souvenir) du contenu latent (= caché) qui est porteur des pensées que le rêve exprime de façon figurée. Le rêve est énigmatique car les pensées dont il est porteur subissent un processus de figuration qui fait du contenu manifeste un rébus à interpréter. Ainsi des pensées sont présentes dans tout rêve, mais elles sont exprimées de façon détournée.


6. Psychanalyse et philosophie


La psychanalyse est d’abord et avant tout une technique de soin. Mais c’est aussi une théorie du sujet qui bouleverse la conception classique. Pour Descartes, et plus généralement pour tous les philosophes qui font de la conscience de soi le fait originaire, l’homme est libre et responsable de ses actes. Or s’il y a une causalité inconsciente, les actes et les pensées du sujet ne peuvent plus être conçus comme s’il en était l’auteur souverain, comme s’il se déterminait absolument, dans la connaissance totale des conditions internes de l’action (connaissance des mobiles ou des motifs).


7. Inconscient et connaissance de soi


Aux yeux de Freud la conscience de soi n’est en rien une connaissance de soi, bien au contraire : elle est le lieu d’une mystification. Par conséquent l’autobiographie ou l’introspection, qu'elles procèdent intuitivement ou réflexivement ne peuvent pas être connaissance de soi; car le sujet ignore qu’il est le produit de déterminations inconscientes. Se “connaître” c’est dévoiler progressivement par l’interprétation analytique le réseau des déterminations qui constituent l'être au monde du sujet, son existence. Ce n’est pas connaître un illusoire "vrai moi" mais réduire le sentiment d’altérité en soi, réduire en soi le conflit entre les différentes tendances qui nous animent.

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